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5/02/2010 - Concorde, un procès, et après ?

Le drame de l’an 2000 a durablement marqué les esprits, moins d’ailleurs par la mort de 113 personnes, que par l’environnement affectif : c’était en France, l’avion a été filmé en flammes, c’était un mythe avant qu’il ne s’écrase…

Le procès qui s’est ouvert cette semaine braque à nouveau le projecteur vers ce crash mémorable, mais on peut se demander aujourd’hui à quoi ce déploiement judiciaire de trois mois va bien pouvoir servir.

Certes il y a eu des plaintes et la procédure s’est poursuivie jusqu’à son terme, mais dès le départ la messe était dite : les compagnies aériennes ont très rapidement indemnisé les victimes (à des hauteurs inhabituelles en Europe, mais personne n’aura le mauvais goût de s’en offusquer), le Bureau Enquêtes Analyse a remis un rapport très circonstancié (comme d’habitude) qui désigne LA lamelle (la célèbrissime lamelle) comme responsable de l’accident selon une énorme probabilité… Que dire de plus aujourd’hui ?

Pourtant, il s’avère qu’une contre-enquête, inspirée des précédents du fameux supersonique qui n’en était pas à son coup d’essai en matière de réservoir percé, ont ouvert une faille béante dans la version du BEA. A l’origine de cette contre-enquête bien sûr, la compagnie américaine qui pleure aujourd’hui une lamelle en titane perdue par un de ses DC10 (au lieu de se réjouir que ce modèle réputé n’ait pas perdu carrément un réacteur, ce qui lui est déjà arrivé ; au moins, un réacteur, on l’aurait vu jonchant la piste).

Donc, les compagnies vont avoir l’occasion de s’écharper en correctionnelle, chacune rejetant sur l’autre la responsabilité de l’accident, l’une pour la lamelle perdue, l’autre pour défaut d’entretien, et on y ajoutera les ingénieurs ayant conçu l’avion aux réservoirs trop fragiles, jugés aujourd’hui pour des défauts de conception « commis » il y a quarante ans.

Un déballage donc, et qui ne profitera à personne : connaître les causes premières d’un crash est certes indispensable, et la sécurité aérienne progresse continuellement grâce à ces analyses qui améliorent les avions. Mais de Concorde, il n’y a plus ! Tous les appareils ayant été retirés, aucune amélioration technique possible ne sortira de ce procès. Le modèle, rappelons-le, datait des années 1960 et 70, il était depuis longtemps dépassé à bien des points de vue.

Que nous importe alors que le pneu ait éclaté ici, en fin de piste, ou là, en début de piste ? Que nous importe de savoir si oui ou non Air France a commis une négligence dans l’entretien du train d’atterrissage ? Cette négligence si elle a eu lieu, est une erreur individuelle et ne remet pas en cause les capacités générales de maintenance de la compagnie Française.

Mettre au banc les ingénieurs concepteurs si longtemps après la fabrication de l’appareil est par ailleurs une indignité : on sait aujourd’hui – mais certains savaient depuis longtemps – que Concorde présentait un risque important en cas d’éclatement d’un pneu, car les débris touchaient alors directement les réservoirs que l’on savait mal renforcés. Dix incidents de ce type ont eu lieu avant Gonesse, et à Washington en 1979, un exemplaire s’est trouvé en grand danger d’écrasement après un éclatement tout semblable, non suivi d’incendie. L’appareil en question (le Fox-Charlie) a dû être immobilisé un long moment pour remise en état : une aile avait été percée de part en part !

A cette époque, il était encore temps de s’en prendre aux concepteurs : aucune victime n’était encore à déplorer. Maintenant, alors que cent treize humains y ont perdu la vie, c’est leur faire porter une responsabilité que tant d’autres devraient partager, y compris semble-t-il à la direction de l’aviation civile, chez les directeurs d’Air France successifs et pourquoi chez les politiques.

Le Concorde, avion mythique mais très mauvais planeur, a volé pendant trente ans, alors qu’il aurait de toute évidence dû être retiré au moins temporairement pour des améliorations structurelles très importantes, voire définitivement., et ce dès le début des années 80. On a choisi de ne pas le faire pour des raisons de prestige, mais aucune des personnes qui ont fait ces choix à répétition ne sera dans le box. Qui jugerons-nous donc ? Le capitaine du Titanic, en quelque sorte. Les temps ont donc bien peu changé.

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23/01/2010 - Santoro et la décennie

Faut-il croire l'affirmation journalistique qui affirme que Fabrice Santoro, le sympathique champion français de tennis (quand un sportif atteint un certain niveau de notoriété, on utilise à son endroit le terme de "champion", même s'il n'en a pas le titre), que Santoro donc aurait tenu à jouer un tour à l'Open de Tennis d'Australie (lequel, à la date de parution du présent billet, bat son plein) pour entrer dans le Livre des Records ?
Mais d'abord, quel record Fabrice aurait-il pu vouloir battre ? Il en détient déjà quelques-uns, notamment celui du match le plus long. La longueur semble d'ailleurs, dans la carrière de ce sympathique champion, une donnée récurrente. Ce record de plus consisterait à être le seul joueur de tennis professionnel (je me refuse à utiliser l'anglicisme "tennisman", le mot "tennis" dérivant directement du français), le seul à avoir exercé sur quatre décennies. Soit, depuis la fin des années 80 jusqu'au début des années 2010.
Ce serait amusant, car dans notre calendrier, on a coutume de désigner par décennie non pas n'importe quelle période de dix ans, mais bien les divisions du siècle. Or, nul ne l'ignore, le siècle présent a commencé en 2001 et non pas en 2000, ce qui fait que sa première décennie n'est pas encore finie. Depuis le 1er janvier 2001, il s'est écoulé jusqu'aujourd'hui exactement neuf ans et deux semaines. Que les incrédules comptent sur leurs doigts. Et que ceux qui pensent que le siècle a commencé en 2000 veuillent bien admettre qu'il n'y a pas eu d'an zéro.
Fabrice Santoro a eu une carrière exceptionnellement longue constituée de matches exceptionnellement longs, soit. Mais d'un point de vue strictement numérique, l'histoire retiendra que cette carrière a pris fin au cours de la première décennie du XXIe siècle. Sauf... Sauf si Fabrice, réconcilié avec les mathématiques, revenait sur sa décision, et remettait le couvert pour une année de plus. Je propose qu'on le lui suggère en lui adressant des lettres sympathiques au siège de la FFT. Qui sait, peut-être y passera-t-il de temps en temps, après un déjeuner amical en compagnie de Guy Forget ?

A moins bien sûr que cette histoire de record ne soit une pure invention journalistique, mais cela m'étonnerait : notre presse n'a pas pour habitude de raconter des salades sur nos sympathiques champions, ni sur quelque sujet que ce soit.
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17/01/2010 - Alzheimer et maison de retraite

Je serai bref, c'est un sujet sur lequel je n'ai pas envie de m'étendre.
Mes beaux-parents sont atteints d'Alzheimer tous les deux. Ils sont depuis un an et demi dans une maison de retraite médicalisée à V.
Leurs filles les ont placés là devant leur totale désorientation à tous deux, aucun ne reconnaissant désormais son domicile et le papa étant encore capable de s'accidenter gravement chez lui. Question de sécurité, donc dans son cas, de survie.
Nous étions confiants, les locaux sont agréables et modernes, les conditions à la hauteur du prix. Mais une maison de retraite, médicalisée qui plus est, vaut surtout par son personnel. Des soins adaptés valent tous le confort du monde.
Je passe sur la façon dont mes beaux parents sont habillés par le personnel (en dépit du bon sens et du climat), sur les accidents qu'ils se donnent mystérieusement et dont nous ne sommes pas prévenus, des consultations médicales coûteuses au moment où ils étaient tous deux en bonne santé. Je passe sur le fait que malgré d'innombrables rappels on continue à laisser leur porte d'armoire ouverte ce qui permet leur activité compulsive de mélange du linge (et comme tout ce qui est sorti est mis au sale par le personnel, l'armoire est vide en deux jours et ils n'ont plus rien à se mettre).
Plus grave est le fait qu'on médicamente ma belle-mère et maintenant mon beau-père à l'insu de leurs filles pourtant tutrices, et en dépit des ordonnances du médecin référent. Pourquoi ?
Le fait nous a été révélé par l'hébétude de ma belle-mère au Noël 2008. Un ami pharmacien nous a confirmé qu'elle était sous neuroleptiques. En douce.
Nous luttons contre cela, le soupçon toujours à l'esprit qu'entre deux visites de week-end, il leur soit donné ni vu ni connu ces médicaments abrutissants et confortables... pour le personnel.
La vraie raison est là : mieux vaut des malades abrutis que des malades dont il faille s'occuper. Il faudrait beaucoup plus de personnel pour contrôler les déambulations, les intrusions, les agressions éventuelles que peuvent "commettre" des malades Alzheimer entre eux. Alors pour économiser sur les salaires, on investit un peu dans la pharmacopée, et le tour est joué.
Depuis que nous savons cela, nous considérons d'un oeil différent cette dame arrivée il y a un an, déjà malade sans doute mais encore vaillante et alerte, aujourd'hui réduite à l'état de légume.
Sans doute Alzheimer évolue-t-il différemment selon les cas, mais nous savons parfaitement que la maladie avance moins vite quand le malade est sollicité, et quand on cherche à lui conserver une activité à la hauteur de ses moyens. Le coller dans un fauteuil avec des neuroleptiques interdit cet entretien quotidien des capacités. Comment croire que les malades ainsi traités ne régressent pas beaucoup plus vite ?
On en pense ce qu'on veut. Mais il y a des chances non négligeables pour que la prise en charge actuelle des malades Alzheimer par la société encourage une dérive conduisant ces malades à une déchéance accélérée.
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10/01/2010 - Tout va bien, surtout en Calabre

Il faut dire, comme Pangloss, que tout est au mieux.
Au-delà des questions énergétiques et d'eau potable qui ne seront pas sans nous exploser à la figure avant cinq ans, au-delà de l'extinction de toute pensée philosophique au sens large, c'est-à-dire qui mettrait en cause l'ordre établi, au-delà de la fossilisation de la laïcité en France et à la généralisation du modèle social communautariste anglo-saxon, au-delà de la disparition programmée de la biodiversité, au-delà de l'arrivée en Europe d'une immigration massive en provenance d'Afrique - immigration qui fera passer le flux actuel pour le passage clairsemé des piétons dans la rue Sainte Isaure un lundi matin vers trois heures - au-delà donc de ces questions de fond dont l'humanité ne se débarrassera qu'au prix de sacrifices monstrueux tant humains que moraux, les événements récents survenus sont susceptibles d'enfoncer le clou d'une satisfaction généralisée d'être dans un monde parfait.
L'un de ces événements est le mitraillage de l'autobus de la délégation togolaise à la Coupe d'Afrique de Football. Du jamais vu. Trois morts.
Du jamais vu, mais cet événement dont on ne sait s'il faut le classer dans la catégorie des faits divers, celle du sport, ou celle de la politique, à moins qu'on n'en invente une quatrième, fait écho aux événements survenus en Egypte autour d'un autre autobus, celui de l'équipe d'Algérie, caillassée assez violemment pour que le véhicule passe par l'hôpital avant de pousser jusqu'à l'hôtel. Encore s'agissait-il là de faits où la politique était - du moins à première vue - absente, et encore n'a-t-il fait que des blessés.
Un autre événement nous touche sans doute encore davantage car il s'est produit en Europe. C'est la chasse aux Noirs menée en Calabre par des bandes de Calabrais racistes. Au premier degré, ces faits rappellent les ratonnades organisées en France et en Algérie à l'époque des "événements", mais ils rappellent aussi les pogroms polonais au temps où il y avait des juifs en Pologne, et encore plus furieusement les mêmes faits dans le sud des USA, sans parler des pays où la ségrégation raciale était élevée en système constitutionnel.
La naïveté et la courte mémoire qui caractérisent l'humain et semblent le prix à payer pour la conscience de soi, ont fait que nous avons pu croire les temps de ces chasses à l'homme révolus en Europe comme ils le sont en Amérique. Nenni. Et c'est en Italie, le pays de Verdi, de Michel-Ange, de Leonard... Ma, me diront les Italiens du nord, aucun de ces artistes n'était calabrais. C'est que notre esprit jacobin se refuse à considérer l'Italie pour ce qu'elle est : une mosaïque de pays différents préférant nier leurs points communs aussi forts et nombreux qu'ils soient, pour transformer leur diversité naturelle en artificielle opposition.
Mais les chasses aux Noirs de Calabre ont un second niveau de lecture, déniché par les reporters dépêchés là-bas par nos chaînes. Les Africains immigrés (parfois pour quelques mois, le temps des récoltes), refusent le système mafieux qui, qu'on le veuille ou non, dirige tout en Calabre et plus généralement au sud d'une ligne passant par la banlieue de Rome jusqu'à Odessa au bord de la Mer Noire. La mafia, que voulez-vous, n'est pas dans la culture africaine. Alors l'affrontement entre cette population qui n'a pas grand-chose à perdre et une mafia qui risque si gros, est inévitable, Les Noirs que la mafia veut réduire en quasi esclavage se révoltent physiquement.
Les ratonnades ne sont donc qu'une conséquence d'une de ces révoltes. Menées par des Calabrais, organisées on ne sait par qui mais il n'est pas difficile d'en avoir une idée, elles sont des représailles envers ceux qui ont osé se dresser contre un ordre illégal et criminel mais établi. Les "penseurs" de droite qui ont un jour affirmé qu'il vaut mieux une grande injustice qu'un grand désordre en sont pour leur frais : l'une provoque immanquablement l'autre.
L'écrivain maudit qui a dénoncé la mafia dans un livre brûlot ose espérer que la déstabilisation finale de la mafia peut venir de l'immigration africaine. Alors, dans monde tel que décrit plus haut, resterait-il une seule raison de sourire, ce serait raison de plus pour en profiter.

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30/12/2009 - Rue de la Ferronnerie

Rue de la Ferronnerie
A Charles de Touraine

Nous étions dans Paris, ville rebelle aux rois.
Déjà reverdissait la vigne au mont Martrois,
La Seine enfin paisible apprêtait ses flots larges
Aux blés mûrs que juillet ferait glisser des barges ;
Le fleuve calme et lisse et comme enamouré
S’offrait à ce Paris qui venait s’y mirer,
Et attendant les blés, charriait d’autres vivres.

Dans la cité, on imprimait autant de livres
En un jour, qu’on eut pu en écrire en cent ans ;
Elle était la nouvelle Athènes de son temps.
Mais le peuple illettré, bien qu’heureux et prospère
En savait bien assez, ignorant la misère.
En ces temps, des docteurs portant robe et chapeau,
Dans des volumes gravés d’or, reliés de peau
Cherchaient la vérité du Monde, et discouraient
D’astres fixes au ciel, et d’autres qui couraient.

Aux portes de Paris s’entassaient des charrois
De vins ou de tissus, et passer les octrois
C’était pour les marchands, les troupes de théâtre,
Maquignons, charbonniers, maçons, livreurs de plâtre,
Paysans qui poussaient leurs moutons devant eux,
Comme entrer dans l’Olympe et rencontrer les dieux.
Au Pont Neuf, surmonté de bâtisses lépreuses
Une armée d’arracheurs, de jongleurs, de diseuses
De mendiants, attirait à grands cris les chalands
Qui passaient sur le pont, désoeuvrés, à pas lents,
Sous leur sarraus écrus serrant contre eux leur bourse,
Bousculés par les chiens et les garçons de course.

Le ciel était serein, les femmes aux lavoirs
Frappaient rythmiquement de leurs épais battoirs
En chantant des chansons, les chemises des hommes ;
Sur les quais maraîchers, gamins vendeurs de pommes
Et jouvencelles en jupons portant plateaux
De pâtés à deux sols, et trois pour les gâteaux,
Couraient entre les gens, criant leurs marchandises,
Et l’angélus sonnait aux clochers des églises
Vers qui en trottinant des nonnes se hâtaient.

Le guet marchait par trois de qui les pas battaient
Sous leurs souliers ferrés le pavé des rues sombres,
Leurs casques rutilant entre les places d’ombres
Portées par les toits lourds aux charpentes de bois ;
Et ces lueurs clignaient comme cligne parfois
L’œil d’un enfant moqueur ayant fait une farce.
La foule dense ici, était ailleurs éparse
Mais toujours agitée, parlant fort et criant
D’un bord à l’autre des ruelles, s’injuriant
S’il fallait que l’un d’eux laisse passage à l’autre.
Les boulangers avaient pétri le pain d’épeautre
Qu’ils iraient vendre pour un liard aux miséreux ;
Paris vivait, Paris riait, était heureux,
Paris qui fourmillait, fort de trois cent mille âmes
Et qui ne brûlait plus de ces sinistres flammes
Allumées par malheur dans le siècle passé.

Dans ce fourmillement, un homme à pas pressé
Marchait. Vêtu de vert, il venait d’Angoulême.
Il portait au côté, dans la ceinture, à même
Le velours du pourpoint que l’on met pour chasser
Une dague, un poignard à l’acier damassé ;
Et l’homme demandait son chemin à qui passe.

Un peu plus bas, sortant du Louvre, sur la place
D’où l’on voit les jardins filant vers le couchant,
Un carrosse armorié d’azur, portant sur chant
Une couronne d’or sur fond de sable, arrive.
Un grand valet tirait les rênes vers la rive,
D’un claquement de langue excitant les chevaux.
Un homme, à ce cocher adressa quelques mots.
Son col portait la fraise blanche de dentelle,
Ses cheveux tombaient sur son front. Une étincelle
Brillait dans son regard, comme un air de bonté
Malicieuse, et mêlée d’un soupçon de fierté.
Il s’était pour parler, penché à la portière.
Puis, ayant dit, il a repris place à l’arrière.
Le carrosse longeait la Seine à cet instant ;
Et les chevaux fumaient ; il faisait frais pourtant.

Ailleurs, dans une rue bordée de maisons basses
L’homme vêtu de vert toujours aux gens qui passent
D’une voix oppressée demandait son chemin.
On répondait, montrant quelquefois de la main
Qu’il faut tourner au coin, à la boulangerie.
Ce qu’il voulait ? La rue de la Ferronnerie.
Sa dague bleue jetait des éclairs par moment.
En marchant, l’homme heurta dans son empressement
Un bassin de granit où le bétail s’abreuve.

Le carrosse à présent s’est écarté du fleuve
Tournant au nord après Saint-Germain l’Auxerrois.
C’est le chemin qu’alors et de tous temps les rois
Ont suivi du Palais en ville ; on faisait place
En regardant passer ces ors, de bonne grâce,
Au carrosse arborant ces armes, cet écu,
Ces couleurs, ce cocher comme un marquis vêtu,
Sans savoir que blason, couronne et armoirie
Avaient rendez-vous rue de la Ferronnerie.

Dans le carrosse, un roi parlait aux siens. Le bruit
Des roues aspées de fer couvrait parfois celui
Des voix. "J'ai, disait-il, bien souvent fait la guerre ;
Et je ne l'aimais pas, mais il la fallait faire ;
Le pied des Espagnols foulait le sol français.
Je n'ai tant guerroyé qu'en pensant à la paix,
Et je sais ce qu'il faut de compromis, de ruses
Pour que se taise enfin le bruit des arquebuses.    
A tous ceux qui un jour m'ont voulu détrôner
Et pour peu qu'ils s'en soient dédits, j'ai pardonné.
Depuis lors chacun peut enfin, à votre exemple
Prier Dieu comme il veut, à l'église ou au temple.
Le repos du royaume était bien à ce prix,
Et j'ai raillé les Espagnols quittant Paris
Les voyant défiler, sans arme, à ma fenêtre."

Le roi rit sur ces mots ainsi qu'il rit peut-être
Au soir d'Arques ou bien d'Ivry, de Moncontour ;
Ainsi rirait tout homme, au matin d'un beau jour.
Un nuage poudreux nacré comme une opale
Suivait, l'auréolant, la voiture royale.
Le peuple de Paris saluait sans le voir
Ce souverain qu'il devinait, vêtu de noir.
On levait son chapeau, on faisait révérence
Comme il sied quand on rend hommage au roi de France,
Qu'on porte au flanc l'épée, qu'on soit simple bougnat.
A l'angle d'une rue, un prêtre se signa.

Droit devant, à cent pas, l'oeil brillant, la peau blême
Etait l'homme au pourpoint qui venait d'Angoulême ;
La rumeur étouffée de ce peuple et le bruit
Du carrosse, arrivaient sourdement jusqu'à lui ;
Il ne demandait plus à quiconque sa route
Ayant enfin trouvé ce qu'il cherchait, sans doute.
Entouré de badauds, de bourgeois, de laquais
Transportant des fardeaux du marché vers les quais,
Ce gaillard de six pieds et roux de chevelure,
S'était planté debout au fond d'une encoignure,
Et là, les poings serrés, semblait ronger son frein.

Le carosse avançait, menant toujours bon train,
Les six chevaux filant au trot ouvraient la foule
Comme un navire au vent portant qui fend la houle ;
Des enfants au cerceau courant sur leurs pieds nus
Ont suivi le carrosse un instant, retenus
Dans ce jeu périlleux par la voix de leur mère.
Et l'attelage allait tout droit dans la lumière
Laissant l'ombre aux coquins. Une femme au sein rond
Tenant ses deux petits serrés dans son giron
Sourit en regardant passer cet équipage
Disant aux bambins "C'est le roi !" et leur visage
S'épanouit. Un chat bondit soudain chassant,
Et les chevaux pour épargner cet innocent
Ralentirent un peu leur pas ; dans les échoppes
On entendait le son des gouges, des varlopes,
Des lourds marteaux des forgerons battant le fer,
Et des soufflets entretenant leurs feux d'enfer ;
Les caves, les maisons, la rue, la ville immense
Et par-delà les murs de la cité, la France
Résonnaient sans répit de ce labeur humain.

L’homme en vert attendait là-bas, poignard en main.
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20/12/2009 - Copenhague : deux degrés de plus en moins ?

Ai-je bien entendu ?

Les trente pays qui ont signé à Copenhague ce que l’Histoire considérera comme une carte postale de groupe en vacances, se sont-ils vraiment engagés à réduire la hausse des températures du globe à deux degrés ?

Ou bien n’est-ce qu’un raccourci journalistique de plus, une formule du même acabit que la désormais célèbre « Pluton ne fait plus partie du Système Solaire », d’il y a quelques années dans un autre domaine ? Un tel raccourci n’aurait rien de nouveau, les média comme on vient de le voir avec cet exemple, nous y ayant habitués. Pourtant, ils ne peuvent avoir totalement inventé ces fameux « deux degrés » sur lesquels porte aujourd’hui mon interrogation.

Admettons un instant que ce soit vrai, et qu’un tel engagement ait vraiment été pris ; après tout, si ce n’est pas le cas, je n’aurai rien d’autre à faire que supprimer ce billet.

Ainsi, les trente chefs d’état les plus puissants du monde se seraient engagés à rien moins que commander à la température de la Terre ? Mais dans quel monde vivons-nous ? Alors même que l’on n’a aucune idée de la part de l’homme dans l’actuel réchauffement – lequel date de douze mille ans – et que par conséquent on en a moins encore sur l’efficacité des mesures qu’on pourrait prendre, on prétend par un document rédigé à la va-vite et dans la frénésie d’un échec politique planétaire et qui n’a d’autre pouvoir que d’incantation, maîtriser tout simplement le climat du globe ?

Les sorciers primitifs dansant pour faire tomber la pluie faisaient-ils autre chose ?

S’il fallait une preuve que les gouvernants du monde entier prennent leurs citoyens pour des cons, celle-ci suffirait pour les siècles des siècles. Le plus demeuré supporter de l’OM ou du PSG sait, en hurlant des injures aux joueurs de l’équipe adverse, que personne fût-il Président du Monde, n’a le pouvoir de forcer la nature au-delà des barrières de son jardinet.

Voudrait-on détourner à tout jamais les populations de tout effort écologique, pourtant nécessaire, voudrait-on démontrer au monde entier l’inutilité de toute concertation générale sur la préservation d’une planète vivable, voudrait-on enfoncer dans les esprits la totale incapacité des politiques à prendre quelque décision que ce soit plus lourde que l’emprisonnement des mineurs ici ou l’autorisation des fusils de chasse pour tous ailleurs, qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

Dans la foulée de cet accord, historique en ceci qu’il restera pour l’avenir le plus ridicule document que l’humanité ait produit (pour parodier Aragon parlant de Makarenko), les mêmes chefs d’état pourraient se réunir annuellement dans une capitale choisie pour sa neutralité, et y décider, une année après l’autre, de :

-       limiter la vitesse des cyclones à 150 km/h. en ville

-    réduire les éruptions volcaniques de cinquante pour cent dans les trente ans.

-      supprimer les séismes dans les zones habitées

-      augmenter progressivement la durée du cycle d’activité solaire

-  interrompre la tectonique des plaques pour éviter l’augmentation du temps de trajet Amérique-Europe

-   inverser la précession pour que l’horoscope ne soit plus contredit par l’astronomie

-      ralentir la rotation terrestre pour passer progressivement à des journées de travail de quinze heures.

Tomber d’accord sur de tels changements ne coûtera rien à personne, pas plus que n’aura coûté l’accord de Copenhague. Et comme celui-ci, tous ces documents finalement compilés symboliseront les deux seules choses sur quoi les politiciens du monde sont capables de s’accorder : la démagogie propre aux démocraties, et le foutage de gueule propre aux dictatures. Réconcilier ces deux concepts ne vaut-il pas un Copenhague tous les ans ?

A condition bien sûr que j’aie bien compris le message émis par la conférence. En fait, ce que j’ai entendu dire aux média est « l’engagement de faire BAISSER la température de la Terre de deux degrés »… Mais là j’ai juste ri.

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12/12/2009 - Une injustice enfin compensée

Notre gouvernement et la majorité parlementaire ont, nous le savons, à coeur de lutter contre toutes les inégalités. Ou plutôt, contre les injustices, ce qui n'est pas la même chose. Les députés et sénateurs viennent d'en faire une brillante démonstration.

D'ailleurs, avant de parler d'une de ces injustices en particulier, parlons un peu des injustices en général et de ce qui les distingue des inégalités.

Un homme d'un mètre quatre-vingts a une taille inégale à celle d'un homme d'un mètre soixante (et ne voyons dans cet exemple aucune allusion politique). C'est incontestablement une inégalité, mais est-ce une injustice ? Certes non, car dans l'injustice il y une notion de morale totalement étrangère à la taille en centimètres des individus. L'inégalité s'exprime dans l'absolu, alors que l'injustice est relative, car elle n'existe que par rapport à un idéal qui résulte d'une construction sociale.

L'inégalité des salaires est également un fait absolu. Mais elle peut n'être pas injuste en ce sens que les travaux les plus pénibles, les plus risqués, ceux qui demandent les études les plus poussées ou portent les responsabilités les plus lourdes doivent naturellement être mieux rémunérés que les autres. C'est à la société de décider dans quelle mesure ces inégalités de salaires sont justes, c'est-à-dire si elles compensent les inégalités antérieures que j'ai relevées, et pas plus...

On ne lutte pas contre les inégalités tant qu'elles ne font qu'en compenser d'autres. Certains français ne paient pas d'impôt sur le revenu (ce que les mauvaises langues appellent « ne pas payer d'impôt » comme si la TVA n'existait pas). Parmi ces français, certains gagnent si peu que la société a décidé de les en dispenser. Dans ce cas d'ailleurs, cette inégalité devant l'impôt est très loin de compenser l'insuffisance des revenus. C'est pourtant un sage principe, humaniste et éclairé, que malheureusement les énarques ont cru bon d'affubler d'un vocable à chier : la peréquation. Il n'en font jamais d'autres.

Venons-en au fait : l'imposition nouvellement votée des indemnités versées en cas d'accident de travail nécessitant un arrêt de plus d'un mois. Jean-François Coppé, qui ne l'oublions pas sera Président de la République en 2017 et qui a donc encore huit ans devant lui pour mettre de bonnes idées de côté, argumente cette décision (jusqu'à présent ces indemnités n'étaient pas imposables) par ces mots d'une grande sagesse et d'une humanité éclairée : « Il y avait là une injustice ».

Une injustice ? Une inégalité, peut-être...

Mais relisons la précieuse distinction entre ces deux concepts...

Ne pouvons-nous pas dire à Monsieur le Président de la République De Dans Huit Ans, qu'entre un salarié hospitalisé et en interruption plus d'un mois pour un accident survenu dans son travail, qui gardera peut-être des séquelles physiques et certainement morales, et un autre qui continue d'aller travailler sur ses deux jambes, il y a objectivement une inégalité qu'il serait bon de compenser ?

Etrange que cette inégalité-là, que certains n'hésiteront pas à qualifier d'injustice, n'ait pas sauté aux yeux de Coppé pas plus qu'à ceux, il est vrai notoirement presbytes, des députés et sénateurs de droite, lesquels ont de concert avec le gouvernement le souci affirmé de compenser les injustices où qu'elles se trouvent. Et justement, celle-là touchait les salariés les plus modestes, car qui, majoritairement, s'accidente dans son travail ?

Peut-être estiment-ils que l'accident de travail relève du hasard et que celui-ci pour être aveugle, n'est jamais injuste ? Peut-être estiment-ils au contraire qu'une incapacité de travail de plus d'un mois n'est pas une inégalité soumise à compensation ? Peut-être, (les ultra libéraux estimant que ce qui arrive aux hommes ne doit rien au hasard et tout au mérite), sont-ils animés de pensées plus incongrues encore.

On peut craindre en tous cas qu'ils ne dénichent dans le fonctionnement de la société française d'autres injustices comparables à celle-là, et qu'ils ne s'en emparent pour les corriger dans un sens rigoureusement contraire à celui où ils ont corrigé celle touchant la surimposition des très gros revenus. Ceux qui n'ont pratiquement jamais d'accident de travail et souffraient donc les premiers de l'injustice quant à la non imposition des indemnités.

Allez savoir ce qui se passe dans la tête d'un ultra libéral. Certains se réclament même de Diderot et Voltaire, c'est dire si c'est mal rangé là-dedans.


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14/11/2009 - Enfant...


Enfant, je m'entourais de fantômes et d'ombres ;
Je chérissais la nuit qui les fait exister
Et m'endormais, inquiet quand même, aux heures sombres ;
Le jour avare et blanc venait les écarter.

Je voyais des zincs gris, et de grises gouttières
Que les oiseaux nacraient de leur baptême impur ;
Parfois dans un rai d'or s'irisaient les poussières
Parfois se dessinait un soleil sur le mur.

Sous un carré couleur d'ardoise, je guettais
Le souffle des geysers et le blizzard des pôles
Et la nuit, quand mouraient ces plaintes, j'écoutais
La mer, battant le pied des murs comme des môles.

Les jours n'étaient que ces glaciers coulant, opaques,
Indifférents, portant au flanc de bleues clartés
Où dansent les reflets de mondes héliaques
Et incertains, dans des cocons d'obscurités.

Aux temps plus clairs, je contemplais par transparences
Les ocres d'un cañon, ou l'or dont au matin
S'allume comme en proie à des incandescences
Le bord obscur d'un temple ou d'un tombeau lointain.

Je voulais oublier les havres immobiles
Et poussé par la brise aborder Bejaïa
Ou bien, quand d'autres vent m'auraient porté, tranquilles,
Survoler l'Hindou Kouch et les Himalaya.

J'avais des Taj-Mahal, des Jardins Suspendus
Des midis lumineux et blancs sur le Bosphore
Qui brillaient au soleil sur l'écran des murs nus,
Ou le soir, aux lueurs chaudes d'un photophore.

J'imaginais au pied de blanches basiliques
Un absolu qui viendrait vite et sans faillir ;
Je rêvais que j'étais vivant, que des musiques
Sonnaient. Et je ne savais pas qu'on pût mourir.
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10/10/2009 - Télescopages

Par un curieux télescopage de l’actualité, une « affaire Mitterrand » vient se superposer à l’affaire Polanski, et on notera mon usage des guillemets.

Que le ministre ait successivement pris position fortement en faveur du cinéaste, et ait été attaqué deux jours plus tard sur le plan de sa propre sexualité, n’est pas qu’un hasard.

Je ne l’aime pas beaucoup mais j’apprécie l’homme de culture ; et si je ne le suis pas quand il défend Polanski avec la véhémence qu’il a employée, laissant la porte ouverte à l’invasion des sous-entendus, je trouve très inquiétantes les attaques dont il fait l’objet à propos de son livre et de sa vie. Certes, l’attaque vient du FN, et nous savons que de ces gens il faut s’attendre au pire ; mais le plus grave est le relais complaisant qu’ont offert l’ensemble des media aux accusations de pédophilie lancées contre lui.

En effet, si l’on considère que cette accusation n’est basée sur aucun fait, qu’elle ne s’appuie que sur une lecture déviante du livre de Mitterrand, et que cette lecture confond volontairement la pédophilie et l’homosexualité, on pourrait penser que la réaction unanime de la grande presse face à ce mensonger déchaînement aurait été de jeter à la corbeille ou mieux de consacrer à un usage fessier et hygiénique tous les papiers qui en parlaient. Les valeurs de notre République l’auraient exigé selon moi.

Or, non.

Si le ministre s’est trouvé obligé de « s’expliquer » sur TF1, ce n’est pas parce qu’il a été attaqué par le FN ; d’autres l’ont été qui ne sont pas venus, car il n’y avait tout simplement pas lieu. C’est bien à cause de l’écho donné à ce qu’il faut bien appeler des calomnies, par la presse elle-même. Pire, alors que Mitterrand en plateau avait cru fournir les éclaircissements demandés, il se voyait pourfendu par Ferrari – pas une rapide, celle-là – d’une question sur sa justification du tourisme sexuel. Dame, (c’est le cas de le dire), la question était préparée, il fallait bien la poser. Ainsi fonctionne un journal télévisé. En justice, quand un juge demande pourquoi le prévenu a fauté, et que ce prévenu donne la preuve qu’il ne l’a pas fait, on ne lui redemande pas pourquoi il a fauté. Au journal de TF1 si, car la question a été préparée, et Ferrari est là pour poser ses questions pas pour écouter les réponses.

Je discerne deux choses derrière cette demi folie médiatique. L’une, la paranoïa dans laquelle est tombée notre société depuis quinze ans à propos de sexualité, en particulier celle mettant en cause des mineurs. Pas une affaire qui n’ait son écho télévisé et radiophonique. On n’en fait pas autant pour les autres formes de délinquance ; d’où vient cette discrimination ? Ne serait-ce pas le goût pour l’horreur que notre société cultive ? Or, la paranoïa ne réduit pas le danger, elle mène seulement à l’absurde, surtout quand elle se mêle de fascination.

Le second spectre est cette confusion ménagée par le FN avec l’homosexualité, une confusion qui nous ramène au moins un demi siècle en arrière et qu’on croyait en voie de disparition. Que des médias « normaux » lui aient emboîté le pas en prenant si peu de recul et en contradiction totale avec ce qui devrait être leur déontologie, en dit long j’en ai peur sur le statut que nous sommes encore prêts à donner aux homos, malgré toutes les déclarations collectives d’acceptation sociale et de tolérance pour l’homosexualité.

Au même moment, un club de foot amateur refusait d’affronter une équipe à dominante homosexuelle, laquelle n’a d’autre objectif que de briser le tabou dans ce sport ouvertement homophobe. Refus motivé par la répugnance des joueurs musulmans qui « ne partagent pas les mêmes idées ». Eh bien, refusons désormais de jouer au foot contre des joueurs musulmans, puisque nous ne partageons pas les mêmes idées.

Je ne suis pas forcément groupie de la mode consistant pour un homo à faire un coming-out public comme l’a fait Mitterrand ; j’ignorais qu’il fût homo et je ne gagne rien à le savoir ; mais j’ai d’excellents amis (et même plus) homosexuels et j’exige qu’on leur fiche la paix avec leur sexualité. Que la vieille droite dont l’idéal est le temps des Croisades traite un homo de pédophile, c’est dans son emploi, elle a fait pire. Que la société dans laquelle je vis la suive comme un seul homme… C’est où la sortie ?

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2/10/2009 - C'est parti pour une loi de plus.

Comme à chaque fois depuis quelques années, je dis bien à chaque fois, une terrible affaire de meurtre sexuel enflamme à la fois le monde politique et les media. Comme à chaque fois, le gouvernement promet une nouvelle loi et l'annonce comme s'il s'agissait de LA solution.

Comme à chaque fois, il y aura des gens pour le croire.

On entend pourtant des choses ahurissantes, comme si la raison, sans doute à cause de l'horreur du geste commis dans le cadre d'une récidive dont on répète qu'elle ne devrait jamais arriver, avait quitté les cerveaux des politiques. Un excellent (?) exemple en a été donné dans l'émission d'Yves Calvi sur la cinquième, consacrée à ce sujet brûlant, par un ancien député UMP, Georges Fenech. Lui-même et d'autres préconisent, sans citer ce cas directement mais dans le contexte exact où il se produit, qu'on ne laisse plus sortir les délinquants sexuels de prison.

Cela revient, tout le monde l'a compris, a condamner à la réclusion à perpétuité les coupables de viols. Du jamais vu dans une démocratie éclairée. Car enfin, il faut appeler un chat un chat. La récidive, toujours tragique, ne peut être exclue qu'en enfermant les gens. Même si 98% des violeurs (98% !!) ne récidivent jamais, il faudrait pour s'en garantir les enfermer tous (!) à vie.

C'est naturellement totalement impensable, mais c'est la conséquence directe et inéluctable des propos qui sont tenus par les politiques proches ou appartenant au gouvernement.

La question qui brûle aussitôt les lèvres du justiciable lambda que nous sommes tous, est celle-ci : "Les violeurs, et qui d'autre ?"

Car en effet, la question de la récidive se pose pour toutes les formes de délinquance, et on ne voit pas pourquoi on limiterait une mesure d'enfermement aux seuls criminels et délinquants sexuels (je rappelle que le viol est un crime et que le terme de criminel désigne aussi les coupables de viols, infiniment plus nombreux que ceux qui sont allés jusqu'au meurtre).

Pourquoi ne pas se limiter aux homicides ? Mais justement, parce que l'affaire qui sert de base à ces nouveaux et répétitifs aboiements, concerne une personne qui, jusqu'ici, n'avait pas tué ! Ce type était un violeur, et c'est contre un violeur que se déchaînent ces voix, c'est ce violeur pour qui on réclame à grands cri a posteriori la réclusion à perpétuité !

Mais si on le fait pour un violeur, il faut le faire pour tout agresseur violent ! Où placerons-nous la limite entre ceux qui ne doivent jamais sortir de prison et les autres ?

Fenech nous dit "Il faut qu'ils ne sortent jamais, ces gens dont on sait qu'ils vont récidiver". Et il précise "Si je retrouve un siège de député, je poserai une proposition dans ce sens." On a les tribunes électorales qu'on peut, au pied de celle-ci il y a le cadavre d'une femme morte.

Nous y voilà : Fenech sait, lui, qui va récidiver et qui ne le fera pas. Il doit avoir un don. Alors que les psychiatres et psychologues s'efforcent depuis des décennies de percer cet épais mystère à force de science humaine et de neurologie, lui, Fenech, a trouvé. "Confiez-les moi, semble-t-il dire, et je saurai séparer de l'ivraie le moins mauvais grain". C'est grand. Ce gars-là, il ne faut pas l'élire, il faut l'oindre. Je suis sûr que son toucher guérit les écrouelles.

De son haut, il peut donc qualifier la réflexion humaniste qui nous sépare encore – de moins en moins – de la pure barbarie, de "beaux discours pour beaux salons". Pendant ce temps, Alliot-Marie promet la castration chimique obligatoire, alors qu'on sait qu'elle est très loin de représenter le remède pour des criminels sexuels dont beaucoup sont impuissants, une impuissance qui justement amène le crime. Dieu sait ce qu'ils vont nous promettre encore.

On va sûrement avoir droit à une loi votée sous le coup de l'émotion pour satisfaire l'opinion publique. On ne sera pas mieux protégé, car on ne se protège pas de la délinquance sexuelle, c'est un fléau immémorial. De toutes petites voix s'élèvent pour dire que le risque zéro n'existe pas, mais dans l'ambiance actuelle, qui les entend ? La loi, c'est bien connu, éteint le crime comme par magie.

Ensuite, plus rien ne se passera. Jusqu'au prochain meurtre, inévitable, qui réveillera les voix endormies des politiques.

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23/09/2009 - Anecdote musicale

Anecdote :

Un jour, dans son atelier, le luthier Etienne Vatelot parlait au téléphone avec le violoniste David Oistrakh.

Entre à ce moment Isaac Stern avec son violon. Vatelot met la main sur le combiné et chuchote "C'est Oistrakh au téléphone…"

Stern saisit son violon et joue deux notes.

Aussitôt, dans le téléphone, Oistrakh s'écrie "Tiens, il est là Stern ?"

Je n'ai rien à ajouter.

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27/08/2009 - Sophisme or not sophisme ?

J'ai récemment été en butte, au cours d'une discussion sur un forum qui m'est cher, à l'accusation de sophisme.

Au cours de mes explorations de la galaxie des « alterpenseurs » (ceux qui affectent de ne pas penser comme tout le monde, en particulier les complotistes, les ésotéristes, certains religieux), j'ai rencontré d'innombrables sophismes, pour la plupart totalement sincères, parfois d'une parfaite mauvaise foi. Qu'est-ce donc qu'un sophisme ?

C'est un raisonnement biaisé. On en donne plusieurs types, et parmi les plus courants l'argument d'autorité (je suis le prof c'est donc moi qui ai raison), le raisonnement circulaire (A prouve B, et B prouve A), l'argument ad hominem (vous vous êtes déjà trompé), le renversement de la charge de la preuve (le monde a été créé par un monstre en spaghetti volant et prouvez-moi que c'est faux)...

Dans la vie courante, nous tombons parfois, sans le vouloir, dans le sophisme. Nous l'acceptons quand on nous le fait remarquer. Autre-chose est d'y tomber quand on écrit, car alors la réflexion préalable, la relecture et autres garde-fous doivent nous en empêcher. C'est pour ces raisons et aussi parce que j'ai beaucoup rencontré de sophismes chez d'autres, que je m'en croyais à peu près à l'abri pour ce qui est de mes écrits. J'ai donc failli me vexer.

En l'occurrence, j'avais dit la chose suivante « La pensée rationnelle est - jusqu'à preuve du contraire - le propre de l'homme ». Sophisme.

En tous cas, sophisme aux yeux de ma contradictrice, apparemment sincère dans ses positions.

Et en effet, affirmer un chose jusqu'à preuve du contraire est typique des sophistes alterpenseurs : « Les attentats du 11 septembre relèvent d'un complot américain, prouvez-moi que c'est faux », « Dieu a créé le monde en six jours, prouvez-moi que c'est faux »... Les exemples abondent chez eux. Etais-je tombé dans ce travers ?

C'est celui qui affirme qui doit prouver. Et les preuves doivent être alors à la hauteur de l'affirmation. Il n'est pas innocent d'affirmer que la Terre est creuse, et les preuves de ce fait doivent être nombreuses et irréfutables. Par contre, prouver l'inexistence d'une chose est impossible.

Mais dans ce principe de raisonnement, c'est le mot « affirmer » qui est la clé de voûte. Or, en relisant ma phrase en italique, on s'aperçoit qu'elle ne comporte pas d'affirmation sémantique, mais bien une négation. Je nie la pensée rationnelle chez les animaux. C'est mon interlocutrice qui affirme l'existence de cette pensée.

Ce n'est pas un détail, car notre fonctionnement collectif est basé sur le fait que rien n'existe dont l'existence n'ait été démontrée. Pourrait-il en être autrement ? Bien sûr que non ! Que serait un monde où tout ce qui serait imaginé, serait réputé exister jusqu'à preuve du contraire ? Quelle monstrueuse absurdité ! Passe encore pour les licornes et les dragons, les unes sont herbivores et les autres peuvent aisément être terrassés d'un coup de lance, mais de quelles chimères serait peuplé notre monde si tout ce qui se pense, si tout fantasme, prenait place parmi les possibles ?

Vous dites ? Certaines personnes, certaines sociétés, fonctionnent ainsi ? Chut, faut pas le dire.

Non, dans notre monde, un phénomène, un objet ou un être doivent faire la preuve de leur existence pour être admis dans le réel. C'est sur la nature et le poids de la preuve que porte ensuite le débat, et les ovnis sont un bon exemple.

J'ai nié l'existence de la pensée rationnelle chez les animaux à mon interlocutrice qui l'affirmait. La charge de la preuve lui revient donc, et non à moi. Or le renversement de la charge de la preuve qu'elle a tenté, relève tout simplement... du sophisme. L'arroseur arrosé.

Certes cette personne charmante a bien essayé de démontrer l'existence de pensée rationnelle chez les animaux mais au prix de l'exemple suivant « Personne ne pourrait défendre plus d'une seconde que l'attitude de l'ours qui sort de sa caverne en cherchant sa nourriture n'est pas rationnelle. »

La vacuité et pire, l'ineptie d'un pareil argument m'a rassuré. D'autant plus qu'il est précédé de la séquence « Personne ne pourrait défendre... », qui a pour but d'isoler l'adversaire en lui laissant croire qu'il est le seul à penser ce qu'il pense. Technique qui fait également partie de la typologie du sophisme !

J'ai été traité de sophiste par une vraie sophiste. Vous pouvez pas savoir à quel point ça fait du bien. On se sent meilleur.

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13/06/2009 - Du cor au pied.

On en découvre à tout âge.

Je sais : j'avais promis de n'écouter plus que de la musique française mais c'était dans un de ces moments où l'esprit se laisse envahir par un tendre sentiment poétique. C'est parti un temps, ça reviendra. Dans l'intervalle, mes oreilles sont tombées dans un morceau quasi inconnu de moi, mais qui m'a fait l'effet d'un shoot.

Enfin, de ce que je suppose être l'effet d'un shoot.

Il s'agit du premier concerto pour cor de Richard Strauss. Je précise pour les lecteurs moins familiers avec la musique de vieux, que ce Strauss-là n'a rien à voir avec le faiseur de valses viennoises ; les Strauss sont nombreux, comme chez nous les Martin, dans les pays germaniques, et d'ailleurs « mon » Strauss, Richard donc, était allemand, et il a vécu près d'un siècle après l'autre.

Son père était corniste, ce qui signifie (toujours pour les mêmes lecteurs), non que sa femme lui faisait des infidélités, mais qu'il jouait du cor. Et fort bien, puisqu'il était même corniste professionnel. En fait, l'un des cornistes les plus célèbres d'allemagne. Richard a sans doute composé ce concerto pour lui.

Je ne connaissais pas ce morceau, j'ai donc écouté avec quelque attention, et un peu de méfiance, comme il est toujours de mise avec des compositeurs comme Richard Strauss, Tchaïkovski, Chostakovitch, qui sont capables du meilleur comme du moins bon. Surprise ! Ce concerto est un vrai bonbon !

Mélodies franches, martiales ou franchement joyeuses, orchestration raffinée bien qu'allemande (!), rythmes vifs, prenants, souvent syncopés, allure générale très dynamique, cette pièce est de celles qui font bouger le corps et rendent l'esprit léger. C'est un vrai coup de pieds aux fesses que ce concerto, avec un fin endiablée, électrisante, qui soulève un enthousiasme spontané. La perfection jointe au génie mélodique et rythmique. Pas une note à ajouter, ni (ce qui est bien plus rare chez Strauss) à enlever. Et ça vous a un petit air de Schumann à son meilleur, en mieux orchestré sans doute, ce qui n'est pas difficile me dira-t-on. Avec ça, on démarre bien la journée.

Une oeuvre étonnante de la part d'un compositeur qui a également produit l'indigeste Ainsi Parlait Zarathoustra, la pesante Symphonie Alpestre ou l'imbuvable Une Vie de Héros. Heureusement qu'il y a aussi Till l'Espiègle et les Quatre Derniers Lieder.

J'ai retrouvé le finale du concerto sur youtube et je m'en suis régalé jusqu'à le connaître par coeur, en une journée. Il me trotte dans la tête à tous les instants ; c'est lancinant mais plus agréable qu'une rengaine de Pagny. Même les cascades vertigineuses de notes de la coda n'ont plus de secret pour moi. Je rêve maintenant d'apprendre à jouer du cor.

Là-dessus, pris par une fringale d'instruments à vent, j'ai surfé sur youtube et je me suis refait le concerto pour clarinette de Weber, autre bonbon, puis je suis tombé par hasard sur deux tubes du concerto pour trompette, le Haydn et le Hummel (Hummel avec un « l », rien à voir avec les gros 4x4), joués par... le jazzman Wynton Marsalis.

Je connaissais Marsallis pour ce qu'il est : LE trompettiste du jazz actuel, en tous cas le plus notoire. J'ignorais qu'il pouvait s'adonner au classique. Il est vrai que Benny Goodman a aussi joué le concerto pour clarinette de Mozart. Résultat de cette découverte, une autre surprise : Marsallis fait merveille dans ces deux blockbusters, pour lesquels l'irremplaçable Maurice André fait référence. Virtuosité et fluidité, précision et justesse, tout ce qu'on demande au trompettiste dans ces deux morceaux, se sont alliés pour moi au plaisir de les voir joués par un black. Le pied.

Revenons à Strauss : au-delà du plaisir, il faut un peu d'information.

En cherchant un peu, j'ai appris que ce concerto pour cor, si parfaitement réussi, si tonique, si rythmé, si mélodieux, ce petit chef d'oeuvre a été composé par Strauss alors qu'il n'avait que dix-neuf ans.

Petit con.

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1/06/2009 - Des enfants et des flics

Samedi, des policiers ont convoqué suite à une plainte, un enfant de huit ans au sujet d'une bagarre de récréation. Dans la mesure où il fait suite à l'interpellation de deux gamins par six policiers à la sortie d'une école la semaine précédente, cet événement entre aussitôt dans la caisse de résonnance médiatique, ce qu'il n'aurait sans doute pas fait en temps normal. Or, les deux affaires n'ont rien à voir l'une avec l'autre : soupçon d'un vol de vélo dans le premier cas, menu fait intérieur à l'école dans le second...

Pour le premier (cité ici en second) survenu en Gironde, il y a matière à s'étonner de la démarche policière, évidemment disproportionnée. Mais dans le deuxième, la police a suivi la procédure normale et obligatoire en cas de plainte. C'est donc bien cette plainte qui pose problème : comment peut-on, dans une société moderne, civilisée, rationnelle, porter plainte contre un enfant de huit ans ?

A première vue, nous sommes en présence d'une pure démarche procédurière, venue de ces parents qui, se croyant en Amérique ou désirant l'importer en France, saisissent la justice pour un oui ou pour un non, pour une gifle, une dispute, un fait de voisinage... Il faut savoir que le droit ne fixe pas de limite, pas même de limite d'âge, au dépôt de plainte, qui peut d'ailleurs être fait contre « x ». A l'extrême, un bébé qui vomit sur le costume d'un monsieur peut très bien se retrouver avec une plainte aux fesses, en plus de ses couches. J'exagère ? Juste un peu.

Cependant, dans ce cas précis de la bagarre de cour de récréation, le contexte est celui de l'école, intra muros, et on peut dès lors penser que cette institution est la mieux à même de régler à l'interne les problèmes de ce type, surtout lorsqu'ils concernent des gamins du CE2. Pourquoi aboutiraient-ils dans les commissariats, quand ils peuvent faire l'objet d'une mise au piquet, de cinquante lignes « Je ne frapperai pas mes petits camarades », sanctions autrement légères et plus faciles à mettre en oeuvre.

Demandons-nous dans quel contexte scolaire ce menu fait de récréation s'est produit.

Sans généraliser, nous pouvons évoquer l'exemple d'une circonscription banale d'Ile de France, où ne se produisent ni plus ni moins de ces menus faits, qu'ailleurs.

Il y a quelques mois, dans une école maternelle, un bambin de cinq ans s'est blessé en jouant avec un vélo à un jeu risqué pratiqué à l'insu des adultes. En effet, les institutrices devant assurer la garde des enfants pendant la récréation s'étaient placées, afin de boire leur thé et discuter plus tranquillement, hors de vue des enfants. Surveillance moderne.

L'enfant ayant été hospitalisé, la mère s'est informée de la façon dont s'était passé l'accident, survenu le matin. Le hasard a voulu qu'elle repasse à l'école l'après-midi même ; quelle n'a pas été sa surprise de voir les institutrices supposées surveiller la récré, dans la même position que le matin ! Dans cette école, non seulement les récréations ne sont pas surveillées, mais la survenue d'un accident ne modifie en rien les comportements des adultes. Dans les autres écoles de la même circonscription, il est souvent impossible de faire en sorte que les récréations soient surveillées correctement.

Mais au-delà des personnes l'institution elle-même est parfois – voire souvent – coupable. Cette même année scolaire, un enfant autiste intégré à l'école s'est vu privé de son Assistante d'Intégration Scolaire, la personne qui l'accompagne habituellement en classe et qui n'avait pas été remplacée. Qu'importe, le gamin malade mental a continué à fréquenter, et rendu imprévisible par sa maladie, a roué de coups un petit camarade. La mère de la victime a déposé plainte ; résultat : une AIS remplaçante a été désignée dans la demi-journée.

Revenons maintenant à notre petite bagarre : la maman de l'enfant convoqué par la maréchaussée affirme que son propre fils a reçu des coups, qu'elle a tenté de parler aux autres parents, à l'enseignante, à la directrice, et qu'à chaque fois le dialogue s'est révélé impossible. Il ne nous appartient pas de juger d'une situation que nous ne connaissons pas, mais on peut légitimement se demander si là encore, une famille n'a pas été contrainte au dépôt de plainte par la surdité des personnes et de l'institution scolaire, incapable de prendre en compte un vrai problème.

En agissant ainsi, l'institution pousse les parents à judiciariser leurs relations à l'école. Une dérive à l'américaine, qui montre l'affaiblissement dramatique des capacités de l'école à assumer ses devoirs, au premier rang desquels la protection des élèves.

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30/05/2009 - Le paranoïaque et le pervers (ceci n'est pas une fable)

 

Commençons par définir brièvement ces deux profils psychologiques.

Le pervers a deux visages, l'un doux, bénin et gracieux, et l'autre turbulent et plein d'inquiétude ; ou bien pour dire la chose autrement et sans parodier La Fontaine qui n'en peut mais, l'un aimable voire aimant, dévoué, généreux, enclin à la compassion, l'autre cruel, brutal, cynique, voire violent. Le pervers peut montrer une face à certaines personnes, et l'autre au reste du monde ; pour quelques-unes, il peut montrer les deux alternativement.

C'est un personnage redoutable car toute son activité consiste à manipuler son entourage, soit par le charme soit par la brutalité, et toujours à son unique avantage. Même lorsqu'il donne l'impression de rendre service ou de faire plaisir, c'est toujours avec une arrière pensée. Le pervers est donc un danger dont le caractère redoutable est lié à son intelligence : un pervers habile peut détruire beaucoup de choses, et bien des oeuvres humaines n'ont pas survécu à son activité.

La personnalité paranoïaque n'est pas un malade mental, il est seulement affublé d'un irrésistible besoin d'avoir raison. Entièrement empli du sentiment de son bon droit, il montre en général un attachement indéfectible aux règlements. Cette caractéristique fait qu'on lui donne souvent des responsabilités de gardiennage ou de police. Cependant, cet amour des règles ne s'applique pas toujours à lui-même.

Le paranoïaque (et je rappelle que je parle pas ici des malades paranoïaques, mais des personnalités possédant cette tendance, ce que la psychiatrie distingue clairement), n'a jamais tort. Il ne reconnaîtra jamais s'être trompé, quel que soit l'enjeu. L'arrogance est son mode de vie et de relation aux autres. Donneur de leçon, il considère volontiers l'humanité comme une bande de gamins à élever, au besoin à grands coups de lattes. Il se pose en cavalier blanc, brandissant toujours l'étendard du droit.

L'injustice le révolte, surtout s'il en est victime, et pour la combattre il est prêt aux pires compromissions. Prompt à la moquerie pour les autres, il ne la supporte aucunement pour lui-même. Son amour-propre démesuré l'aveugle et ruine souvent ses efforts.


Ces deux profils semblent très différents. Cependant, il faut reconnaître que leurs caractéristiques ne sont pas contradictoires. On peut être cynique, violent, cruel, et en même temps arrogant et redresseur de torts. On peut être un talentueux manipulateur tout en possédant une mentalité de flic.

Il n'y a donc pas d'incompatibilité.

Mais ce qui rapproche encore nos deux profils, est leur total égocentrisme. Rien ne les touche qui ne soit pas eux-mêmes. On peut même affirmer que si tel n'était pas le cas, ni l'un ni l'autre ne saurait être ce qu'il est : imagine-t-on un pervers désintéressé ? Un cavalier blanc à l'écoute des autres ? Impossible, sur le papier ; et si l'on repense aux gens qu'on a connu qui possèdent ces profils, on s'aperçoit qu'ils confirment l'hypothèse.

Donc, incompatibles en rien, et rapprochés par un égal égocentrisme, le profil du pervers et celui du paranoïaque peuvent se retrouver sans difficulté chez les mêmes individus. Cherchons dans nos mémoires : n'en avons-nous pas tous rencontré un jour ou l'autre ?


Pourquoi ce billet ?

C'est très personnel. J'ai rencontré une fois un paranoïaque à tendances perverses, et une autre fois, un pervers à tendances paranoïaques. Dans les deux cas, des structures sociales pourtant solidement établies ont bien failli ne pas s'en relever. Toute société humaine devrait se protéger comme des virus de ces personnages dangereux et incontrôlables, seulement mûs par des considérations égoïstes mêmes dans leurs actes les plus anodins. Il leur semble d'ailleurs tellement naturel d'être ainsi qu'ils n'en sont probablement même pas conscients.

Une autre caractéristique les rassemble : le paranoïaque comme le pervers sont vindicatifs. La vengeance, même minable, doit suivre toutes les offenses dont ils s'estiment victimes. Et pour se venger, ils sont prêts à passer pour les derniers des imbéciles, ce qui parfois nous sauve. Naturellement, ce faisant, ils n'ont pas conscience d'être des imbéciles, et nous pouvons alors nous délecter de leur bêtise. Sans modération. Et c'est bien bon.

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8/05/2009 - J'ai mangé une tonne et demie de fromage blanc

 

Incroyable !

Je mange du fromage blanc depuis plus de trente ans, tous les jours, soit à la fin d'un repas, soit au petit déjeuner. A ce rythme, je ne fais pas une semaine avec un pot d'un kilo. Jusqu'ici, rien que de très ordinaire.

Ce qui donne le vertige, c'est de commencer à calculer la quantité totale que ça représente avec les années. Un kilo par semaine, cinquante semaines par an (à l'étranger, on n'en trouve pas !) pendant trente ans, ça fait bien mille cinq cents kilos.

Une tonne et demie !

Je suis un monstre.

Mais on peut appliquer le même calcul à toute l'alimentation. Ainsi ai-je à raison de cinq cents grammes de porc par semaine et ving-cinq kilos par an, dévoré une tonne deux cents de viande de cochon.

Globalement, à raison d'un kilo de nourriture par jour pendant toute ma vie, j'aurai si j'atteins l'espérance de vie moyenne des français, englouti trente tonnes d'aliments.

Vertigineux.

Pour ça, il faut des sous. Et durant ma vie, en tenant compte des variations liées à la carrière, j'aurai touché en salaire environ neuf cent mille euros. Mais où cet argent a-t-il donc pu passer ? Pas chez le percepteur tout de même ? Quoique...

Quinze pour cent de ces sommes en impots directs, soit cent trente mille euros.

Vingt pour cent en TVA sur mes dépenses, soixante mille euros. Mazette.

Et encore soixante mille euros d'impôts locaux. Punaise.

Arrêtons de parler d'argent, ça va mal démarrer le week-end.

Parlons plutôt du temps qu'on passe à faire les choses : que l'on soit six mois dans sa vie sur le siège des toilettes, ne fait rire que parce que nous pouvons à notre guise fractionner cette durée.

Un automobiliste parisien moyen qui va travailler en voiture passe trois mois arrêté aux feux rouges.

Son voisin qui n'a pas de voiture mais prend les transports en commun, passe le même temps debout sur un quai. Pas de jaloux.

Chacun de nous se brosse les dents pendant quatre mois.

Une bonne ménagère passe deux semaines à touiller dans une casserole. Personnellement, j'aurai remué mon café pendant sept jours.

Un mauvais bricoleur passe une journée et demie à sautiller sur un pied en criant « Ouille ! Ouille ! Ouille ! »

Sauf s'il porte des mocassins, un homme ordinaire passe deux longues journées à attacher ses lacets. A peu près autant à se gratter les testicules. Huit jours à passer l'aspirateur, quatre jours à faire la queue devant une caisse, un guichet ou un distributeur. Une journée complète à chercher ses clés.

Moi-même, j'ai dépensé deux jours à contourner la clôture pour quitter mon ancien travail, parce qu'un abruti avait condamné la grille d'accès direct.

Un fumeur moyen passe dix sept mois à fumer et deux ans à tousser. Une femme normale passe trois jours de sa vie à engueuler son mari, et lui quarante ans à s'en foutre.

J'ai peur de passer finalement deux semaines à taper des conneries pour les publier sur Internet.
Et toi trois jours à les lire.

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19/04/2009 - Non-anniversaire de l'assassinat de JFK

Je suis replongé dans l'affaire du siècle, l'assassinat de Kennedy. Vacances loupées, temps couvert, désoeuvrement ?

Je suis « né » avec cette affaire, qui est mon plus ancien souvenir médiatique. J'entends encore par bribes les nouvelles de cet événement majuscule proclamées par la radio, les mots « tireur d'élite », « bibliothèque » (on dira plus tard « dépôt de livres ») « mafia », et plus tard « rapport Warren » résonnant dans ma mémoire. A six ans et demi, je ressentais l'importance du fait brut sans en comprendre le sens.

J'ai toujours été convaincu d'un complot, comme la plupart des gens, mais pendant des dizaines d'années, cette conviction ne reposait sur rien. Je me suis un peu documenté à partir de 1995, Dieu sait pourquoi, peut-être pour retrouver de vagues souvenirs d'enfance presque enfouis. Aujourd'hui j'ai un doute et une certitude : le doute porte sur la réalité de cette conspiration, dont je pense qu'elle est probable mais pas absolument certaine, la certitude est que jamais nous n'aurons de certitude. Depuis 15 ans, j'ai quitté l'affaire et y suis revenu plusieurs fois. Mais le fait d'y avoir encore une fois replongé m'a mis mal à l'aise. Jusqu'ici amusé par les incohérences du rapport Warren et les pitoyables efforts de ses supporters pour nous faire croire à l'incroyable, je suis maintenant consterné de voir jusqu'où certains conspirationnistes ont pu aller. Il faut dire qu'entre 1995 et aujourd'hui, le onze septembre est passé par là, et a préparé le terrain pour une détestation instinctive de toute thèse complotiste.

L'un des témoins clé de la conspiration était sur un pont autoroutier face au cortège et il prétend avoir vu les tireurs du tertre gazonné (inexistants dans warren), quitter l'endroit en courant ; j'apprends que le pont était interdit aux piétons et gardé par les flics qui n'ont laissé passer personne. Dans de vagues taches floues dans l'ombre, à l'arrière plan d'un film ou d'une photo, certains ont vu des hommes dont ils ont décrit jusqu'au costume.

Un auteur prétend que le fameux film amateur de Zapruder était truqué et qu'il a vu la version originale. Un autre affirme que le corps de Kennedy a été remplacé par un autre entre l'hôpital de Dallas et l'autopsie de Wethesda. Ne lit-on pas ailleurs qu'un tireur s'est dissimulé dans le coffre de la limousine ? Et puis quoi encore ?

Comme si les incongruités et les ridicules de la version warren avaient besoin d'être contrebalancés par des incongruités encore plus grandes et des ridicules encore plus risibles du côté des complotistes. D'affaire criminelle du siècle, le « JFK case » s'est transformé en foire internationale aux théories grotesques, rejoignant le florilège où l'on retrouve la Terre plate, la Terre creuse, les ovnis et le complot judéomaçonnique.

Alors, il me reste quelques faits bruts et incontournables sur lesquels reposera désormais ce qui n'est plus une conviction : la blessure fatale à la tête de Kennedy est inexplicable par un tir de dos ; le gouverneur ne peut pas s'être retourné sur son siège avec une côte cassée et un poumon perforé, ce qui montre qu'il a été touché par un tir séparé ; personne au monde n'aurait jamais pu toucher un homme à la tête à quatre-vingt mètres à travers un feuillage, sans viser, avec un mauvais fusil mal réglé ; un tir venu de l'arrière et perforant le crâne de Kennedy aurait projeté des débris humains vers l'avant, pas sur le coffre et la moto suiveuse.

Tout le reste, y compris les inimaginables errements de l'autopsie, ne sont que spéculations, et ne permettent rien, absolument rien, en terme de conclusions.

Mais je ne parlais pas du grand cirque complotiste innocemment : mes recherches m'ont conduit par le plus grand des hasards, vers une « nouvelle » thèse (nouvelle pour moi !) : Kennedy fut victime d'un assassinat rituel par les Francs-Maçons.

Le chiffre « 3 » est en effet omniprésent dans l'affaire, ainsi que son corollaire le chiffre « 33 ». Exemple : l'assassinat a eu lieu le 22-11, et 22+11 = 33. Quod erat demonstrandum. Jusqu'à la forme même des embranchements routiers traversant Dealy Plaza qui prend la forme d'un trident, et le nombre des employés du Dépôt de Livres qui ne lui fasse écho : 33. Il n'y a pas de hasard. Encore les Francs-Maçons. C'est à gerber. Quel monde !

Heureusement, le nombre d'employés du Dépôt de Livres était de 90. C'est toujours ça que les complotistes n'auront pas.

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11/04/2009 - Mars gros comme la Lune : le vieux canular refait surface, sa période semble être de deux ans.

En 2007, un hénaurme canular fait fureur sur la toile : la planète mars sera au cours de l'année dans une configuration exceptionnelle, si exceptionnelle que sa distance s'en trouvera réduite au point qu'elle paraîtra dans notre ciel aussi grosse que la Lune.

Dieu (?) sait d'où est parti ce canard particulièrement outrancier (mais pas plus, finalement, que tout ce qui touche au 21 décembre 2012, et même beaucoup moins qu'un retournement de la Terre prévu à cette date). Peu importe la source, d'ailleurs. L'étonnant est bien qu'il y ait eu des Terriens pour le croire. Des Terriens qui, à l'évidence, n'ont jamais de leur vie levé le nez vers le ciel et encore moins ouvert un quelconque bouquin parlant d'astronomie, fût-ce l'album des Castors Juniors. 2007 s'est écoulé normalement et on aurait pu croire l' »affaire » oubliée. Illusion.

Tenons-nous bien, le canard, apparemment migrateur biennal, revient !

Le même phénomène astronomico-délirant est prédit pour 2009 : Mars aussi grosse que la Lune dans le ciel du mois d'août. Comment, après le dégonflement de la baudruche de 2007 (ou tout le monde a pu constater que Mars restait un point rougeâtre), le canular a-t-il pu trouver assez d'adeptes pour réinfiltrer la toile ? Mystère.

Mystère, mais dans le même temps (en France du moins), on n'hésite pas à réélire un Président dont aucune des promesses n'a été tenue, ou reconduire un Maire convaincu de fraude et condamné... La confiance semble, à défaut du bon-sens, la chose du monde la mieux partagée. Nous pourrions nous arrêter à ce navrant constat.

Cependant, concernant ce canular particulièrement, il est intéressant de remonter à l'origine, car ici c'est possible ; et quand je parle d'origine, je ne pense pas aux personnes de chez qui le canard martien a pris son essor (aucun intérêt, je l'ai dit), mais de l'information qui l'a fait naître : un article scientifique.

En effet, la planète rouge a bien connu en 2007 une configuration exceptionnelle avec la Terre puisqu'elle est réellement passée à sa distance minimale absolue. Pour dire la chose simplement, disons que Terre et Mars évoluent non sur des cercles mais sur des ellipses, dont les points respectivement les plus éloignés du Soleil et les plus proches de notre étoile effectuent de lentes révolutions à des vitesses différentes. En 2007, la Terre passait à sa distance maximale du Soleil pendant que Mars passait à la fois à sa distance minimale, et à son opposition (alignée avec le Soleil et la Terre). Résultat : la distance Terre-Mars a atteint le minimum possible.

Que disait l'article scientifique ? En gros ce que tu viens de lire, mais il précisait qu'à telle date (de 2007 donc), Mars serait vue aussi grosse dans un télescope que la Lune à l'oeil nu...

Eurêka ! Voici le pot-aux-roses découvert !

Cette affirmation, parfaitement vérifiable et facile à calculer comme à prévoir, a servi d'ingrédient de base au farceur qui s'est contenté d'en soustraire les mots-clés : « dans un télescope » et « à l'oeil nu ». L'art de la citation tronquée a connu d'autres sommets et Bazile dirait que telle la calomnie, on le dénigrerait à tort sans le connaître.

Ce canular, contrairement à d'autres, n'est ni drôle, ni particulièrement original ; il a le gros défaut d'être incroyable (bien que cru), et de concerner peu de monde : les curieux du ciel n'en seront pas dupes, et les autres s'en fichent. Pourtant, malgré sa trivialité et son peu d'intérêt, il possède cette caractéristique assez rare d'être basé sur un texte scientifique, même trafiqué.

Ce qui ne l'empêche pas d'être con comme la Lune.

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15/03/2009 - Profils psychologiques particuliers

 

Je déteste toute catégorisation. Personne me connaissant si peu que ce soit ne pourrait me soupçonner d'un tel travers (de porc).

Cependant, je suis frappé de voir à quel point certains profils se retrouvent d'une personne à l'autre, et rendent les gens concernés prévisibles. Je ne peux parler que de ceux que je connais mais parmi ceux-là figurent le chrétien pratiquant, le compétent discret et l'égocentrique sympa.

Les chrétiens pratiquants que j'ai croisés étaient des gens adorables et profondément ennuyeux, prêts à donner beaucoup même à ceux qu'ils ne connaissaient pas, généreux, attentionnés, patients, riant de choses qui ne me faisaient même pas sourire et d'une naïveté désarmante.

Les compétents discrets ne paient pas de mine ; ils osent un timide sourire quand on les rencontre, parlent doucement, donnent peu leur avis, écoutent beaucoup, ne font pas assaut d'amabilité, frappent avant d'entrer... Quand on leur confie une tâche et une date de rendu, le boulot est fait nickel, un peu avant l'heure mais ils ne s'en vantent pas : ils attendent seulement la tâche suivante.

Quant aux égocentriques sympas...

Il m'en revient un en mémoire, mais il est si caricatural que j'ose à peine le proposer en exemple. Et pourtant, je retrouve de temps en temps ce profil qui est l'un des plus caractéristiques.

L'égocentrique sympa a un abord résolument jovial et ouvert. Il parle volontiers, vous emmène boire un pot à la première rencontre, parle de lui, raconte presque sa vie, sourit, plaisante, met tout le monde d'accord, parle fort, balaie les obstacles... Tout ça, au début.

Ensuite, l'égocentrique sympa, (en tous cas, celui à qui je pense), tombe progressivement le masque. Il parle de lui, mais ne parle que de lui. Il en est fier, toutes ses idées sont bonnes, celles des autres beaucoup moins ; s'il parle plusieurs langues, vous le saurez tout de suite. Il ramène la conversation à lui, à son expérience personnelle, qu'il juge passionnante, à son opinion, dont il s'étonne presque qu'elle ne l'emporte pas d'emblée.

Grâce à son potentiel de sympathie et à son large sourire, il entraîne avec lui d'autres personnes et leur confie des missions en laissant entendre qu'elles sont les seules à pouvoir les remplir. Mais il jette les gens comme des kleenex au premier problème. Son sourire disparaît alors et réapparaîtra plus tard comme par enchantement.

Dans les discussions, l'égocentrique sympa ne tolère aucune contradiction, même fondée, qu'il prend pour une offense personnelle. Il est rancunier et même vindicatif, et ne laissera jamais impuni ce qu'il juge comme un affront : l'avoir contredit, ou bien avoir de quelque manière porté atteinte à sa dignité. Tôt ou tard, si vous êtes dans ce cas, vous le reverrez.

Selon son intelligence il peut être très habile ou très maladroit. Dans le premier cas il est redoutable. Son égocentrisme déjà difficilement supportable en temps de paix, devient si un conflit éclate avec quelqu'un, une pollution pour l'ensemble de la sphère où ils évoluent. Le groupe humain organisé dont il fait partie peut en être mis en péril par son attitude, car ce groupe et son fonctionnement (auquel il a pu se rattacher tardivement), comptent bien peu pour lui à côté des griefs qu'il nourrit.

L'égocentrique sympa n'est pas sympa très longtemps, mais comme il n'accorde pas d'importance aux gens, il sait en changer aussi souvent qu'il le faut pour faire de nouvelles connaissances, les séduire et reprendre un nouveau cycle. Le gâchis qu'il laisse derrière lui est proportionnel à l'influence qu'il a pu prendre. C'est un virus, qui change d'hôte sitôt devenu indésirable.

J'ai connu trois de ces profils, et le plus drôle est que deux d'entre-eux, d'abord copains comme cochons, s'étant mal jugés l'un l'autre (car naturellement, vu leur égocentrisme, ils sont très mauvais juges pour autrui et ne cessent de se tromper), se sont trahis mutuellement et ont fini en guerre ouverte, accompagnés de mon sourire narquois.

La solution quand on en croise un est de s'en écarter, et si l'on peut, de le mettre en présence d'un autre. C'est aussi radical que la rencontre entre la matière et l'antimatière.

Je déteste faire des catégories d'individus, mais il est des cas où les catégories s'imposent à moi ; avec d'importantes nuances bien sûr. Et avec aussi la conviction de ne pas faire partie de certaines de ces catégories, et notamment celle des égocentriques sympas.

En effet, je suis égocentrique. Mais absolument pas sympa.

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10/03/2009 - Visite de classe à Paris

La semaine dernière avec mon collège on a été à Paris, mais c’est que de l’arnaque ce truc-là, cousin.

Le prof voulait nous montrer l’ile de la cité alors moi avec Moktar on s’est dit « d’la balle, on y va en force ! ». L'Ile de la Cité !

On y a été en RER avec le prof mais c’est relou, en fait y’a même pas de cité là-bas. Pourquoi ils appellent ça l’île de la cité alors ? Ma parole les gens de Paris c’est que des gros embrouilleurs. Du coup j’ai compris pourquoi le prof a pas voulu qu’on prenne nos battes de base-ball dans le RER ; il a fallu les laisser au guichet à l’employé ce gros bâtard.

L’île de la cité mon cul, c’est rien que des immeubles zarbi avec meme pas des bagnoles brûlées en bas. Tout clean et tout comme si t’avais fait le ménage t’as vu ?

Tout ce qu’on a vu c’est une grosse église de parisien, juste pour se la péter c’est tout ; ça sert à rien les églises comme ça les gens y vont pas, y vont tous à la mosquée maintenant c’est mon imam qui me l’a dit.

Le prof il nous a fait rentrer dans l’église, mais Moktar y voulait pas y disait que c’était interdit, alors je lui ai dit pour rigoler « Viens gros, il paraît qu’il y a la vierge Marie là-dedans, elle est peut-être encore plus bonne que ta sœur, en plus que ta sœur elle est même plus vierge. » Là j’ai cru que Moktar il allait me taper mais à vingt mètres y’avait deux keufs alors on est rentrés. Sans déconner c’est chelou comme église. Avec Moktar on a enlevé nos pompes mais le prof nous a dit de les remettre et fissa, je sais pas pourquoi.

Ma parole ils ont peint les fenêtres de toutes les couleurs ces gros débiles, il fait sombre dans cette église, sans déconner on voyait plus Boubacar ! Nous avec Moktar on a profité du noir pour essayer de faire un ou deux sacs à main. Ils ont des tas de bougies allumées ça éclaire pas beaucoup mais on les a éteintes quand même. Mais finalement on n’a rien fait parce que ça résonne grave là-dedans quand une meuf se met à gueuler.

Après on est ressorti et on voyait toujours pas de cité, et le prof nous a emmenés au Palais de Justice. Ma parole le Palais de Justice des parisiens à mon avis ces enfoirés ils l’ont construit avec le pognon de l’affaire ELF, c’est que de la dorure là-dedans ! Ils doivent juger que les riches à Paris, si t’es pauvre t’ose même pas rentrer. D’ailleurs c’est sûrement que pour les parisiens, Sarkozy, Delanoe tout ça. Domenech aussi j’espère qu’il y passera ce bâtard. Sans déconner ils ont trop de bol les gens qui passent au tribunal à Paris.

Nous quand on se fait serrer par les keufs on se retrouve à Bobigny.

Nous aussi on a un Palais de Justice dans le neuf-trois, qu’est-ce que tu crois ? Mais on sait pas pourquoi ils appellent ça un palais, comme le palais de Versailles ou des conneries comme ça. Le seul rapport avec Versailles c’est qu’il y a pas de toilettes. Ma parole les toilettes elles marchent jamais au Palais de Justice de Bobigny, tu peux même pas rentrer. Le prof nous a dit à Versailles y’avait un mec qui passait avec des seaux et les gens pissaient dedans. A Bobigny, faut pas y aller pour pisser, même le Garde des Seaux il est jamais venu.

Au Palais de Justice de Paris ils ont des toilettes y paraît mais on les a pas visitées je sais pas pourquoi. C’était le seul truc intéressant tout le reste on connaissait avec Moktar.

A la fin il a fallu qu’il nous fasse voir la Conciergerie mais là sans déconner on n’a pas voulu rentrer quand le prof nous a dit que c’était une prison. Je lui ai dit au prof « Si c’est pas celle où il y a mon père et mes frangins j’entre pas, ma parole ! »

Quand on est revenu on a voulu récupérer nos battes de base-ball à la gare RER mais l’employé avait changé, c’était une greluche, nous avec Moktar on lui a demandé « Gazelle si tu pouvais nos rendre nos battes, elles doivent être dans un coin, regarde ; sans déconner t’es super mignonne et tout ». Sur ma vie, on s’est pris un vent comme jamais. J’ai cru qu’elle allait appeler les bleus cette pétasse. Heureusement le prof a été sympa c’est lui qui a été les chercher nos putains de battes.

La prochaine fois il veut qu’on aille je sais pas où, aux Putes je crois, aux Putes Chaud-Mont, un truc comme ça. Du coup j’ai dit à Moktar « peut-être y aura ta sœur » mais là il a pas aimé ce con, je sais pas pourquoi. C’est la semaine prochaine, j’espère qu’on va se marrer.

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Ludwiblog publie les lundis et jeudis, depuis l'éditorial jusqu'à la fiction,en une page A4 maximum. Parfois même quelques vers. Exercice d'écriture, humour, confrontation aux regards, échanges d'idées, d'indignations et de sourires.

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