26/01/2012 - Le Soleil se transforme en géante rouge : les conneries qu'il faut pas lire !
Attention : ce qui suit est basé sur un article existant vraiment et publié entre autres par Fox-News, déjà célèbre pour sa fiabilité (second degré : rappelons que selon une étude scientifique, les téléspectateurs de Fox News en savent moins que ceux qui ne s'informent pas du tout.)
Les commentaires sont de votre serviteur et ont pour but d'aider le lecteur novice en astronomie, à décrypter l'incroyable galimatias dont est fait cet article.
« Notre système solaire est actuellement en pleine mutation et notre soleil se transforme en géante rouge. Ce système solaire se transforme ou se tans-mute en même temps que vous, car la vie sur cette planète est génétiquement codée avec l’identité vibratoire de celui-ci.
La notion d'identité vibratoire relève naturellement du langage new-age. Aucun concept ne se cache derrière, il s'agit uniquement de termes compliqués pour faire scientifique. Notons seulement cette info incroyable soulignée par nous. Continuons.
« Les changements, tout comme des élévations de fréquences et transmutations se font donc de manière synchrone (langage new-age NDLR). En tant qu’Humains, nous sommes fait à l’image du macrocosme. Ce système solaire (TI-AMA-TE) se libère de sa matrice (bulle appelée héliosphère et ses sous-couches) tout comme nous nous libérons de notre mental. Cette transformation n’aura pas lieu dans 5 milliards d’années, comme le prétendent les scientifiques. Elle a lieu maintenant. Certaines planètes disparaissent, tout comme d’autres changent actuellement d’orbite. C’est le cas de la Terre et de son satellite. »
Une perle dans ce gloubiboulage pseudo scientifique ésotérique : les scientifiques ne sauraient affirmer, ils « prétendent » seulement, ce verbe portant naturellement un énorme présupposé de mensonge ou d'erreur. Attendons la suite pour trouver les arguments qui remettraient valablement en cause ce savoir scientifique sur la longévité du Soleil.
« Voici un article qui expose les pulsations d’une géante rouge suivies et observées en détail, de la constellation du Cygne, pour vous donner un petit aperçu de ce qui est sur le point de se produire chez nous, suivi de l’inquiétude de la NASA au sujet de l’activité solaire. »
Suit un article copié-collé parfaitement fiable sur le comportement d'une de ces étoiles. N'y cherchez pas le rapport avec le cas du Soleil, il ne s'y trouve pas. Ne cherchez pas non plus d'argument qui montreraient que les scientifiques se sont trompés sur notre étoile, il n'y en a pas non plus. Pire, ne cherchez pas de lien entre le cas de cette géante et le cas du soleil, il n'y en a pas. Cet article scientifique (non cité ici, mais c'est inutile), n'a aucun rapport avec le cas du Soleil. Il n'est là que pour inviter le lecteur à faire inconsciemment la relation entre deux situations qui n'en ont pas. Et hop, on revient au Soleil !
« En 2010, nous avons appris que notre soleil passe dans un nuage d’énergie interstellaire ce qui l’alimente et provoque son excitation. La NASA, l’Académie Nationale des Sciences ainsi que plusieurs scientifiques de renommée mondiale montrent leurs préoccupations concernant l’augmentation accrue de l’activité solaire prévue pour 2012 et 2013, ce qui a été confirmé et officiellement annoncé par la NASA en 2006. »
Cette bonne blague ! Le maximum régulier du Soleil devait tomber à cette période, il y a belle lurette qu'on le sait. Le rapport avec ce prétendu nuage d'énergie ? Aucun.
« D’ailleurs, la NASA a émis un avertissement mondial, en 2010, concernant les dangers et les incidences de telles tempêtes solaires sur notre société actuelle. Les données scientifiques suivantes, révélées par Alexei Dmitriev, appuient et confirment l’avertissement de tempête solaire pour 2012 donnée par la NASA en 2006. En effet, l’astrophysicien Alexei Dmitriev dit que les deux satellites, Voyager 1 et 2, révèlent que notre soleil se trouve maintenant dans un nuage d’énergie interstellaire. Opher, chercheur invité au département d’héliophysique de la NASA, dit que ce nuage d’énergie interstellaire continue d’exciter et de charger le soleil, le rendant ainsi plus actif et plus puissant, d’où les tempêtes solaires. »
Autrement dit, la montée d'énergie actuelle du Soleil serait due à la traversée de ce nuage. Or, le Soleil devait de toute façon passer par un maximum pendant cette période. Qu'est-ce que le nuage apporterait de plus ? Rien. Des tempêtes solaires ont lieu à tous les maxima, c'est à dire tous les onze ans, il y en aura en 2012, dirons-nous « comme d'habitude » ?
« Ce qui inquiète, c’est que l’énergie électrique ainsi générée est absorbée par la Terre et les scientifiques ont trouvé que cela se traduit par plus de tremblements de terre et par des changements spectaculaires au niveau de la météo. »
Les tremblements de Terre générés par l'énergie électrique ? Diantre, vite, des arguments !
Lorsqu’on a demandé combien de temps faudra-t-il au soleil pour traverser ce nuage d’énergie interstellaire, M. Dmitriev a répondu: « Je ne sais pas. Mais si je devais deviner, je dirais entre deux mille et trois mille ans! »
Pas d'argument pour justifier les tremblements de Terre par les orages, mais nous avons ici une donnée de plus : si la traversée du nuage dure deux à trois mille ans, le maximum solaire devrait durer autant.
« L’astrophysicien dit que les implications pour la Terre se résument à ceci: « catastrophe mondiale! »
Les implications de quoi, au juste ? Rappelons que le titre de l'article nous alerte sur notre Soleil qui est en train de se transformer en géante rouge ! Quelqu'un voit le lien entre ça et ce que nous venons de lire ? Certes, une très grosse éruption solaire peut provoquer sur Terre des pannes aux conséquences très lourdes, mais c'est dans le cadre du cycle régulier du Soleil.
« Et il ajoute que les effets se manifesteront non pas dans des dizaines d’années, mais très bientôt. »
Encore une fois, les effets de quoi ? Ceux du maximum solaire sont déjà présents, même s'ils ne provoquent aucune catastrophe, seulement de splendides aurores boréales. Ceux du Soleil qui se transforme en géante rouge ? Mais où est la démonstration de cela ?
Nous sommes donc passés successivement par 1 – un soleil supposé se transformer incessamment sous peu en géante rouge, par 2 – une géante rouge n'ayant rien à voir avec le Soleil puis par 3 – l'activité régulière du Soleil et ses conséquences. L'article mélange des informations scientifiques sans aucun lien avec lui, et des affirmation exorbitantes sans aucun début d'argumentation.
Cet article publié rappelons-le par Fox News pour des lecteurs qui cherchent à en savoir moins qu'un aveugle sourd, et porte un titre qui n'a absolument rien à voir avec son contenu, traverse en ce moment la toile, allant gaillardement de site new-age en site new-age sans que nulle part le moindre esprit critique ne soit soulevé malgré les incohérences de rédaction, la non pertinence de ses informations et l'absurdité de ses affirmations non étayées. Mais n'ayez pas peur : tous ces lecteurs candides ont le même droit de vote que vous, et ils éliront ici et de l'autre côté de l'océan, leurs président avec le même esprit critique et la même rationalité.
Compositeur autrichien de symphonies et de musique d'église 1824-1896 Elève de l'abbaye bénédictine de Saint-Florian
J'irai un jour à Saint Florian À l'heure où l'on n'y voit personne Écouter ses cloches qui sonnent M'asseoir au pied de ses murs blancs Un jour j'entrerai dans ce lieu Pour dans cette nef claire et vide Entendre s'élever limpide La voix du ménestrel de Dieu J'attendrai que tombe le soir Et que la nuit d'été ravive Les lueurs des flammes votives Plongeant le reste dans le noir Je me tiendrai là où mains jointes Tant à deux genoux ont prié Tant ont leur Seigneur supplié Tous ayant l'âme pure et ointe Je resterai là comme un frère Médite comme il entendrait La parole qui descendrait Du ciel où monte sa prière Qu'importeront l'heure ou le temps Je rêverai que bientôt sourdent Mais comme étoufféess comme sourdes Douces les musiques d'antan Chœurs sacrés, ô sublimes chants Ô suaves polyphonies Déjà montent les symphonies Dont Dieu ensemença son champ Que de flûtes et de hautbois S'emplissent les travées, les stalles La chaire et toute l'abbatiale Et que résonne leur vieux bois Que bruissent aussi d'accords Les colonnes, les hautes voûtes Où les archanges peints écoutent En silence, tubas et cors Je veux m'endormir un instant Sur un banc seul dans la pénombre En laissant les cierges sans nombre S'éteindre inéluctablement Puis marcher sur le marbre gris L'âme pleine du son des cordes Et sentir que mon cœur déborde Et sentir que mon cœur est pris Sous les orgues d'argent et d'or Imaginer comme en un rêve Que des doigts du maître s'élève Profond, un Veni Creator Laisser alors la pleine nuit Inonder baigner son église Cette nef où les sons se brisent Car vide elle est pleine de lui Là débout tourné vers l'orient Baigné de l'or d'un seul flambeau Me taire devant un tombeau. Un jour j'irai à Saint Florian.
Anton Bruckner a fait ses études à Saint-Florian et plus tard a joué de l’orgue dans l’église de l’abbaye. Son cercueil est exposé sous l’orgue.
11/01/2012 - Petit tour à la Poste et puis s'en va
Non, je ne vais pas
refaire le sketch de Danyboon.
Non, je n'ai pas passé
trois heures devant un guichet dont l'employé fait admirer ses
nouvelles godasses à l'employée du guichet voisin.
Mon affaire a été plus
rondement menée, mais j'avoue qu'elle m'a non moins rondement cloué
le bec. Ah, ils sont forts, à la Poste.
Voilà : j'ai une
enveloppe lourde à envoyer à une personne qui m'est chère à plus
d'un titre. À la balance automatique je pèse et achète une
vignette à quelques euros, puis j'entreprends de rédiger l'adresse
sur l'enveloppe. Fichtre, il me manque le code postal de ce petit
village d'Auvergne (Saint-Sauves).
Pas grave, on est à la
POSTE, on doit pouvoir se renseigner rapidement sur un code POSTAL.
J'ai fait un peu de linguistique et je sais reconnaître un radical
dénotant une étymologie commune. Pas de doute, ces deux mots sont
parents.
Je cherche ce document,
qui n'est pas visible du moins au premier coup d'oeil.
Pas grave, il y a peu de
monde et un employé va bien que diable me renseigner.
En effet, après deux
minutes de recherche dans ce bureau presque vide, une personne me
demande ce dont j'ai besoin, chose d'ailleurs impensable à la poste
il y a quelques années ; les employés étaient, comme le nom
de la maison l'indique sans doute, « postés »,
c'est-à-dire qu'ils ne pouvaient quitter leur poste pour aller
montrer leurs nouvelles godasses à d'autres employés.
De nos jours ils ont mis
en place des voltigeurs, on dirait. Sans doute que les usagers,
pardon, les « clients » erraient en trop grand nombre
dans les bureaux, barbus, hagards et dépenaillés, en quête depuis
des jours du bon guichet et que des patrouilles ont semblé
nécessaires, d'abord pour leur montrer la sortie, ensuite pour les
renseigner car on n'arrête pas le progrès.
Donc, à cette personne
je pose ma question :
« J'aimerais
consulter un code postal ».
Je ne sais comment
décrire la physionomie arborée alors par ladite personne. C'est
indescriptible. Comme le ton de sa voix. J'aurais dû lui demander un
cachet de cire pour sceller un document ou un seau pour donner à
boire à mon cheval, je pense que ça l'aurait moins étonnée. J'ai
vu le moment où j'allais la soutenir pour qu'elle ne s'évanouisse
pas. Heureusement elle a retrouvé l'usage un instant perdu de la
parole :
« Ah non, nous
n'avons pas de code postal, il faut rentrer chez vous et
consulter Internet ».
Lecteur, tu me connais un
peu et si ce n'est pas le cas je t'invite à relire l'entièreté de
mon blog pour t'assurer du sérieux de mes publications. Je te jure
que cette dame m'a vraiment répondu ce que tu viens de lire.
J'étais à la POSTE, et
on m'invitait à rentrer chez moi pour consulter un code POSTAL.
Les voltigeurs servent en
réalité à dire aux gens qu'à la Poste on n'a pas ce qu'ils
cherchent et qu'ils peuvent arrêter de chercher. Je suis donc rentré
chez moi. Saint-Sauves, c'est 63950.
La phrase de Coluche, ce
grand littérateur de l'humour, me revient en mémoire :
« Dites-nous ce dont vous avez besoin, et on vous expliquera
comment vous en passer ».
Tiens, j'ai envie
d'envoyer cette anecdote à Danyboon. Quelqu'un a son adresse et son
code postal ?
On sait depuis trente ans et plus que les sectes (notion assez difficile à décrire du point de vue légal mais dont la conscience commune a une idée assez fidèle), ont appris à revêtir les oripeaux les plus trompeurs pour faire tomber le futur adepte dans leurs filets. La formation personnelle est un de ses déguisements les plus courants. Mais n'en est-il pas ainsi des mouvements politiques ? Le nazisme, par exemple, n'a-t-il pas pris la défroque de la grandeur nationale ? Le communisme, celui de la libération des peuples ? Les esprits mal tournés pourraient même attribuer la même attitude aux partis démocratiques et même à la république, qui déguisa son colonialisme intéressé sous les fleurs de la civilisation.
Heureusement que dans ce début de troisième millénaire, la donne semble avoir changé : des gens, des gens ordinaires, des gens sincères, déliés de tous intérêts financiers, idéologiques ou partisans, se dressent contre les groupes de pression quels qu'ils soient et dénoncent leurs mensonges, leurs dissimulations, leurs volontés hégémoniques. Qui sont ces chevaliers blancs ? Les altermondialistes, ou plutôt certains d'entre-eux.
Ce courant par ailleurs fort bienvenu dans le conformisme où baigne l'humanité depuis vingt ans, croît en son sein une branche (mais un arbre est-il coupable pour un de ses membres qui pourrit ?), dite « complotiste », pour qui le monde est un complot, chaque pays un complot, toute institution un complot, la franc-maçonnerie un complot, tout parti politique un complot, la ville où ils vivent un complot, trois personnes qui se parlent un complot. Les complots ayant toujours existé, leur dérive n'en paraît pas une, jusqu'au moment où on commence à tamiser leurs discours.
Il existe un complot pour changer le climat mondial en dispersant des aérosols par les avions de ligne.
Il existe un complot pour faire croire que le réchauffement global est d'origine humaine. Notons que ce complot est totalement contradictoire avec le précédent.
Il existe un complot pour promouvoir la vaccination. Notons quand même que ce complot doit être mené par des bras cassés car la tendance lourde est la disparition du caractère obligatoire des vaccins, et la mise au placard de certains, due à la disparition de certaines maladies... grâce aux vaccins.
Il existe un complot pour la réduction de la population mondiale. Celui-là sans doute mené par des ignares qui ignorent que le meilleur moyen de faire baisser la natalité est d'apprendre à lire aux femmes.
Il existe un complot pour tout. On nous fait croire que les Américains sont allés sur la Lune. On cache l'inversion des pôles magnétiques et même (reste assis), le retournement de la Terre. Même la Lune fait n'importe quoi. Tu n'avais pas remarqué ? Les astronomes non plus. La liste est interminable, au sens propre du mot puisqu'elle s'enrichit chaque jour de nouveaux complots. L'ensemble est porté par une constellation de sites se recopiant les uns les autres sans la moindre vérification (c'est une des caractéristiques principales de ce mouvement). Ainsi rencontre-t-on l'affirmation suivante : « Lemoisdejuillet 2011 comportecinqvendredis, cinqsamedisetcinqdimanches, cequin'arrivequetousleshuitcentsans ». Tel quel. Un enfant de CM1 trouverait cela incroyable et chercherait à vérifier ; pas les complotistes.
Mais où les chevaliers blancs dénonciateurs du complot mondial rejoignent sans vergogne aucune ceux qu'ils prétendent vilipender pour leurs méthodes, c'est dans l'accroche et l'affichage. On trouve en effet des échantillons très représentatifs de cette foire aux complots sur un site sérieusement intitulé « SOS Justice et Droits de l'Homme ».
Ainsi, les « droits de l'homme » au 21e siècle ne pourraient être autre-chose que la non vaccination des enfants, y compris contre la polyo et le tétanos, sous prétexte que la vaccination est présentée comme génocide ? Au premier rang des pourfendeurs, un avocat. On gagne sa vie comme on peut.
J'ai des droits de l'homme une conception plus généreuse et correspondant davantage aux idéaux des Lumières, dont ces gens, qui citent Montaigne à propos des vaccins (!), n'ont sans doute qu'une idée très vague. Il reste que la branche complotiste des altermondialistes fait le jeu objectif, en discréditant ce mouvement, des vrais groupes de pression internationaux qui mènent le monde. Pendant qu'on lit leurs fariboles, on se désintéresse des vraies questions.
4/09/2011 - Marleix, ou la xénophobie joyeuse de l'UMP
Trouvé sur Rue89 : l'UMP Marleix invente une adjectivation originale pour un adversaire politique, l'écologiste Jean-Vincent Placé, français adopté d'origine coréenne. Il l'appelle "Le Coréen national".
Je rappelle que ses patrons de l'UMP, du gouvernement et de l'Elysée sont les pires donneurs de leçons depuis de Gaulle, lequel avait comme excuse d'être militaire et d'avoir à régler des questions politiques autrement plus criantes que celles d'aujourd'hui. Nous avons viré de Gaulle parce que sa morale et sa vision de la France avaient fait leur temps. Qu'attendons-nous pour virer, avec le fracas qui s'impose, la clique de médiocres dont les Besson, Fillon ou Marleix sont apparemment les archétypes qui pour le moment nous gouverne ? Ces gens n'ont aucune légitimité à gouverner notre pays. Ils y ont été élus certes, mais sur des bases fausses. Auteurs d'une escroquerie qui se prolonge, ils n'ont leur place que sur la rive à regarder le navire s'éloigner. On aurait pu croire que la libération puis mai 68 puis 1981 auraient pu, malgré les inévitables dérives qu'on voit toujours dans ce genre de secousses historiques, avoir pour effet de nous débarrasser, ou au moins de ringardiser définitivement ou de marginaliser cette fange de la république. Ce lisier qui se sert d'elle pour mettre en avant sa grossièreté, sa brutalité et son inculture. Mais non, car cette frange intellectuellement corrompue n'est pas que vulgaire et violente, elle est aussi rusée et sait s'affubler des oripeaux du libéralisme idéologique et plus impudemment encore, de la modernité. En fait, Louis XIV était plus ouvert, Attila plus moderne et Martin Bormann plus subtil que ce troupeau de minables qui se croit fort car il suit un exemple qui vient de haut. Sarkozy, par ses attitudes guerrières, méprisantes, injurieuses, désinvoltes et dégradantes pour le débat politique a montré une voie que la partie la plus vile de son camp s'est empressée de suivre. L'élection du Hongrois national a désinhibé toute une vieille droite xénophobe et crétine qui a trouvé le moyen, discréditée depuis Pétain, de rentrer par la fenêtre dans les sphères dirigeantes. Je ne vois que des tartes à la Chantilly, ces gens ne méritent même pas qu'on les combatte démocratiquement. Ludwig
24/08/2011 - C’est officiel : pas de fin du monde en 2012 (Les prédictions de Nostradamus sont à lire en creux)
En surfant sur Internet, de site en site à partir de n’importe quelle entrée en rapport avec 2012, on peut trouver les confirmations éclatantes que tout ce qu’ils recèlent est un ramassis de stupidités. Je le découvre pas, mais pourquoi suis-je donc si attaché à vouloir le démontrer ? Il faudra que j’en parle à mon psy.
Nostradamus, bien entendu, est mis à contribution. Prophète entre les prophètes, il les représente assez bien : en effet, il est sans doute celui dont on a le plus souvent repris et confirmé les prédictions a posteriori (comme pour tous les prophètes). Car, selon une définition qui reste à écrire mais tout à fait juste de cette honnête profession, un prophète est un homme qui ne prédit que ce qui est déjà arrivé.
Autrement dit, vous ne comprenez les prophéties qu’à la lumière d’événements qui se sont déjà produits, mais jamais avant qu’ils n’arrivent ; les prophéties sont toujours claires après, toujours obscures avant. Nostradamus en est l’archétype.
Cependant, des ésotéristes (c’est le mot qui les décrit le mieux), plus audacieux que d’autres, extrapolent sur Nostradamus. Dès lors, ils prêtent le flanc à ce qui va les tuer : la vérification et la confrontation au réel. Certes, ces audacieux sont immédiatement désavoués par ceux, plus prudents, se sont bien gardés de telles extrapolations, mais c’est trop tard pour eux. Ah, si leurs agissements pouvaient, comme pour d’autres corporations, jeter le discrédit sur tous, c’en serait fini des prophètes ; hélas on ne prend pas ce chemin. La corruption des quelques politiciens a discrédité toute la classe politique, mais la niaiserie de plusieurs amateurs de prophéties a laissé le crédit des prophètes intact.
Heureusement, il reste les gens éclairés pour qui le réel signifie quelque-chose. Ce qu’ils trouvent sur Internet est une belle leçon. Sur un site « paranormal » baptisé « mystères », on trouve dans un article manifestement rédigé à la fin du 20e siècle, toute une litanie de prophéties nostradamiennes pour la première décennie du siècle suivant, et jusqu’en 2012, (naturellement suis-je tenter d’ajouter).
Qu’on juge de la pertinence des premières :
2003 : Nostradamus a annoncé une guerre terrible, à la fin de laquelle régnerait un nouveau Roi.
Raté !
2006 : Selon le Code de la Bible, se serait l'année ou une troisième guerre éclaterait!
Raté !
2008 : Nostradamus a annoncé que la mort viendrait pour un roi du Moyen Orient
Raté !
2010 : Selon un code de la Bible, Los Angeles sera frappé par le plus violent tremblement de terre de l'histoire.
Raté !
La suite dès lors ne peut plus nous inquiéter :
2012 : Selon les Mayas, cette date correspond à la fin du cinquième et dernier cycle de la Terre, ce qui aboutirait à la destruction du monde.
2012 : Selon un code de la Bible, la Terre sera détruite par une comète.
Nostradamus est donc à lire en creux : ce qu’il annonce n’arrivera pas, c’est autre-chose qui arrivera. Ma foi, si les prophètes avaient l’intelligence de nous annoncer le non avenir, ce serait déjà ça.
16/08/2011 - Le système solaire se réchauffe-t-il ? Une question typique d'Internet.
La théorie du complot est à l’ésotérisme ce que le gui est au peuplier : elle s’en nourrit et elle est de lui inséparable. L’un des avatars de cette théorie est la négation du réchauffement climatique par l’activité humaine, à laquelle les ésotéristes préfèrent un réchauffement global du système solaire (qu’on nous cache, bien sûr).
Ils avancent huit arguments. Voyons objectivement ce qu’il en est de ceux-ci. Je les prends dans l’ordre où je les trouve dans un forum.
Argument 1 : Le Soleil démontre plus d'activité depuis 1940, en termes d'éruption solaires (nombre et force), que dans les 1 150 dernières années… combinées !
C’est naturellement complètement faux. Une simple constatation des relevés de l’activité solaire le démontre. La grande éruption du milieu du 19e siècle n’a eu aucun équivalent entre 1940 et nos jours. Exit cet argument.
Argument 2 : Vénus présente des changements atmosphériques substantiels et une augmentation de sa luminosité aurorale de 2500%, et ce, depuis les 30 dernières années.
Aucun des astronomes consultés n’a pu m’expliquer ce qu’est la « luminosité aurorale ». Cette notion apparemment n’existe pas. Si elle désigne la brillance de Venus dans l’aube, alors NON, celle-ci n’a pas augmenté. Il suffit de la regarder pour le voir. Une augmentation de 2500% donne une Venus 2400 fois plus brillante, ce qui signifie que sa luminosité rejoindrait celle de la Pleine Lune. Tu as remarqué quelque-chose ? S'il s'agit de la brillance des aurores polaires... Venus n'a tout simplement pas d'aurores polaires. Exit le second argument.
Argument 3 : Mars subit un "réchauffement…" semblable au nôtre : disparition des calottes polaires de glace et augmentation significative des tempêtes en nombre et en ampleur.
Les calottes polaires de Mars n’ont pas disparu, on peut même les voir dans un petit télescope, à condition bien entendu qu’elle soit à proche distance de la Terre, ce qui sera le cas en 2012.
Exit le troisième argument. Pour les tempêtes, on ne trouve l’info nulle part.
Argument 4 : Jupiter montre une augmentation de 200% de la luminosité de ses nuages de plasma avoisinants (sans doute le résultat de forts changement intérieurs).
Impossible de trouver trace de cette information sur les sites scientifiques. La phrase tapée comme telle renvoie vers les mêmes sites ésotéristes.
Argument 5 : Saturne voit son "jet stream" équatorial largement décroître depuis environ 20 ans…phénomène accompagné d'une surcharge d'émission de rayons X depuis son équateur (jusqu'à 1000% en ce qui concerne le brillant nuage qui entoure la planète) ainsi que la disparition des rayons transversaux de son anneau.
Même problème : source introuvable et répétition à l’identique de site en site.
Argument 6 : Sur Uranus… grands changements… de sa luminosité, liés à l'émergence de nuages remarquablement lumineux… et arrivée nouvelle d'énormes tempêtes. Encore une fois, tout ceci dans les 20 dernières années.
Même problème.
Argument 7 : Sur Neptune, en juin 1994, la grande tache sombre de l'hémisphère sud…est mystérieusement disparue. En 1995, elle est réapparue, mais dans l'hémisphère nord ! … Sa luminosité globale s'est accrue de 40%.
Même problème. Tiens : si tu veux avoir une liste des forums complotistes, tape cette citation sur ton moteur de recherches. Et la luminosité d’Uranus n’a absolument pas augmenté, hélas.
Argument 8 : Pluton a subi un accroissement de sa pression atmosphérique de 300%, de 1989 à 2002, malgré le fait qu'elle s'éloigne actuellement du soleil.
Cela s’est sans doute la seule phrase vraie… Sauf qu’elle induit en erreur en parlant de l’éloignement du Soleil, lequel a commencé en… 2002. L’augmentation de son atmosphère correspond donc bien à son périhélie. Exit le huitième argument.
Résumons : sur huit arguments trouvés, quatre sont invérifiables et non confirmés par les données scientifiques, un est juste mais parfaitement explicable par la physique normale et n’est donc pas un argument, et les trois restants sont faux.
Ce panel est très représentatif de la rhétorique complotiste : du faux, de l’imaginaire et du vrai présenté fallacieusement. Ces gens devraient faire de la politique.
Le système solaire ne se réchauffe pas, on le saurait. Reste l’activité solaire, les cycles de la Terre… et l’activité humaine. Désolé.
En en-tête du forum de complotistes dont je parlais dans un
précédent billet, figure cette phrase énigmatique :
"La quête de la Vérité
basée sur le bien-fondé et sur le sérieux des investigations mène à la
Vérité qui est unique".
Ainsi, la quête de la vérité mène à la
vérité. C’est du scoop. Parallèlement, la quête du Graal mène au Graal, la
quête des champignons mène aux champignons, etc. Mais, comme dirait l’autre,
l’essentiel est Ailleurs. Il faut d’abord savoir que tout le site est rempli
(le plus souvent par les signatures de ses membres) de ces phrases cul-cul,
parfois pléonastiques, parfois littéraires et parfois platoniciennes comme
celle-ci « Tout ce que nous voyons n’est que l’ombre de ce que nous ne
voyons pas ». Tout un programme.
Revenons à la vérité citée en en-tête,
et remarquons qu’elle s’orne d’un beau « V » majuscule. Cette lettrine est plus que décorative,
puisqu’elle transforme une notion commune en nom propre ; La Vérité n’est
pas une vérité, pas plus que Dieu n’est un dieu. C’est Dieu.
Le divin n’est donc pas loin, et on
peut s’en assurer en parcourant le forum : ces gens ont un rapport au
monde basé sur le mysticisme, qu’ils appellent « spiritualité » parce
que c’est plus joli, et surtout parce que le mysticisme fait référence aux
mythes, et que la Vérité (pas plus que Dieu), ne peut être un mythe.
Naturellement, ils ont de la
spiritualité une idée très arrêtée et dont l’empan sémantique est très étroit.
Résumé en deux mots, ce pourrait être : « Si cela existe, ce n’est
pas spirituel ». N’est spirituel que ce qui touche à l’esprit, mais non
l’esprit en tant qu’intelligence : l’esprit en tant que concept mystérieux
et inconnaissable, pouvant donner accès à des mondes différents du réel
quotidien au prix d’opérations tout aussi mystérieuses. Cet
« esprit »-là, n’est pas en lien avec le réel, il ne peut donc ni le
modifier ni s’y appuyer. Au pire, il en nie l’existence. L’art étant matériel,
il ne peut donc relever de l’esprit. Curieuse définition.
Quiconque a écouté les derniers
quatuors de Beethoven pourrait leur expliquer que l’esprit est bien là, même
s’il n’est pas tout là. Je crois que ce serait peine perdue.
Alors qu’une vérité ne peut être
approchée que par une recherche menée rationnellement à partir d’éléments
concrets avérés, La Vérité ne peut l’être que par une « quête », un
mot qui fleure bon sa chevalerie et ses légendes chrétiennes. Pourtant, alors
que les chevaliers de la Table Ronde prenaient pour indices les paroles des
fées et des mages, les signes au ciel, les symboles, l’arrangement des astres
et autres preuves, les complotistes prétendent s’appuyer sur
« le bien-fondé », et « le sérieux des investigations ».
Le bien-fondé de quoi ? Faut-il
leur rappeler que le bien-fondé en soi n’existe pas, il concerne toujours une
chose concrète. Ce serait comme l’exactitude. Quant au sérieux des
investigations, il ne peut faire référence qu’à lui-même. Pour avoir fréquenté
ce forum pendant plusieurs mois, je garantis le sérieux absolu de ses membres.
Aucun d’eux jamais ne sourit, ni de lui-même ni des autres, ni de ce qu’il
trouve dans ses « investigations ». Du sérieux. Quand on étudie des
chimères, on le fait sérieusement. Restent les investigations. Je n’ai pas
ouvert le dictionnaire pour y trouver une définition exacte du terme, mais je
le relie aux enquêtes policières dont l’essence consiste à relier entre eux les
éléments qui doivent l’être, mais aussi – et presque surtout – à NE PAS relier
entre eux les éléments qui NE doivent PAS l’être. Or, d’un tel sens critique,
chez ces gens je ne trouve pas trace. Tout à rapport avec tout, tout est la
preuve de tout, tout est dans tout, et je te laisse, lecteur, finir la phrase.
Pourquoi pas ? Pourquoi pas s’il
s’agit de rester dans le domaine purement spirituel, celui où siège la
Vérité ? Seulement voilà, si par hasard le monde existe, et si nous
existons en lui, nous sommes capables d’y agir, et nos complotistes sont
susceptibles tout comme toi et moi de siéger comme juré populaire en Cour
d’Assises. J’en tremble. A force de croire que le réel n’a pas d’existence et
que la Vérité est unique, ils pourraient envoyer pour le reste de sa vie dans
une prison bien concrète un innocent en chair et en os. Et ils sont parmi nous.
30/06/2011 - C'était le colonel Moutarde, avec la clé à molette, au foyer du grand miroir.
On trouve des clés à molette dans les endroits les plus incongrus. N'en ai-je pas déniché une dans la salle du foyer du four solaire géant d'Odeillo ?
Pour un hurluberlu comme moi, accompagner une équipe de scientifiques au plus grand four solaire du monde est un cadeau de la vie. Beaucoup de gens ignorent l'existence de ce magnifique équipement, et nombreux parmi les autres sont ceux qui pensent qu'on n'y fait plus de science ; ils s'y trompent. J'avais avec moi pour cette aventure (ou plutôt ils m'avaient avec eux, en vertu de leur bienveillance de chercheurs pour le communicant des sciences que je prétends être), deux Français du CNRS et cinq américains, la plupart de l'Université de Berkeley. En tout, une bande de sept grosses têtes décontractées, en chemisette et chaussures de tennis.
De Toulouse à Odeillo, la route passe par Ax-les-Thermes et l'équipe a respecté la tradition, inaugurée par l'un d'entre eux, de se tremper les pieds dans la source chaude. Impossible pour moi de ne pas immortaliser l'instant d'un clic d'APN.
Autres images saisies : l'ensemble des miroirs plans éclairant la parabole, vu du sommet de celle-ci, une vue qu'aucun touriste jamais ne verra ; la salle du foyer où parvient concentré par la parabole géante le flux de tous les miroirs plans, l'équivalent de cinq cents soleils dans quelques décimètres-cube ; le réacteur en place audit foyer, où doit s'effectuer dans le mois qui vient une série d'expérimentations suisses sur la réduction d'un oxyde de zinc… Je m'en fous ce sont les Suisses qui paient ; enfin le paysage somptueux qui s'ouvre à 180 degrés au sud du bâtiment. La Cerdagne en majesté.
L'équipe de chercheurs franco-américaine était là pour mettre au point le test d'efficacité des protections thermiques des antennes de la sonde Solar Probe Plus, qui doit s'approcher du Soleil en 2018 à trois centièmes de la distance Terre-Soleil et mesurer le flux de ses particules pour renvoyer les mesures à la Terre. Histoire de mieux comprendre les phénomènes régnant dans l'atmosphère solaire et qui échappent pour le moment aux modèles de la physique. Une manipe du feu de Dieu, élaborée sur dix ans, emportant avec elle dans l'espace un concentré de savoir-faire inimaginable. Le matériau de protection thermique doit être exposé à une température de 1500 degrés, et faire baisser celle-ci dans les pièces de l'antenne à 500 degrés sur une longueur d'à peine deux pouces et demi. On n'ose penser au coût d'un tel matériau, et l'on se rassure en se disant qu'il n'est utilisé que pour ces engins uniques dont l'exotisme des objectifs n'a d'égal que le mystère qu'ils recèlent.
Au foyer de la grande parabole, on est dans le saint des saints de la science la plus pointue qui soit. J'étais là en tant que reporter, travaillant à un roman scientifique, et mon imagination s'emballait, partait dans le vide cosmique à la suite de la sonde pas encore lancée, vers un soleil toujours plus proche et rendu monstrueusement gros par sa proximité…
Et là, dans ce lieu, cette clé à molette.
Sa présence était tellement inattendue qu'elle paraissait comme un couteau ensanglanté sur un tapis, un pistolet dans une cuisine, un flacon de barbituriques vide ouvert sur un lit. Mon cerveau déjà aiguillonné par ma présence dans cet endroit magique où s'élabore une expérience qui l'est à peine moins, a aussitôt interprété cette clé à molette comme arme d'un crime commis ici et encore inaperçu. Où était le cadavre ? Déjà, dans la salle de contrôle des miroirs plans, un technicien avait envoyé vers nous en inclinant les miroirs un flux de soleil tel que tout le monde en a crié de saisissement, et l'idée m'est venue que quiconque voulant se débarrasser de belle-maman d'une façon aussi scientifique que littéraire pourrait l'amener ici après avoir reprogrammé le logiciel de contrôle. Et maintenant la clé à molette.
Qui a pu commettre ce meurtre dont le cadavre n'existe pas ?
J'ai gardé en souvenir un morceau d'aluminium fondu restant d'un test de refroidissement et resté au pied du foyer. J'aurais pu garder le morceau de feu arrière de l'Opel, tombé après un choc dans une poubelle de ville, un chercheur conduisant. J'ai préféré l'aluminium, plus noble.
Finalement je suis sûr que c'était le colonel Moutarde.
21/06/2011 - Nibiru et al. : Voyage vers des astres qui n'existent pas
Je me suis fait virer d’un forum de complotistes qui misent sur l’arrivée prochaine des cataclysmes annonçant l’ascension de l’humanité !
Je sais, tu vas me dire « Que diable allais-tu faire en cette galère ? ». Eh bien, je ne sais !
Ou plutôt si, je sais : j’ai tenu à m’imprégner de cette « philosophie » (je dirai plus loin pourquoi ce n’en est pas une), saisir l’essence de sa réflexion, les données sur lesquelles elle s’appuie et son rapport au réel. Mais aussi, bien entendu, j’ai voulu rectifier les menues erreurs scientifiques que l’on trouve ça-et-là sur ce type de site. Si je m’en étais contenté, j’y serais encore. Malheureusement j’ai voulu aussi trois ou quatre fois faire de l’humour et ça vraiment ça ne pardonne pas.
Je passe sur les rectifications qu’il m’a fallu faire, c’est normal, le savoir scientifique n’est pas la chose du monde la mieux partagée et ces gens en savent autant sur les sciences que la moyenne de leurs contemporains. L’important est ce qu’on a parfois été répondu à mes informations, en substance : « C’est ton opinion ! » Un fait scientifique, c’est « mon » opinion ! Voilà des gens qui avouent « chercher à comprendre », et qui lorsqu’on leur fournit un renseignement objectif, le classent dans les opinions. Mais alors, les faits existent-t-ils ?
Qu’il y ait par exemple trente volcans en activité en permanence sur Terre, que la comète Elenin soit un glaçon de quelques km de diamètre, entre autres faits scientifiques, sont à ranger parmi les avis (donc n’ayant pas plus de valeur qu’un autre avis). Renoncer à distinguer le réel du subjectif est une donnée importante de cette philosophie.
Autre donnée importante : la négation des coïncidences. Deux faits simultanés ne peuvent arriver ensemble par hasard. Cette négation n’est pas toujours affirmée et parfois seulement suggérée. Mais le fait qu’une éruption solaire ait eu lieu le même jour que le tsunami au Japon est fortement suspect et suppose un lien causal quasi obligé ou très probable.
La symbologie est également très présente, et nombreux sont ceux qui décortiquent les noms des objets et des gens, les dates et tous les signes en général pour y trouver des significations cachées. La pauvre comète Elenin en est une victime expiatoire : Elenin = Eleven-Nine (11 septembre), alors vous pensez !
Autre pilier : le « onnouscachetoutisme ». Cet affreux néologisme désigne la théorie du complot en général et le fait que la « Vérité » (terme très en usage) nous soit toujours dissimulée par les autorités. Corollaire : les sources officieuses sont toujours préférées aux sources officielles, non sur la base d’éléments factuels, mais juste par principe. D’ailleurs les sites visités portent tous des noms évocateurs : « Ere nouvelle » « Vraie Science » etc. Que les uns après les autres les mensonges et erreurs répandus dans cette littérature soient mis au grand jour ne désespère pas nos gens, et le centième site jouit de la même confiance que le premier.
J’y ajoute une dose de corporatisme. On a tendance, sur le site dont je parle (je me garderai bien d’étendre mes constats à ceux que je ne connais pas), à distinguer les gens en deux cases : vous êtes avec eux ou contre eux. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’adhésion ne se fait pas sur l’essentiel, les idées, mais sur l’accessoire, c’est-à-dire l’attitude de suspicion vis-à-vis de la science dite officielle, toujours assimilée au politique.
Dire ce qui fait le lit de cette philosophie : la méfiance générale et justifiée pour les gouvernements, les scientifiques étant considérés comme suppôts, est un autre sujet. Mais cette philosophie n’en est pas une en ce sens où ces gens ont chacun leur représentation du monde, d’un individu à l’autre elle peut se révéler totalement différente. Ne cherchons pas ici de courant de pensée il n’y en a pas. Au-dessus des piliers que j’ai cités, on ne trouve que deux autels : le refus (du réel) et l’espoir (d’un « ailleurs »).
Ma foi, le refus et l’espoir sont deux données qui de toute façon agitent l’humanité et la font même avancer parfois. Ce qui fait qu’en fin d’analyse, même si Nibiru n’existe pas, tous ces gens sont bien humains.
Une dame que je connais très bien
est abonnée à Orange et vient de se faire voler son téléphone. Outil de travail
pour elle, qui prend avec cet engin tous ses rendez-vous entre chefs
d’entreprise ; la dame est banquière et des sommes considérables dont vous
ne verrez jamais la couleur passent par elle, et avant elle, par son téléphone.
Un mois, ça a duré un mois.
Je vous ai dit que la dame était
abonnée à Orange ?
D’abord impossible d’avoir une personne au téléphone. Répondeur,
répondeur, répondeur, la technique désormais incontournable des (grandes)
sociétés qui ne veulent pas que leurs clients leur cassent les pieds avec leurs
problèmes.
La dame se rend donc à l’agence,
excédée, son (gros)* salaire en dépend.
« Je ne partirai pas d’ici
avant d’avoir eu un numéro où joindre une personne qui me fera parvenir un
téléphone ».
Au début, on la prend de haut
mais avec politesse. Elle dit ça mais elle le fera pas, ont l’air de penser
les employés de l’agence. Mais elle est restée, s’est installée dans un coin,
les employés se sont mis à l’ignorer en lui jetant des regards torves et en se
demandant sûrement si des fois elle serait pas capable de faire ce qu’elle
disait.
Deux heures plus tard, une
employée murmure à un collègue « Pourquoi tu lui dis pas pour le
neuf-neuf-neuf ? »
Alors finalement, avec un air
constipé, un employé susurre à la dame avec la voix des couloirs d’hôtel
: « Sur le répondeur, il faut faire neuf, réécouter le message, refaire
neuf, réécouter le message, faire neuf une troisième fois, et là vous aurez un
opérateur »
Miracle ! L’opérateur
existe, la dame va le rencontrer ; la procédure existe aussi, mais elle
est secrète, faut pas la dire aux clients, sinon ils finiraient par déranger
l’opérateur alors que maintenant, il reste bien tranquille dans son bureau à
regarder des pornos.
La dame rappelle, fait trois fois
neuf, obtient une voix féminine qui lui annonce que son téléphone sera
disponible le tant, dans une boutique dépositaire de la rue Lauriston. (Pour
les passionnés d’histoire, je rappelle que depuis 1944 la rue Lauriston est
redevenue une rue comme les autres.)
A la date, elle s’y rend le bec
enfariné, trouve à l’adresse convenue une épicerie minuscule et crado, fermée
avec une étiquette minable annonçant qu’elle est ouverte quelques jours dans l’année
(son propriétaire étant dans doute recherché par les Renseignements Généraux).
Furieuse, la dame rappelle,
refait trois fois neuf, obtient cette fois-ci une voix d’homme qui lui dit que
son téléphone a en fait été envoyé… dans l’Essonne, dans un bled qu’elle ne
sait pas situer de mémoire. Pourquoi l’Essonne, j’habite Paris seizième, hurle
la dame sur un ton qu’on emploie rarement dans cet arrondissement. « C’est
que… Heu… Vous comprenez… Heu… » lui répond la voix masculine dans le
téléphone.
Je vous ai dit que la dame était
abonnée chez Orange ?
La dame bondit dans sa voiture mais
prise d’un doute, elle se renseigne sur l’adresse qu’on vient de lui donner,
afin de ne pas faire trente kilomètres dans chaque sens dans la banlieue de Paris,
le second lieu au monde où il est le plus difficile de se déplacer après la
face Nord du Jannu.
Elle fait bien. A l’adresse, il y
a des particuliers qui ne sont en rien dépositaire des téléphone commercialisés
par… Par qui déjà ? Ah oui, Orange.
Un mois après elle n’a toujours
pas de téléphone.
La prochaine fois je vous
parlerai de la BRED.
* Tout est relatif, je ne connais
pas le salaire de la dame. Elle-même ne connaît pas le mien, mais je suis prêt
à parier qu’elle le trouverait petit.
Dominique Strauss-Kahn est donc
en prison. De deux choses l’une : soit il a fait ce dont on l’accuse, soit
il ne l’a pas fait.
S’il l’a fait, qu’il soit
condamné et passons à autre-chose. S’il ne l’a pas fait, ça devient
intéressant.
En effet, il faut alors se
demander si l’accusation vient d’une femme seule ou si elle résulte d’une
machination.
Si l’accusation vient de la seule
femme de chambre, que cela soit démontré et passons à autre-chose. Si c’est une
machination, ça devient intéressant.
En effet, soit c’est une
machination personnelle soit c’est une machination politique.
Si elle est personnelle elle ne
regarde que lui. Si elle est politique ça devient intéressant.
En effet, soit le complot vise le
directeur du FMI, soit il vise le probable candidat à la présidence française.
S'il vise le directeur du FMI,
ça nous regarde à peine. S’il vise le probable candidat, ça devient
intéressant.
En effet, soit ce complot est fomenté par la droite, soit
il est fomenté par la gauche.
S’il vient de la droite, c’est dans l’ordre des choses. S’il
vient de la gauche, ça devient intéressant.
En effet, soit le complot vient
d’un autre parti de gauche, soit il vient du PS lui-même.
S’il vient d’un autre parti de
gauche, ce ne serait guère étonnant. S’il vient du PS lui-même, ça devient
intéressant.
En effet, dans ce cas soit le
complot vient des adversaires de DSK dans le parti, soit il vient de son
entourage proche.
S’il vient de son entourage
proche, c’est moche mais ça regarde son entourage proche. S’il vient de ses
adversaires dans le parti, ça devient intéressant.
En effet, soit il vient d’un de ceux qui n’ont
aucune chance à la primaire, soit il vient des concurrents directs de DSK.
S’il vient de ceux qui n’ont
aucune chance, on ne voit pas ce que ça peut changer. S’il vient d’un de ses
concurrents, ça devient intéressant.
En effet, soit ce serait Martine
Aubry, soit ce serait François Hollande. Si c’est Martine Aubry, c'est pas bien de la part de
Martine Aubry. Si c’est François Hollande, c’est pas bien de la part de
François Hollande. Mais dans les deux cas c’est totalement inintéressant, tout
simplement parce que c’est socialiste.
Alors je préfère croire que DSK a
vraiment fait ce dont on l’accuse, ça au moins c’est intéressant.
2/05/2011 - Le monde dans lequel je ne veux pas vivre
Je vis dans un monde qui n’est ni tout à fait beau ni tout à fait laid, et qui est les deux à la fois, penchant tantôt vers la laideur et tantôt vers la beauté. De ces beautés passées il nous reste soit des vestiges que nous admirons mais qui ne servent plus, soit des chefs-d’œuvre encore inachevés mais dont nous sommes fiers. Les droits de l’Homme en font partie.
Le balancier de l’histoire humaine va et vient entre ces deux pôles selon un rythme qui lui est propre. Chaque être humain a le devoir de comprendre pour tout instant de sa vie, vers quel pôle oscille ce balancier.
Pour le moment j’ai l’impression qu’il revient à toute vitesse vers le pôle de la laideur, qu’il a eu tant de mal à quitter après la seconde guerre mondiale. Nous quittons le monde qui en est issu, mais peut-être allons-nous à toute vitesse vers un autre monde qui se profile, et ce monde-là, je ne veux pas y vivre.
Dans ce monde, le pire deviendra peu à peu normal, comme le fait rouer de coups à mort un inconnu, pour un regard.
Comme le fait de couper la tête à un malade mental, ou à un criminel récidiviste en arguant du fait que le garder en prison coûte trop cher.
Dans ce monde, l’arbitre de toutes les causes sera une calculatrice.
Dans ce monde, une opinion vaudra un fait. Le réel ne sera plus reconnu comme tel, et la croyance remplacera le savoir. Les connaissances établies seront contestées au nom de la foi, au nom des fois qui se contredisent et s’opposent, et dans ce contexte jamais le réel ne pourra réconcilier les adversaires. L’univers sera devenu une question de représentations individuelles et non un espace extérieur peuplé d’objets physiques.
Dans ce monde, la raison aura abdiqué, et la voix la plus forte l’emportera.
Dans ce monde, il vaudra mieux dire un mensonge aujourd’hui qu’une vérité demain, car ce ne seront ni la vérité ni le mensonge qui feront vendre, mais la vitesse. On apprendra à lire Rimbaud en diagonale pour aller directement au sens, à écouter les quatuors de Beethoven en accéléré pour aller à l’essentiel, et à juger de tout selon un mode binaire pour aller plus vite
Dans ce monde, la notion de « vrai » aura disparu.
Dans ce monde, le risque zéro sera réputé exister, et on passera sa vie à le rechercher. Cette pétition de principe fera que pour tout accident, il devra se trouver un coupable, et la pluie elle-même sera la faute de quelqu’un. L’attention de tout responsable sera bien davantage accaparée par le souci de protéger sa responsabilité, que de l’exercer vraiment.
Dans ce monde, c'est l'erreur et non le mérite qui décideront de l'avenir de chacun.
Dans ce monde, on se moquera de celui qui travaille dans l’ombre à l’amélioration de la condition commune, et l’admiration universelle sera réservée à celui qui aura mis en lumière sa capacité à améliorer sa condition personnelle.
Dans ce monde, quand on n’aura pas de Rollex à cinquante ans, c’est qu’on aura raté sa vie.
C’est marrant, j’ai l’impression qu’on y est déjà.
Un jeune homme a été battu quasi à mort dans une gare où
je passe tous les jours, par une bande venue de la ville où j’habite. Déjà, ça
fait froid dans le dos, mais ce qui fait plus froid encore, c’est le pourquoi
de ce quasi meurtre à dix contre un : « on » ne supporte pas que
le jeune homme sorte avec une jeune fille habitant la cité de ces quasi
meurtriers. « On » va donc lui apprendre.
Certes, je culpabilise en me
disant que ce monstrueux fait divers me touche bien davantage que s’il avait
été commis à cinq cents kilomètres d’ici. Près des yeux, près du cœur. J’ai
côtoyé sans le savoir ces quasi meurtriers, j’ai même habité cette cité un
moment… Ma réaction est affective plus qu’elle ne le serait pour la même chose
à Brest ou à Strasbourg.
La tête froide, je
vouerais aux gémonies ces comportements si éloignés géographiquement qu’ils
soient. Cependant, ce qui me rend plus sévère, c’est de savoir que ces sinistres individus
n’ont aucune excuse. Je suis bien placé pour savoir que là où ils habitent, il
n’y a pas plus de misère, de chômage, de précarité qu’ailleurs ; que cette
cité pour n’être pas luxueuse est propre, arborée, que c’est tout sauf un
ghetto et qu’on y vit généralement tranquille.
Ce qui a motivé ces petites ordures
est seulement l’instinct de propriété qu’ils nourrissent à l’endroit des filles
de « leur cité », comme si le fait d’habiter quelque-part liait pour
toujours un individu quel qu’il soit à un lieu quel qu’il soit. On attend des
comportements pareils de la part de buffles des savanes, ou de phacochères, pas
d’être humains.
Je leurs conseillerais volontiers
ainsi qu’à tous leurs semblables de sortir la petite queue dont ils sont si
fiers et de pisser tout autour de leur putain de cité, pour marquer le territoire.
Et pourquoi pas aussi de déposer des petits tas.
On pourrait leur conseiller d’aller
à poil et de marcher à quatre pattes comme les autres animaux, et jamais cela
arrivait, je serais le premier à passer devant leurs niches à fenêtres en
voiture, et à leur jeter par les vitres des restes de nourriture.
De prison, ils ressortent fiers,
alors à quoi bon la prison ? Là au moins, après six mois à déféquer sur
les trottoirs et à manger des ordures, ils la ramèneraient peut-être un peu
moins.
Et les filles de « leur cité »
pourraient sortir même avec le pape.
Les neuf dernières
années de la vie de Beethoven vont voir l'éclosion d'une des plus
incroyables séries de chef-d'oeuvres de toute l'histoire de l'art.
Ce sera d'abord l'immense
Missa Solemnis, dont la spiritualité ne peut être comparée qu'à
la messe en si mineur de Bach. Puis les quatre dernières sonates
pour piano, dont la vingt-huitième sera composée non pour les
pianistes de son temps, mais pour cinquante ans après eux. On pense
à l'époque que la surdité est l'explication d'une musique aussi
incompréhensible. La toute dernière sonate porte le fameux opus cent onze,
et elle parachève le travail de reconstruction de tout le genre sonate. L'opus 111
n'est plus une sonate, c'est « autre-chose » et son
second mouvement d'une élévation de pensée inouïe marque
effectivement, à son écoute, une fin. De fait, plus aucun
compositeur ne produira de sonate semblable, pas même dans cette
lignée. Beethoven vient de clore le genre.
Puis c'est la
célébrissime Neuvième Symphonie, apogée de la lutte de l'homme et
qui marque au contraire un début : elle préfigure en effet les
symphonies géantes de la fin du siècle et du début du siècle
suivant, celles de Bruckner et Mahler. Par son propos, sa durée, sa
masse orchestrale, ses choeurs, elle aussi possède cinquante années
d'avance.
Puis Beethoven prend le
temps de résumer cent ans d'écriture pianistique avec les
variations Diabelli, colossale synthèse de près d'une heure et
trente trois variations géniales à partir d'un thème puéril écrit
par un amateur.
Enfin, il termine sa vie
et sa carrière par un testament musical qui n'a jamais eu
d'équivalent et n'en aura pas par la suite : les cinq derniers
quatuors.
Je connais l'existence de
ces pièces depuis ma petite enfance, grâce aux fameux livre-disque dont je parlais plus haut. Je me souviens
encore de la phrase qui évoquait ces quatuors : « l'austère
dépouillement y atteint au sublime... » ; phrase énigmatique
prononcée par la voix de Madeleine Renaud, et dont mes six ans ne
déchiffraient pas le sens. Je la comprendrai un peu plus tard, mais
sans qu'elle me donne envie d'écouter les oeuvres : à dix ans pas
plus qu'à quinze on n'est tenté par le dépouillement ni la
sublimité.
Ma timidité face à ces
pièces durera des dizaines d'années. Il m'arrivait bien de les
entendre à la radio, mais jamais elles ne m'ont pénétré. Sans les
juger je les trouvais effectivement difficiles d'accès, et réclamant
de l'auditeur une maturité que je n'avais pas. J'ai attendu d'avoir
quarante cinq ans pour me les faire offrir en CD.
Pourtant, il ne m'arrive
que rarement encore de les écouter. Leur ombre plane encore
au-dessus de ma tête et je me suis aperçu qu'on n'écoute pas ces
quatuors n'importe quand. Il faut du temps, une atmosphère
particulière, un état d'esprit qui se prête à cette écoute
initiatique. Le sentiment qui s'en dégage est unique. Recueillement
de l'homme arrivé en fin de vie, paix, questionnement métaphysique
certes, mais qui trouve toujours sa réponse tranquille. Emplis
d'audaces de composition, ils ne paraissent pas l'être, respirant au
contraire la spontanéité et le naturel simple, ce qui est la marque
des plus grands génies.
On en ressort grandi,
rêveur, apaisé. Quelque-chose s'est passé pendant cette audition
où le temps s'est suspendu. Avec Beethoven, le quatuor, comme la
sonate, a explosé. On est passé à cinq, six, sept mouvements, et
le propos musical est devenu si riche, si complexe, et si élevé en
terme d'inspiration que les compositeurs postérieurs hésiteront à
s'y risquer. Peu y parviendront, et sans jamais dépasser le maître.
Beethoven a aussi clos ce genre.
Il est le premier dans
l'histoire de la musique à porter ouvertement un message humaniste
et philosophique. Bruckner et Mahler le suivront, mais mettront dans
leurs oeuvres l'omniprésence de Dieu dont Beethoven se passe. Le
premier, il ramène l'art à l'artiste, sans jamais tomber dans le
narcissisme dont Richard Strauss sera l'archétype en musique. Il
invente la musique moderne et ses héritiers mourront dans les années
1960, près de deux siècles après sa naissance.
Alors, pourquoi cette vie
me fascine-t-elle au point d'avoir fait du prénom du grand homme mon
pseudo sur la toile ?
Probablement parce que je
n'ai aucune des qualités de Ludwig, et qu'on admire toujours ce
qu'on ne peut pas atteindre. Probablement parce que la lutte, ce
domaine où il était le plus fort, est celui où je le suis le
moins. Probablement, et puisqu'il disait que celui qui la
comprendrait serait délivré du malheur où les autres se traînent,
parce que je ne comprends rien à sa musique.
Beethoven et sa vie me
fascinent depuis cinquante ans, et je me demande pourquoi depuis
quarante.
Sans doute, mon enfance a
été bercée par le fameux livre-disque qui racontait, avec les voix
de Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. Certes, mon premier
concert symphonique, entendu Salle Pleyel à l'âge de cinq ans y est
sans doute pour quelque-chose. Mais mon affinité avec le grand
Ludwig me semble aller plus loin qu'un simple goût musical.
Beethoven a eu une
enfance pénible avec une mère absente et un père alcoolique et
violent. Enfant prodige du piano, il fait espérer à son père une
carrière aussi rémunératrice que celle du jeune Mozart, mais le
projet avorte et le futur génie s'émancipe rapidement. Je ne
reprendrai pas le mythe des « Trois Styles de Beethoven »,
mais il faut quand même constater dans sa carrière de compositeur
des étapes plus ou moins marquées. Jusqu'à vingt-six-trente ans,
il est surtout pianiste et compose comme pour faire ses gammes. Il en
sort déjà des pièces remarquables.
Mais vers trente ans le
doute ne lui est plus permis ; il devient sourd, et dès lors il
prend deux décisions : s'isoler pour cacher son mal, et se consacrer
à la composition puisque l'interprétation publique lui est
désormais interdite. Il a déjà à son actif plus de dix sonates
pour piano encore classiques mais déjà marquées d'un style
incomparable ; énergie, puissance, dynamisme s'y allient à un sens
aigu de la mélodie, le tout parsemé d'audaces de forme. Il a
également composé plusieurs quatuors et une très mozartienne
symphonie.
Les années 1802-1805
marquent un tournant : sa musique gagne d'oeuvre en oeuvre en ampleur
et la troisième symphonie de 1804 peut être regardée comme la
première pièce orchestrale romantique. Il invente le scherzo pour
remplacer le menuet, et ce type de mouvement à trois temps
traversera tout le siècle. Il introduit le trombone, étoffe
l'orchestre, invente l'orchestration ; en même temps il pratique la
même révolution pour le piano, exigeant sans cesse des facteurs des
claviers plus larges et des sons plus profonds, plus longs, plus
denses, des instruments qui justifient sa musique autant qu'ils sont
justifiés par elle.
Jusqu'en 1812 soit en dix
petites années, il produit encore une douzaine de sonates, cinq
symphonies dont la Pastorale, ce poème symphonique géant avec un
demi siècle d'avance, cinq concertos dont un pour le violon, le
premier opéra romantique et quantité d'oeuvres de chambre. On y
trouve tout : naturalisme, drame intérieur, joie simple, espérance
lumineuse et mystère de l'introspection. Sa vie est faite de surdité
croissante, d'une descente progressive vers la pauvreté matérielle
en même temps que d''une inépuisable fièvre créatrice.
Il est déjà un immense
rythmicien, sans doute le plus important de l'histoire avec Berlioz
et avant lui, un architecte des grandes formes, et il produit pour le
piano, le quatuor, le violon et le violoncelle des sonates dont
certaines atteignent au grandiose et dont la moindre serait le
chef-d'oeuvre d'un autre. Au même moment, Vienne où il vit découvre
la valse et l'opéra Italien, et Beethoven ajoute à ses soucis
l'incompréhension musicale de ses contemporains. Son style est
désormais affirmé et restera sa marque, c'est celui de la lutte
victorieuse de l'homme contre son destin, dont les troisième et
cinquième symphonies, les quatorzième et vingt-troisième sonates
sont les morceaux emblématiques. En 1812, il a quarante deux ans et
il a composé les plus beaux quatuors à cordes (numéro neuf) les
plus belles sonates (vingt-sixième) et la plus belle symphonie
(troisième ou septième ?) jamais composées. A cette époque dite
parfois « héroïque », on peut penser que ces trois
genres viennent de connaître grâce à lui d'indépassables sommets.
On se trompe.
A partir de 1812,
Beethoven se tait à peu près complètement. Il est devenu
totalement sourd, un projet de mariage échoue lamentablement, il
perd ses mécènes et s'encombre d'un neveu qui ne lui causera que
des tourments incessants. Néanmoins, et même si la maladie s'ajoute
au reste pour faire de sa vie un calvaire, on se perd encore en
conjectures sur les vraies raisons du silence d'un des plus grands
génies musicaux de l'histoire.
En 1818, il sait qu'il
n'a probablement plus que quelques années à vivre, et il reprend la
composition avec la conscience d'avoir encore quelque-chose
d'important à dire au monde. Cet homme malade, sourd, pauvre, seul
et incompris artistiquement va réinventer la joie et la mettre en
musique pour les siècles des siècles.(A suivre)
La diplomatie française
est en train de réinventer ce concept millénaire. D'abord, la Ministre des
Affaires Etrangères commence par conseiller au Président tunisien
les moyens et techniques français de répression propre : sans doute
le plat de la main dans les côtes, les coups d'annuaire sur le crâne
qui ne laissent pas de trace, et j'en oublie mais j'ignore bien
entendu tout de ces techniques où le savoir-faire français est
mondialement reconnu.
Parallèlement, ni elle
ni son ambassadeur sur place ne pressent ent jusqu'à la veille du départ
honteux de Ben Ali, ce qui est en train de se passer. Exemple
probablement unique où toute une diplomatie découvre à la
télévision ce qu'elle est censée être la première à savoir. On
imagine Michèle Alliot-Marie descendre en panique dans la rue,
enfiler la première rue commerçante et demander à Madame Michu
transportant son cabas d'où sortent des queues de poireau :
Dites, vous savez ce
qui se passe en Tunisie, vous ?
Ensuite, la même chef de
la diplomatie française effectue un voyage touristique dans un pays
où, à quelques pas de sa villégiature, le peuple se révolte
contre sa dictature et tombe, blessé ou mort parfois, sous les coups
de la police.
Mieux : on apprend que ce
voyage était au moins partiellement studieux puisque des affaires à
hauteur de trois cent mille euros ont été traitées par la propre
famille de notre Ministre, et pas avec n'importe qui : avec un
proche du pouvoir dictatorial, l'un des plus corrompus du monde.
Ce faisant, elle donne
l'exemple à suivre d'une parfaite collusion entre intérêts privés
et position publique, ce qui ne fait sans doute pas d'elle une
exception sur le fond, mais représente une première sur la forme vu
le peu de scrupules avec lequel elle pratique celle collusion.
L'odeur particulièrement nauséabonde de l'argent qui circule dans
les milieux du pouvoir tunisien ajoute encore à cette originalité.
Fière de manipuler de l'argent sale, ET ministre des affaires
étrangère, ça vous pose une carte de visite.
Mais ce n'est pas tout :
à peine le dictateur parti et l'ambassadeur de France revenu de sous
les palmiers, on nomme à ce dernier un
successeur. Et la catastrophe diplomatique se poursuit : ledit
ambassadeur, un trou-du-cul body-buildé, n'a rien de plus pressé
que d'insulter la presse tunisienne qu'il invite à l'Ambassade. Les
Tunisiens massés sous ses fenêtres exigent aussitôt qu'il dégage.
L'histoire internationale
est vierge d'un pareil empilement d'erreurs grossières,
d'aveuglement, de collusion coupable voire de complicité, et
d'arrogance stupide.
A part la Ministre
elle-même, une seule personne peut faire le minimum possible pour,
non pas faire oublier, mais atténuer les effets désastreux de cette
série d'épisodes : le Président de la République.
Malheureusement, celui-ci a d'autres choses à faire : il doit toutes affaires cessantes humilier de son
côté le Mexique dans l'affaire Cassez, histoire de montrer
que la diplomatie française n'est pas stupidement arrogante
seulement vis-à-vis de ses anciens protectorats, mais aussi avec de
grands pays amis, également émergents. Et on a envie de dire « A
qui le tour ? » On s'attend désormais au pire avec la
Roumanie, le Sénégal, l'Argentine, ou l'Australie. Qu'est-ce qu'ils
ne vont pas encore nous inventer pour ridiculiser la France aux yeux
du monde ?
Ces gens qu'un concours
de circonstances exceptionnel a placés par hasard à l'Elysée et au
Quai d'Orsay, n'ont aucune idée de ce qu'est la politique
internationale et la diplomatie. Ils l'avaient déjà montré, ils le
confirment aujourd'hui avec un éclat inattendu mais qui ouvre des
perspectives à d'autres gaffes bien plus graves. Dans leur genre,
ils sont aussi dangereux que les crétins qui ont signé les accords
de Munich, car incapables de voir les dangers et de reconnaître
leurs amis de leurs ennemis. Dans une situation internationale un peu
plus tendue qu'aujourd'hui, on les sent capables de n'importe quelle
connerie.
Aux dernières nouvelles,
l'"ambassadeur" de France à Tunis a promis d'être
poli, ce qui là encore est une grande première dans l'histoire de la
diplomatie mondiale. Ce trou-du-cul mal embouché baptisé rapidement
« diplomate » et expédié à Tunis, à présent contraint de
s'excuser publiquement est paraît-il un proche de Nicolas Sarkozy.
On respire. Ce n'est donc
pas la France qu'il représente, juste son Président. Ouf.
C’est de sa faute, bien sûr. On n’a pas idée : aller dire devant l’Assemblée Nationale qu’on est prêt à apporter son aide policière à Ben Ali en déroute…
Pourtant, je ne blâme pas trop la Ministre pour ce qui est à mon sens une énorme maladresse de langage. Et je l’absous de mauvaises intentions : je ne la soupçonne pas d’avoir voulu fournir au dictateur et escroc tunisien le meilleur des services de renseignement et de répression que recèle notre république et qui ont fait leurs preuves. D’ailleurs, une telle proposition de la part d’un pays qui a le passé de la France dans le Maghreb, n’aurait pas constitué moins qu’une insulte et non une simple boulette langagière. Je ne crois même pas MAM capable d’y avoir pensé et je lui fais crédit de n’avoir voulu qu’éviter en Tunisie une effusion de sang jeune et démocrate par une soldatesque policière déchaînée.
J’ai cependant une ou deux questions à poser à la Ministre.
Pour quels autres pays du monde cette proposition aurait-elle pu être faite ? Car enfin, si nous pouvons rendre service à la Tunisie, pourquoi pas à d’autres ?
Imagine-t-on la France proposer son assistance répressive mais pleine de tact à la police chinoise nettoyant Tien-An-Men ? Les techniques du GIPN à la police russe pour l’assaut d’une école prise en otage ?
Nenni.
Mais alors, qu’est-ce qui différencie la Tunisie de ces pays aux prises avec des soulèvements ? Serait-ce la taille du pays ? Son importance stratégique ? La dépendance où nous sommes ou pas, de relations économique avec lui ? Tout cela à la fois ?
Ne serait-ce pas plutôt l’ancien statut du pays d’Hannibal, protectorat où la France avait imposé sa loi écrite ?
Ne serait-ce pas – pire encore – le soubresaut d’une France qui a toujours en Tunisie et avec Ben Ali des intérêts suffisamment forts pour qu’on tente, même au prix d’une proposition ridicule, de les sauver ?
Quoi qu’il en soit, cette proposition est au moins la marque que notre pays n’a pas renoncé à mettre un pied sur cette terre d’Afrique du Nord indépendante où la droite française a laissé son cœur, pour ne parler que de lui. Et quoi qu’il en soit c’est une belle connerie. On n’avoue pas plus clairement sa nostalgie pour le Maghreb français.
Mais comme je l’ai dit, ce n’est pas de cela que j’en veux à la Ministre des Affaires Etrangères, une appellation qui prend dans le contexte de la déclaration devant l'Assemblée, une coloration sinistre. MAM n'a-t-elle pas été victime de l'étrange symptôme du ministre variable (SMV) qui fait qu'on mélange son portefeuille actuel et un ancien, en proposant les services du Ministère de l'Intérieur pour répondre à une situation politique d'un pays étranger ? Dans ce cas, il faut se féliciter qu'elle n'ait pas eu l'agriculture, elle aurait été capable d'envoyer des cochons à Tunis.
Mais il y a pire : la bourde de MAM, en la supposant vierge de tout ce qui précède, montre au moins que cette femme ministre, au gouvernement depuis près de neuf ans, n’a pas pressenti la chute de Ben Ali trois jours avant qu’il ne soit viré de son pays comme un malpropre par son peuple et son armée. Ce que les média tous en chœur attendaient, personne dans son cabinet ne l’a vu apparemment venir, même de près.
Doit-on penser qu’à Matignon on n’était pas au courant non plus ? Sans doute, puisque la proposition d’Alliot-Marie ne peut avoir été faite sans l’assentiment de Fillon. Ou alors c’est qu’il n’y a plus de Premier Ministre dans l’avion.
Cécité politique, cynisme, outrepassement de prérogatives… Comme dirait Thérèse dans le Père Noël « on ne sait que choisir ».
Et on ne sait surtout ce qui oblige nos dirigeants à conserver dans leurs rangs de pareilles individualités, quitte à laisser soupçonner des cadavres dans certains placards.
14/01/2011 - Mon grain de selles dans le procès d'Eric Zemmour
Passionnant : toutes les associations de défense des droits de l'homme, comme un seul homme, contre un homme seul. Je ne vais pas le défendre, il ne le mérite pas, et s'il en est là c'est qu'il l'a voulu ; sans être particulièrement brillant, Zemmour n'est pas stupide au point de penser qu'il pourrait dire ce qu'il a dit sur la délinquance, sans être immédiatement poursuivi par ces associations qui, il faut le croire, n'ont pas de chantier plus urgent. J'ai juste envie de dire qu'il n'est pas condamnable. La première raison, tout le monde l'a dit, c'est que ses propos sont, au premier degré, parfaitement exacts. Les populations d'origine immigrée d'Afrique noire et du Maghreb sont sur-représentées dans les cas de trafic de drogue. Peut-être Zemmour a-t-il, (mais peut-on lui en vouloir, il a tant de travail), oublié d'ajouter que les populations en provenance d'Europe de l'est sont sur-représentées dans les cas de trafic d'êtres humains, et que les populations gauloises et bien blanches sont sur-représentées dans les cas de fausses factures, de détournements de fonds, de financement illégal des partis politiques... Cette sur-représentation des Noirs et des Arabes (pour faire court) dont parlait Zemmour est comparable à la sur-représentation des Noirs et des Latinos (pour faire court) dans la délinquance américaine. Mais ça aussi, Zemmour a oublié de le rappeler. Tout cela est vrai. Et l'important, naturellement, n'est pas là. L'important est le lien causal qui provoque ces sur-représentations. Concernant les USA, les penseurs bien-pensants comme Zemmour ne rechignent guère à nous expliquer le phénomène par les conditions sociales des Noirs aux Etats-Unis. Les mêmes, quand il s'agit de la France, sont beaucoup plus réticents à produire des explications comparables. Dès lors, on est obligé de trouver ces explications dans les sous-entendus. Et c'est là la deuxième raison pour laquelle Zemmour n'est pas condamnable : sa phrase est naturellement chargée de sous-entendus. Partant, le délit, c'est l'auditeur qui le commet, en supposant à Zemmour des arrière-pensées racistes - et c'est ce que font les associations inoccupées citées plus haut - parce qu'il y a mille façons de dire des choses vraies, et neuf cent quatre-vingt-dix-neuf de ces mille façons laissent entendre des choses fausses. Le sous-entendu, c'est l'arme fatale des petits esprits. Mais jusqu'à changement des lois françaises, ces sous-entendus ne sont nullement répréhensibles, et on peut encore, chez nous, réjouissons-nous-en, sous-entendre ce qu'on veut sans s'attirer (en principe) les foudres du parquet. Les sous-entendus les plus pourris peuvent donc être proférés en toute innocence, et les associations feraient mieux d'aller chercher ailleurs que chez le petit Zemmour des chantiers dignes de leurs objectifs statutaires. Ces mêmes sous-entendus pourris peuvent également être proférés dans le but non déclaré de se faire de la publicité à peu de frais et de mobiliser sur son nom la droite de la droite. En toute innocence aussi, bien sûr. Ludwig
Ludwiblog publie les lundis et jeudis, depuis l'éditorial jusqu'à la fiction,en une page A4 maximum. Parfois même quelques vers. Exercice d'écriture, humour, confrontation aux regards, échanges d'idées, d'indignations et de sourires.