Ludwiblog

17/05/2012 - Un Vrai temps de chiens : une réussite littéraire

Je viens de lire le second roman d'Olivier Las Vergnas : "Un vrai temps de chiens", (tel quel, avec un "s" final... Pourquoi ?)

Il s'agit de chiens, en nombre, mais le fond du roman, c'est bien l'humain et sa destinée ; peut-on parler d'un roman humaniste, politique ? D'un thriller, c'est certain. Le texte, court et dense, nous fait entrer dans l'univers des sans-papiers dans un futur proche ; le roman se présente d'ailleurs comme une anticipation sociale. Cet univers, dans une France où les tendances des dix dernières années ont été extrapolées mais non inventées de toutes pièces, est un cauchemar social et ethnique, dont la violence a été exacerbée par des années de course aux quotas guidée par une politique toujours plus autoritaire.

Combats de chiens, traque robotisée, peur à tous les étages, du sol au sous-sol, l'intrigue ne connaît ni pause ni répit et démarre dès la première ligne. Les personnages, très attachants dans leur détresse et les efforts surhumains qu'ils font pour sortir de leurs enfermements physique et moral, et surtout sauver leur vie, nous entraînent avec eux jusqu'au bout de leur nuit.

Le style, à l'opposé de celui que je pratique maladroitement, est concis, travaillé, direct, chaque mot compte.

L'ensemble fait d'"Un Vrai Temps de Chiens" une lecture qu'on avale d'un trait, avec au fond de soi la peur diffuse qu'un tel monde ne soit demain réalité, si jamais la France venait à être gouvernée par l'ignominie qui se cache derrière les apparences de la démocratie républicaine comme on prend un faux nez. Car n'en doutons pas, demain comme hier sortiraient de l'ombre tous les cafards qui trouvent à bouffer dans cette ordure.

Ce roman vient d'être réédité en Poche et il est disponible chez tous les libraires.

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30/04/2012 - Le pinson

Le pinson


J’avais naguère un pin

Un pin où chantaient les pinsons

J’étais enchanté par leur son

Le son des pinsons dans le pin

Le pin où les pinsons sont.


Je leur apportais du pain

Je leur donnais aussi du son.
Je mettais donc du son sous l'pin

Et puis aussi du pain sous l'pont

Parce que j'avais un pont en pin

Le même genre de pin qu'était près du pont.

C'était un pin qu'était pas sain,

Je l'ai coupé pour faire le pont...

C'était un pont d'une seule pile

Pour passer un ru d'un seul bond.


Or un matin comme tous les matins

Alors que je beurrais mon pain d'son

J'ai été alerté par un vent malin.

C'était un jour saint, on faisait l'pont ;
Je sors juste pour voir le pin

Qui craque au fond du jardin

Qui tombe pile sur le pont !


Le pin avait aplati l'pain

Le pont avait écrasé l'son.

Le pin cassé avait barré mon ru

Et ce ru j'en voyais plus l'fond !

Ce jour-là plus de pinsons

Ni de leurs sons dans le pin

Juste un lointain bruit de pin-pon.

Qui résonnait au fond des rues.


Un jardin sans un pin tout au fond,

Un jardin sans son ni sans pain :

Un pinson sans pain, ça a faim...

Il est parti mendier son pain

Et chanter toutes ses chansons

Dans un autre pin, chez Dupont.


Alors pour oublier j'ai peint,

J'ai peint du sol jusqu'au plafond

Chez moi tous les murs en parpaings

Sont peints

Sauf un.


Alors j'ai trempé mon pinceau

Dans ce qu'il restait, tout au fond,
Et j'ai peint mon pinson sur le mur pas peint.


Hélas un pinson peint, c'est sans son !

Alors sur le mur de parpaings peints

Où j'avais mis l'pinson peint

Je lui aussi peint son pin.


J’ai voulu peindre trois nids au pinson

Parce que c’est pas comme un chapon,

Un pinson ça pond !

J’ai peint un nid dans le pin du mur.


Il me restait deux nids pas peints

Mais bon, pour un pinson, c’est bon.

L'important c'est bien qu'un nid soit.

Donc le pinson dans son nid pond.


Et depuis pour manger mon pain

Je m'assieds sur un siège en rotin

Je regarde le mur du fond

Où j'ai peint jadis mon pinson

(Qu'entre-temps j'ai appelé Samson,)

Et j'ai souvent une impression

D'entendre au loin comme un bruit d'fond

Un murmure : c'est son son dans l'peint pin !

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29/04/2012 - Une rose à offrir...


Le sol que ses pétales couvrent

Semble un tapis aux nains des bois

Et j'y viens pleurer quelquefois

Près du mur dans l'ombre du rouvre


La larme que mes yeux y posent

Rejoint sur ce rose linceul,

Sur ce lit où je pleure seul

La pluie qui chaque soir l'arrose


Alentour, la forêt de fauve

S'est parée, on dirait de feu

Et ce vieux rose épouse un peu

Des bruyères le drapé mauve.


Tout cela fait à l'amertume

Qui me hante, comme un décor ;

Un décor fait de rouge et d'or

Qu'adoucit un reste de brume.


Plus tard qui sait, plus tard peut-être

Mais qui sait peut-être jamais

Renaîtra celle que j'aimais,

Cette rose sous ma fenêtre.


Alors dans le matin candide

Dans le matin d'avril frileux

En baissant vers elle les yeux

Sous le ciel que l'aube rend vide


Je baiserai sous ce ciel pâle

Un à un, en les dénombrant,

Au froid du jour indifférent,

L'un après l'autre ses pétales.

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26/04/2012 - Poésie scolaire (réponse à une demande d'aide aux devoirs)

Poésie scolaire

Lancée sur un forum, une demande d'aide consistant en "composer un poème exposant la joie simple qui consiste à profiter des bienfaits et de la douceur de la nature."

Avec les contraintes suivantes

4 strophes (quatrains), en alexandrins ou décasyllabes, comportant des des allitérations en consonne douces (2 par vers).
Les rimes seront embrassées aux strophes impaires et alternées aux strophes paires.
Développer le lyrisme et utiliser les champs lexicaux de la nature et de la détente.
Placer une métaphore, une personnification, une comparaison, une antithèse.


Voici ce que ça donne en première approximation :


Sans jamais troubler le sommeil des choses

J'aime aller rêveur, sans but, à pas lents

Sous le ciel gris-bleu ou sous le ciel rose

Et les branches nues d'arbres indolents


Quand le jour s'attarde et la nuit recule

Je cherche vibrant d'un égal émoi

Le grand V des grues au-dessus de moi

Et des prés qu'étoilent les renoncules.


J'aime aussi marcher dans les landes rousses

Face au vent frileux, face au vent du nord

Tandis que mes pieds glissent sur les mousses

Et que l'horizon noircit sur son bord.


Et dans les soirs doux dans les soirs blanchâtres

J'attends l'arrivée des astres aux cieux :

Véga flamboyant de son éclat bleu,

Antarès pareil au tison dans l'âtre.


Ludwig

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6/04/2012 - Aragon trahi

Les effets pervers d'Internet ne cessent de m'Interloquer.

Je cherche des poèmes d'Aragon comme d'autres la recette du risotto. J'en trouve plein mais toujours les mêmes, Les Yeux d'Elsa, La Main d'Elsa, La Rose et Le Lilas, et J'arrive Où Je Suis Etranger.

Dans ce dernier, que je connais pas coeur, quelque-chose me tire l'oeil au vers 3 :

"C'est un peu fondre comme le givre"

"COMME" ?

Voyons, ce poème est en octosyllabes... Or, ce "comme" introduit avec son "e" muet un neuvième pied dans le vers, et donc un ver dans le fruit.

Autre indice, le vers suivant dit "Et POUR le vent, être léger".

POUR, donc, ce qui est logique pour le sens et pour la prosodie. Il s'agit d'un chiasme comme Aragon les adore, avec le verbe au début et à la fin, et les deux sujets au milieu ; dans les deux portions de phrase, la préposition "pour" prend naturellement le même sens : vivre c'est pareil qu'être léger pour le vent et que fondre pour le givre. Sublimes images poétiques comme Aragon en avait le secret.

Mais alors, ce "comme" ?

Il n'a rien à faire là. J'envoie un commentaire à l'auteur du site, qui me répond aussitôt que l'erreur va être corrigée. Six mois après, elle y est toujours.

Pire, voulant en avoir le coeur net, je surfe de site aragonesque en site aragonesque : tous, sans aucune exception, publient la même connerie (car à la fin il faut bien l'appeler par son nom, une fois c'est une erreur, cent fois c'est une connerie).

Mais qu'est-ce qui leur est arrivé à tous, ces prétendus amateurs de poésie ? Non seulement ils ne connaissent pas les règles, ignorent apparemment ce qu'est un chiasme mais en plus ils ne savent pas comter jusqu'à huit ? Je comprends tout à coup pourquoi l'erreur que j'ai signalée à l'un d'eux n'a jamais été corrigée : il a vérifié sur les autres sites, et au lieu de respecter les règles de la poésie parce qu'elles sont comme elles sont, au lieu même d'ouvrir un bouquin il a préféré ne pas s'écarter de la norme erronée qui fait la loi sur Internet. Faire faux, mais faire comme les autres. Instinct grégaire, quand tu nous tiens.

Et les profs de français, rien, ils laissent faire.

Voilà comment survivent les idées reçues et se propagent les rumeurs et les fausses nouvelles.

Heureusement et comme pour sauver la Toile de sa propre vergogne, un site met la vidéo de la chanson de Ferrat, un homme pour qui la poésie veut dire quelque-chose ; naturellement, la faute n'est pas dans la chanson.


Un extraterrestre voulant découvrir le genre humain par Internet ferait d'une seule pierre beaucoup de coups : il s'apercevrait que l'art poétique fleurit sur cette planète bleue, mais il verrait aussi comment fonctionne l'esprit des humains ordinaires : par copiés-collés aveugles. La poésie et son caractère unique d'un côté, de l'autre la tendance animale à la répétition.

Il verrait aussi grâce à ce blog que certains d'entre-nous refusent cette fatalité moutonnière qui fait que l'erreur de l'un soit justifié par l'erreur de l'autre ; et que les rares humains capables de cette révolte intellectuelle peuvent aussi passer à l'acte : dès aujourd'hui je commence une action militante pour nettoyer les vers d'Aragon, en commençant par celui-là.

Coup de torchon !

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26/01/2012 - Le Soleil se transforme en géante rouge : les conneries qu'il faut pas lire !

Attention : ce qui suit est basé sur un article existant vraiment et publié entre autres par Fox-News, déjà célèbre pour sa fiabilité (second degré : rappelons que selon une étude scientifique, les téléspectateurs de Fox News en savent moins que ceux qui ne s'informent pas du tout.)

Les commentaires sont de votre serviteur et ont pour but d'aider le lecteur novice en astronomie, à décrypter l'incroyable galimatias dont est fait cet article.


« Notre système solaire est actuellement en pleine mutation et notre soleil se transforme en géante rouge. Ce système solaire se transforme ou se tans-mute en même temps que vous, car la vie sur cette planète est génétiquement codée avec l’identité vibratoire de celui-ci.

La notion d'identité vibratoire relève naturellement du langage new-age. Aucun concept ne se cache derrière, il s'agit uniquement de termes compliqués pour faire scientifique. Notons seulement cette info incroyable soulignée par nous. Continuons.

« Les changements, tout comme des élévations de fréquences et transmutations se font donc de manière synchrone (langage new-age NDLR).  En tant qu’Humains, nous sommes fait à l’image du macrocosme. Ce système solaire (TI-AMA-TE) se libère de sa matrice (bulle appelée héliosphère et ses sous-couches) tout comme nous nous libérons de notre mental. Cette transformation n’aura pas lieu dans 5 milliards d’années, comme le prétendent les scientifiques. Elle a lieu maintenant. Certaines planètes disparaissent, tout comme d’autres changent actuellement d’orbite. C’est le cas de la Terre et de son satellite. »

Une perle dans ce gloubiboulage pseudo scientifique ésotérique : les scientifiques ne sauraient affirmer, ils « prétendent » seulement, ce verbe portant naturellement un énorme présupposé de mensonge ou d'erreur. Attendons la suite pour trouver les arguments qui remettraient valablement en cause ce savoir scientifique sur la longévité du Soleil.

« Voici un article qui expose les pulsations d’une géante rouge suivies et observées en détail, de la constellation du Cygne, pour vous donner un petit aperçu de ce qui est sur le point de se produire chez nous, suivi de l’inquiétude de la NASA au sujet de l’activité solaire. »

Suit un article copié-collé parfaitement fiable sur le comportement d'une de ces étoiles. N'y cherchez pas le rapport avec le cas du Soleil, il ne s'y trouve pas. Ne cherchez pas non plus d'argument qui montreraient que les scientifiques se sont trompés sur notre étoile, il n'y en a pas non plus. Pire, ne cherchez pas de lien entre le cas de cette géante et le cas du soleil, il n'y en a pas. Cet article scientifique (non cité ici, mais c'est inutile), n'a aucun rapport avec le cas du Soleil. Il n'est là que pour inviter le lecteur à faire inconsciemment la relation entre deux situations qui n'en ont pas. Et hop, on revient au Soleil !

« En 2010, nous avons appris que notre soleil passe dans un nuage d’énergie interstellaire ce qui l’alimente et provoque son excitation. La NASA, l’Académie Nationale des Sciences ainsi que plusieurs scientifiques de renommée mondiale montrent leurs préoccupations concernant l’augmentation accrue de l’activité solaire prévue pour 2012 et 2013, ce qui a été confirmé et officiellement annoncé par la NASA en 2006. »

Cette bonne blague ! Le maximum régulier du Soleil devait tomber à cette période, il y a belle lurette qu'on le sait. Le rapport avec ce prétendu nuage d'énergie ? Aucun.


« D’ailleurs, la NASA a émis un avertissement mondial, en 2010, concernant les dangers et les incidences de telles tempêtes solaires sur notre société actuelle. Les données scientifiques suivantes, révélées par Alexei Dmitriev, appuient et confirment l’avertissement de tempête solaire pour 2012 donnée par la NASA en 2006. En effet, l’astrophysicien Alexei Dmitriev dit que les deux satellites, Voyager 1 et 2, révèlent que notre soleil se trouve maintenant dans un nuage d’énergie interstellaire. Opher, chercheur invité au département d’héliophysique de la NASA, dit que ce nuage d’énergie interstellaire continue d’exciter et de charger le soleil, le rendant ainsi plus actif et plus puissant, d’où les tempêtes solaires. »

Autrement dit, la montée d'énergie actuelle du Soleil serait due à la traversée de ce nuage. Or, le Soleil devait de toute façon passer par un maximum pendant cette période. Qu'est-ce que le nuage apporterait de plus ? Rien. Des tempêtes solaires ont lieu à tous les maxima, c'est à dire tous les onze ans, il y en aura en 2012, dirons-nous « comme d'habitude » ?

« Ce qui inquiète, c’est que l’énergie électrique ainsi générée est absorbée par la Terre et les scientifiques ont trouvé que cela se traduit par plus de tremblements de terre et par des changements spectaculaires au niveau de la météo. »

Les tremblements de Terre générés par l'énergie électrique ? Diantre, vite, des arguments !

Lorsqu’on a demandé combien de temps faudra-t-il au soleil pour traverser ce nuage d’énergie interstellaire, M. Dmitriev a répondu: « Je ne sais pas. Mais si je devais deviner, je dirais entre deux mille et trois mille ans! »

Pas d'argument pour justifier les tremblements de Terre par les orages, mais nous avons ici une donnée de plus : si la traversée du nuage dure deux à trois mille ans, le maximum solaire devrait durer autant.

« L’astrophysicien dit que les implications pour la Terre se résument à ceci: « catastrophe mondiale! »

Les implications de quoi, au juste ? Rappelons que le titre de l'article nous alerte sur notre Soleil qui est en train de se transformer en géante rouge ! Quelqu'un voit le lien entre ça et ce que nous venons de lire ? Certes, une très grosse éruption solaire peut provoquer sur Terre des pannes aux conséquences très lourdes, mais c'est dans le cadre du cycle régulier du Soleil.

« Et il ajoute que les effets se manifesteront non pas dans des dizaines d’années, mais très bientôt. »

Encore une fois, les effets de quoi ? Ceux du maximum solaire sont déjà présents, même s'ils ne provoquent aucune catastrophe, seulement de splendides aurores boréales. Ceux du Soleil qui se transforme en géante rouge ? Mais où est la démonstration de cela ?

Nous sommes donc passés successivement par 1 – un soleil supposé se transformer incessamment sous peu en géante rouge, par 2 – une géante rouge n'ayant rien à voir avec le Soleil puis par 3 – l'activité régulière du Soleil et ses conséquences. L'article mélange des informations scientifiques sans aucun lien avec lui, et des affirmation exorbitantes sans aucun début d'argumentation.

Cet article publié rappelons-le par Fox News pour des lecteurs qui cherchent à en savoir moins qu'un aveugle sourd, et porte un titre qui n'a absolument rien à voir avec son contenu, traverse en ce moment la toile, allant gaillardement de site new-age en site new-age sans que nulle part le moindre esprit critique ne soit soulevé malgré les incohérences de rédaction, la non pertinence de ses informations et l'absurdité de ses affirmations non étayées.
Mais n'ayez pas peur : tous ces lecteurs candides ont le même droit de vote que vous, et ils éliront ici et de l'autre côté de l'océan, leurs président avec le même esprit critique et la même rationalité.

L'article au complet

http://associationrevelationmondiale.unblog.fr/2012/01/10/notre-soleil-se-transforme-en-geante-rouge/

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17/01/2012 - A Bruckner

Compositeur autrichien de symphonies et de musique d'église 1824-1896
Elève de l'abbaye bénédictine de Saint-Florian


J'irai un jour à Saint Florian

À l'heure où l'on n'y voit personne
Écouter ses cloches qui sonnent
M'asseoir au pied de ses murs blancs
Un jour j'entrerai dans ce lieu
Pour dans cette nef claire et vide
Entendre s'élever limpide
La voix du ménestrel de Dieu
J'attendrai que tombe le soir
Et que la nuit d'été ravive
Les lueurs des flammes votives
Plongeant le reste dans le noir
Je me tiendrai là où mains jointes
Tant à deux genoux ont prié
Tant ont leur Seigneur supplié
Tous ayant l'âme pure et ointe
Je resterai là comme un frère
Médite comme il entendrait
La parole qui descendrait
Du ciel où monte sa prière
Qu'importeront l'heure ou le temps
Je rêverai que bientôt sourdent
Mais comme étoufféess comme sourdes
Douces les musiques d'antan
Chœurs sacrés, ô sublimes chants
Ô suaves polyphonies
Déjà  montent les symphonies
Dont Dieu ensemença son champ
Que de flûtes et de hautbois
S'emplissent les travées, les stalles
La chaire et toute l'abbatiale
Et que résonne leur vieux bois
Que bruissent aussi d'accords
Les colonnes, les hautes voûtes
Où les archanges peints écoutent
En silence, tubas et cors
Je veux m'endormir un instant
Sur un banc seul dans la pénombre
En laissant les cierges sans nombre
S'éteindre inéluctablement
Puis marcher sur le marbre gris
L'âme pleine du son des cordes
Et sentir que mon cœur déborde
Et sentir que mon cœur est pris
Sous les orgues d'argent et d'or
Imaginer comme en un rêve
Que des doigts du maître s'élève
Profond, un Veni Creator
Laisser alors la pleine nuit
Inonder baigner son église
Cette nef où les sons se brisent
Car vide elle est pleine de lui
Là débout tourné vers l'orient
Baigné de l'or d'un seul flambeau
Me taire devant un tombeau.
Un jour j'irai à Saint Florian.



Anton Bruckner a fait ses études à Saint-Florian et plus tard a joué de l’orgue dans l’église de l’abbaye. Son cercueil est exposé sous l’orgue.
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11/01/2012 - Petit tour à la Poste et puis s'en va

Non, je ne vais pas refaire le sketch de Danyboon.

Non, je n'ai pas passé trois heures devant un guichet dont l'employé fait admirer ses nouvelles godasses à l'employée du guichet voisin.

Mon affaire a été plus rondement menée, mais j'avoue qu'elle m'a non moins rondement cloué le bec. Ah, ils sont forts, à la Poste.


Voilà : j'ai une enveloppe lourde à envoyer à une personne qui m'est chère à plus d'un titre. À la balance automatique je pèse et achète une vignette à quelques euros, puis j'entreprends de rédiger l'adresse sur l'enveloppe. Fichtre, il me manque le code postal de ce petit village d'Auvergne (Saint-Sauves).

Pas grave, on est à la POSTE, on doit pouvoir se renseigner rapidement sur un code POSTAL. J'ai fait un peu de linguistique et je sais reconnaître un radical dénotant une étymologie commune. Pas de doute, ces deux mots sont parents.

Je cherche ce document, qui n'est pas visible du moins au premier coup d'oeil.

Pas grave, il y a peu de monde et un employé va bien que diable me renseigner.

En effet, après deux minutes de recherche dans ce bureau presque vide, une personne me demande ce dont j'ai besoin, chose d'ailleurs impensable à la poste il y a quelques années ; les employés étaient, comme le nom de la maison l'indique sans doute, « postés », c'est-à-dire qu'ils ne pouvaient quitter leur poste pour aller montrer leurs nouvelles godasses à d'autres employés.

De nos jours ils ont mis en place des voltigeurs, on dirait. Sans doute que les usagers, pardon, les « clients » erraient en trop grand nombre dans les bureaux, barbus, hagards et dépenaillés, en quête depuis des jours du bon guichet et que des patrouilles ont semblé nécessaires, d'abord pour leur montrer la sortie, ensuite pour les renseigner car on n'arrête pas le progrès.

Donc, à cette personne je pose ma question :

« J'aimerais consulter un code postal ».


Je ne sais comment décrire la physionomie arborée alors par ladite personne. C'est indescriptible. Comme le ton de sa voix. J'aurais dû lui demander un cachet de cire pour sceller un document ou un seau pour donner à boire à mon cheval, je pense que ça l'aurait moins étonnée. J'ai vu le moment où j'allais la soutenir pour qu'elle ne s'évanouisse pas. Heureusement elle a retrouvé l'usage un instant perdu de la parole :

« Ah non, nous n'avons pas de code postal, il faut rentrer chez vous et consulter Internet ».


Lecteur, tu me connais un peu et si ce n'est pas le cas je t'invite à relire l'entièreté de mon blog pour t'assurer du sérieux de mes publications. Je te jure que cette dame m'a vraiment répondu ce que tu viens de lire.

J'étais à la POSTE, et on m'invitait à rentrer chez moi pour consulter un code POSTAL.

Les voltigeurs servent en réalité à dire aux gens qu'à la Poste on n'a pas ce qu'ils cherchent et qu'ils peuvent arrêter de chercher. Je suis donc rentré chez moi. Saint-Sauves, c'est 63950.

La phrase de Coluche, ce grand littérateur de l'humour, me revient en mémoire : « Dites-nous ce dont vous avez besoin, et on vous expliquera comment vous en passer ».


Tiens, j'ai envie d'envoyer cette anecdote à Danyboon. Quelqu'un a son adresse et son code postal ?

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18/10/2011 - SOS Justice et Droits de l'Homme

Où le complotisme va se nicher !

On sait depuis trente ans et plus que les sectes (notion assez difficile à décrire du point de vue légal mais dont la conscience commune a une idée assez fidèle), ont appris à revêtir les oripeaux les plus trompeurs pour faire tomber le futur adepte dans leurs filets. La formation personnelle est un de ses déguisements les plus courants. Mais n'en est-il pas ainsi des mouvements politiques ? Le nazisme, par exemple, n'a-t-il pas pris la défroque de la grandeur nationale ? Le communisme, celui de la libération des peuples ? Les esprits mal tournés pourraient même attribuer la même attitude aux partis démocratiques et même à la république, qui déguisa son colonialisme intéressé sous les fleurs de la civilisation.

Heureusement que dans ce début de troisième millénaire, la donne semble avoir changé : des gens, des gens ordinaires, des gens sincères, déliés de tous intérêts financiers, idéologiques ou partisans, se dressent contre les groupes de pression quels qu'ils soient et dénoncent leurs mensonges, leurs dissimulations, leurs volontés hégémoniques. Qui sont ces chevaliers blancs ? Les altermondialistes, ou plutôt certains d'entre-eux.

Ce courant par ailleurs fort bienvenu dans le conformisme où baigne l'humanité depuis vingt ans, croît en son sein une branche (mais un arbre est-il coupable pour un de ses membres qui pourrit ?), dite « complotiste », pour qui le monde est un complot, chaque pays un complot, toute institution un complot, la franc-maçonnerie un complot, tout parti politique un complot, la ville où ils vivent un complot, trois personnes qui se parlent un complot. Les complots ayant toujours existé, leur dérive n'en paraît pas une, jusqu'au moment où on commence à tamiser leurs discours.

Il existe un complot pour changer le climat mondial en dispersant des aérosols par les avions de ligne.

Il existe un complot pour faire croire que le réchauffement global est d'origine humaine. Notons que ce complot est totalement contradictoire avec le précédent.

Il existe un complot pour promouvoir la vaccination. Notons quand même que ce complot doit être mené par des bras cassés car la tendance lourde est la disparition du caractère obligatoire des vaccins, et la mise au placard de certains, due à la disparition de certaines maladies... grâce aux vaccins.

Il existe un complot pour la réduction de la population mondiale. Celui-là sans doute mené par des ignares qui ignorent que le meilleur moyen de faire baisser la natalité est d'apprendre à lire aux femmes.

Il existe un complot pour tout. On nous fait croire que les Américains sont allés sur la Lune. On cache l'inversion des pôles magnétiques et même (reste assis), le retournement de la Terre. Même la Lune fait n'importe quoi. Tu n'avais pas remarqué ? Les astronomes non plus. La liste est interminable, au sens propre du mot puisqu'elle s'enrichit chaque jour de nouveaux complots. L'ensemble est porté par une constellation de sites se recopiant les uns les autres sans la moindre vérification (c'est une des caractéristiques principales de ce mouvement). Ainsi rencontre-t-on l'affirmation suivante : « Le mois de juillet 2011 comporte cinq vendredis, cinq samedis et cinq dimanches, ce qui n'arrive que tous les huit cents ans ». Tel quel. Un enfant de CM1 trouverait cela incroyable et chercherait à vérifier ; pas les complotistes.

Mais où les chevaliers blancs dénonciateurs du complot mondial rejoignent sans vergogne aucune ceux qu'ils prétendent vilipender pour leurs méthodes, c'est dans l'accroche et l'affichage. On trouve en effet des échantillons très représentatifs de cette foire aux complots sur un site sérieusement intitulé « SOS Justice et Droits de l'Homme ».

Ainsi, les « droits de l'homme » au 21e siècle ne pourraient être autre-chose que la non vaccination des enfants, y compris contre la polyo et le tétanos, sous prétexte que la vaccination est présentée comme génocide ? Au premier rang des pourfendeurs, un avocat. On gagne sa vie comme on peut.

J'ai des droits de l'homme une conception plus généreuse et correspondant davantage aux idéaux des Lumières, dont ces gens, qui citent Montaigne à propos des vaccins (!), n'ont sans doute qu'une idée très vague. Il reste que la branche complotiste des altermondialistes fait le jeu objectif, en discréditant ce mouvement, des vrais groupes de pression internationaux qui mènent le monde. Pendant qu'on lit leurs fariboles, on se désintéresse des vraies questions.

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4/09/2011 - Marleix, ou la xénophobie joyeuse de l'UMP

Trouvé sur Rue89 : l'UMP Marleix invente une adjectivation originale pour un adversaire politique, l'écologiste Jean-Vincent Placé, français adopté d'origine coréenne.
Il l'appelle "Le Coréen national".

Je rappelle que ses patrons de l'UMP, du gouvernement et de l'Elysée sont les pires donneurs de leçons depuis de Gaulle, lequel avait comme excuse d'être militaire et d'avoir à régler des questions politiques autrement plus criantes que celles d'aujourd'hui.
Nous avons viré de Gaulle parce que sa morale et sa vision de la France avaient fait leur temps. Qu'attendons-nous pour virer, avec le fracas qui s'impose, la clique de médiocres dont les Besson, Fillon ou Marleix sont apparemment les archétypes qui pour le moment nous gouverne ?
Ces gens n'ont aucune légitimité à gouverner notre pays. Ils y ont été élus certes, mais sur des bases fausses. Auteurs d'une escroquerie qui se prolonge, ils n'ont leur place que sur la rive à regarder le navire s'éloigner.
On aurait pu croire que la libération puis mai 68 puis 1981 auraient pu, malgré les inévitables dérives qu'on voit toujours dans ce genre de secousses historiques, avoir pour effet de nous débarrasser, ou au moins de ringardiser définitivement ou de marginaliser cette fange de la république. Ce lisier qui se sert d'elle pour mettre en avant sa grossièreté, sa brutalité et son inculture.
Mais non, car cette frange intellectuellement corrompue n'est pas que vulgaire et violente, elle est aussi rusée et sait s'affubler des oripeaux du libéralisme idéologique et plus impudemment encore, de la modernité.
En fait, Louis XIV était plus ouvert, Attila plus moderne et Martin Bormann plus subtil que ce troupeau de minables qui se croit fort car il suit un exemple qui vient de haut. Sarkozy, par ses attitudes guerrières, méprisantes, injurieuses, désinvoltes et dégradantes pour le débat politique a montré une voie que la partie la plus vile de son camp s'est empressée de suivre. L'élection du Hongrois national a désinhibé toute une vieille droite xénophobe et crétine qui a trouvé le moyen, discréditée depuis Pétain, de rentrer par la fenêtre dans les sphères dirigeantes.
Je ne vois que des tartes à la Chantilly, ces gens ne méritent même pas qu'on les combatte démocratiquement.
Ludwig
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24/08/2011 - C’est officiel : pas de fin du monde en 2012 (Les prédictions de Nostradamus sont à lire en creux)

En surfant sur Internet, de site en site à partir de n’importe quelle entrée en rapport avec 2012, on peut trouver les confirmations éclatantes que tout ce qu’ils recèlent est un ramassis de stupidités. Je le découvre pas, mais pourquoi suis-je donc si attaché à vouloir le démontrer ? Il faudra que j’en parle à mon psy.

Nostradamus, bien entendu, est mis à contribution. Prophète entre les prophètes, il les représente assez bien : en effet, il est sans doute celui dont on a le plus souvent repris et confirmé les prédictions a posteriori (comme pour tous les prophètes). Car, selon une définition qui reste à écrire mais tout à fait juste de cette honnête profession, un prophète est un homme qui ne prédit que ce qui est déjà arrivé.

Autrement dit, vous ne comprenez les prophéties qu’à la lumière d’événements qui se sont déjà produits, mais jamais avant qu’ils n’arrivent ; les prophéties sont toujours claires après, toujours obscures avant. Nostradamus en est l’archétype.

Cependant, des ésotéristes (c’est le mot qui les décrit le mieux), plus audacieux que d’autres, extrapolent sur Nostradamus. Dès lors, ils prêtent le flanc à ce qui va les tuer : la vérification et la confrontation au réel. Certes, ces audacieux sont immédiatement désavoués par ceux, plus prudents, se sont bien gardés de telles extrapolations, mais c’est trop tard pour eux. Ah, si leurs agissements pouvaient, comme pour d’autres corporations, jeter le discrédit sur tous, c’en serait fini des prophètes ; hélas on ne prend pas ce chemin. La corruption des quelques politiciens a discrédité toute la classe politique, mais la niaiserie de plusieurs amateurs de prophéties a laissé le crédit des prophètes intact.

Heureusement, il reste les gens éclairés pour qui le réel signifie quelque-chose. Ce qu’ils trouvent sur Internet est une belle leçon. Sur un site « paranormal » baptisé « mystères », on trouve dans un article manifestement rédigé à la fin du 20e siècle, toute une litanie de prophéties nostradamiennes pour la première décennie du siècle suivant, et jusqu’en 2012, (naturellement suis-je tenter d’ajouter).

Qu’on juge de la pertinence des premières :

2003 : Nostradamus a annoncé une guerre terrible, à la fin de laquelle régnerait un nouveau Roi.

Raté !

2006 : Selon le Code de la Bible, se serait l'année ou une troisième guerre éclaterait!

Raté !

2008 : Nostradamus a annoncé que la mort viendrait pour un roi du Moyen Orient

Raté !

2010 : Selon un code de la Bible, Los Angeles sera frappé par le plus violent tremblement de terre de l'histoire.

Raté !

 

La suite dès lors ne peut plus nous inquiéter :

2012 : Selon les Mayas, cette date correspond à la fin du cinquième et dernier cycle de la Terre, ce qui aboutirait à la destruction du monde.

2012 : Selon un code de la Bible, la Terre sera détruite par une comète.

 

Nostradamus est donc à lire en creux : ce qu’il annonce n’arrivera pas, c’est autre-chose qui arrivera. Ma foi, si les prophètes avaient l’intelligence de nous annoncer le non avenir, ce serait déjà ça.

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16/08/2011 - Le système solaire se réchauffe-t-il ? Une question typique d'Internet.

La théorie du complot est à l’ésotérisme ce que le gui est au peuplier : elle s’en nourrit et elle est de lui inséparable. L’un des avatars de cette théorie est la négation du réchauffement climatique par l’activité humaine, à laquelle les ésotéristes préfèrent un réchauffement global du système solaire (qu’on nous cache, bien sûr).

Ils avancent huit arguments. Voyons objectivement ce qu’il en est de ceux-ci. Je les prends dans l’ordre où je les trouve dans un forum.

Argument 1 : Le Soleil démontre plus d'activité depuis 1940, en termes d'éruption solaires (nombre et force), que dans les 1 150 dernières années… combinées !

C’est naturellement complètement faux. Une simple constatation des relevés de l’activité solaire le démontre. La grande éruption du milieu du 19e siècle n’a eu aucun équivalent entre 1940 et nos jours. Exit cet argument.

Argument 2 : Vénus présente des changements atmosphériques substantiels et une augmentation de sa luminosité aurorale de 2500%, et ce, depuis les 30 dernières années.

Aucun des astronomes consultés n’a pu m’expliquer ce qu’est la « luminosité aurorale ». Cette notion apparemment n’existe pas. Si elle désigne la brillance de Venus dans l’aube, alors NON, celle-ci n’a pas augmenté. Il suffit de la regarder pour le voir. Une augmentation de 2500% donne une Venus 2400 fois plus brillante, ce qui signifie que sa luminosité rejoindrait celle de la Pleine Lune. Tu as remarqué quelque-chose ? S'il s'agit de la brillance des aurores polaires... Venus n'a tout simplement pas d'aurores polaires. Exit le second argument.

Argument 3 : Mars subit un "réchauffement…" semblable au nôtre : disparition des calottes polaires de glace et augmentation significative des tempêtes en nombre et en ampleur.

Les calottes polaires de Mars n’ont pas disparu, on peut même les voir dans un petit télescope, à condition bien entendu qu’elle soit à proche distance de la Terre, ce qui sera le cas en 2012.

Exit le troisième argument. Pour les tempêtes, on ne trouve l’info nulle part.

Argument 4 : Jupiter montre une augmentation de 200% de la luminosité de ses nuages de plasma avoisinants (sans doute le résultat de forts changement intérieurs).

Impossible de trouver trace de cette information sur les sites scientifiques. La phrase tapée comme telle renvoie vers les mêmes sites ésotéristes.

Argument 5 : Saturne voit son "jet stream" équatorial largement décroître depuis environ 20 ans…  phénomène accompagné d'une surcharge d'émission de rayons X depuis son équateur (jusqu'à 1000% en ce qui concerne le brillant nuage qui entoure la planète) ainsi que la disparition des rayons transversaux de son anneau.

Même problème : source introuvable et répétition à l’identique de site en site.

Argument 6 : Sur Uranus… grands changements… de sa luminosité, liés à l'émergence de nuages remarquablement lumineux… et arrivée nouvelle d'énormes tempêtes. Encore une fois, tout ceci dans les 20 dernières années.

Même problème.

Argument 7 : Sur Neptune, en juin 1994, la grande tache sombre de l'hémisphère sud…est mystérieusement disparue. En 1995, elle est réapparue, mais dans l'hémisphère nord ! … Sa luminosité globale s'est accrue de 40%.

Même problème. Tiens : si tu veux avoir une liste des forums complotistes, tape cette citation sur ton moteur de recherches. Et la luminosité d’Uranus n’a absolument pas augmenté, hélas.

Argument 8 : Pluton a subi un accroissement de sa pression atmosphérique de 300%, de 1989 à 2002, malgré le fait qu'elle s'éloigne actuellement du soleil.

Cela s’est sans doute la seule phrase vraie… Sauf qu’elle induit en erreur en parlant de l’éloignement du Soleil, lequel a commencé en… 2002. L’augmentation de son atmosphère correspond donc bien à son périhélie. Exit le huitième argument.

Résumons : sur huit arguments trouvés, quatre sont invérifiables et non confirmés par les données scientifiques, un est juste mais parfaitement explicable par la physique normale et n’est donc pas un argument, et les trois restants sont faux.

Ce panel est très représentatif de la rhétorique complotiste : du faux, de l’imaginaire et du vrai présenté fallacieusement. Ces gens devraient faire de la politique.

Le système solaire ne se réchauffe pas, on le saurait. Reste l’activité solaire, les cycles de la Terre… et l’activité humaine. Désolé.

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4/07/2011 - Les complotistes suite

En en-tête du forum de complotistes dont je parlais dans un précédent billet, figure cette phrase énigmatique :

"La quête de la Vérité basée sur le bien-fondé et sur le sérieux des investigations mène à la Vérité qui est unique".

Ainsi, la quête de la vérité mène à la vérité. C’est du scoop. Parallèlement, la quête du Graal mène au Graal, la quête des champignons mène aux champignons, etc. Mais, comme dirait l’autre, l’essentiel est Ailleurs. Il faut d’abord savoir que tout le site est rempli (le plus souvent par les signatures de ses membres) de ces phrases cul-cul, parfois pléonastiques, parfois littéraires et parfois platoniciennes comme celle-ci « Tout ce que nous voyons n’est que l’ombre de ce que nous ne voyons pas ». Tout un programme.

Revenons à la vérité citée en en-tête, et remarquons qu’elle s’orne d’un beau « V » majuscule. Cette lettrine est plus que décorative, puisqu’elle transforme une notion commune en nom propre ; La Vérité n’est pas une vérité, pas plus que Dieu n’est un dieu. C’est Dieu.

Le divin n’est donc pas loin, et on peut s’en assurer en parcourant le forum : ces gens ont un rapport au monde basé sur le mysticisme, qu’ils appellent « spiritualité » parce que c’est plus joli, et surtout parce que le mysticisme fait référence aux mythes, et que la Vérité (pas plus que Dieu), ne peut être un mythe.

Naturellement, ils ont de la spiritualité une idée très arrêtée et dont l’empan sémantique est très étroit. Résumé en deux mots, ce pourrait être : « Si cela existe, ce n’est pas spirituel ». N’est spirituel que ce qui touche à l’esprit, mais non l’esprit en tant qu’intelligence : l’esprit en tant que concept mystérieux et inconnaissable, pouvant donner accès à des mondes différents du réel quotidien au prix d’opérations tout aussi mystérieuses. Cet « esprit »-là, n’est pas en lien avec le réel, il ne peut donc ni le modifier ni s’y appuyer. Au pire, il en nie l’existence. L’art étant matériel, il ne peut donc relever de l’esprit. Curieuse définition.

Quiconque a écouté les derniers quatuors de Beethoven pourrait leur expliquer que l’esprit est bien là, même s’il n’est pas tout là. Je crois que ce serait peine perdue.

Alors qu’une vérité ne peut être approchée que par une recherche menée rationnellement à partir d’éléments concrets avérés, La Vérité ne peut l’être que par une « quête », un mot qui fleure bon sa chevalerie et ses légendes chrétiennes. Pourtant, alors que les chevaliers de la Table Ronde prenaient pour indices les paroles des fées et des mages, les signes au ciel, les symboles, l’arrangement des astres et autres preuves, les complotistes prétendent s’appuyer sur « le bien-fondé », et « le sérieux des investigations ».

Le bien-fondé de quoi ? Faut-il leur rappeler que le bien-fondé en soi n’existe pas, il concerne toujours une chose concrète. Ce serait comme l’exactitude. Quant au sérieux des investigations, il ne peut faire référence qu’à lui-même. Pour avoir fréquenté ce forum pendant plusieurs mois, je garantis le sérieux absolu de ses membres. Aucun d’eux jamais ne sourit, ni de lui-même ni des autres, ni de ce qu’il trouve dans ses « investigations ». Du sérieux. Quand on étudie des chimères, on le fait sérieusement. Restent les investigations. Je n’ai pas ouvert le dictionnaire pour y trouver une définition exacte du terme, mais je le relie aux enquêtes policières dont l’essence consiste à relier entre eux les éléments qui doivent l’être, mais aussi – et presque surtout – à NE PAS relier entre eux les éléments qui NE doivent PAS l’être. Or, d’un tel sens critique, chez ces gens je ne trouve pas trace. Tout à rapport avec tout, tout est la preuve de tout, tout est dans tout, et je te laisse, lecteur, finir la phrase.

Pourquoi pas ? Pourquoi pas s’il s’agit de rester dans le domaine purement spirituel, celui où siège la Vérité ? Seulement voilà, si par hasard le monde existe, et si nous existons en lui, nous sommes capables d’y agir, et nos complotistes sont susceptibles tout comme toi et moi de siéger comme juré populaire en Cour d’Assises. J’en tremble. A force de croire que le réel n’a pas d’existence et que la Vérité est unique, ils pourraient envoyer pour le reste de sa vie dans une prison bien concrète un innocent en chair et en os. Et ils sont parmi nous.

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30/06/2011 - C'était le colonel Moutarde, avec la clé à molette, au foyer du grand miroir.

On trouve des clés à molette dans les endroits les plus incongrus. N'en ai-je pas déniché une dans la salle du foyer du four solaire géant d'Odeillo ?

Pour un hurluberlu comme moi, accompagner une équipe de scientifiques au plus grand four solaire du monde est un cadeau de la vie. Beaucoup de gens ignorent l'existence de ce magnifique équipement, et nombreux parmi les autres sont ceux qui pensent qu'on n'y fait plus de science ; ils s'y trompent. J'avais avec moi pour cette aventure (ou plutôt ils m'avaient avec eux, en vertu de leur bienveillance de chercheurs pour le communicant des sciences que je prétends être), deux Français du CNRS et cinq américains, la plupart de l'Université de Berkeley. En tout, une bande de sept grosses têtes décontractées, en chemisette et chaussures de tennis.

De Toulouse à Odeillo, la route passe par Ax-les-Thermes et l'équipe a respecté la tradition, inaugurée par l'un d'entre eux, de se tremper les pieds dans la source chaude. Impossible pour moi de ne pas immortaliser l'instant d'un clic d'APN.

Autres images saisies : l'ensemble des miroirs plans éclairant la parabole, vu du sommet de celle-ci, une vue qu'aucun touriste jamais ne verra ; la salle du foyer où parvient concentré par la parabole géante le flux de tous les miroirs plans, l'équivalent de cinq cents soleils dans quelques décimètres-cube ; le réacteur en place audit foyer, où doit s'effectuer dans le mois qui vient une série d'expérimentations suisses sur la réduction d'un oxyde de zinc… Je m'en fous ce sont les Suisses qui paient ; enfin le paysage somptueux qui s'ouvre à 180 degrés au sud du bâtiment. La Cerdagne en majesté.

L'équipe de chercheurs franco-américaine était là pour mettre au point le test d'efficacité des protections thermiques des antennes de la sonde Solar Probe Plus, qui doit s'approcher du Soleil en 2018 à trois centièmes de la distance Terre-Soleil et mesurer le flux de ses particules pour renvoyer les mesures à la Terre. Histoire de mieux comprendre les phénomènes régnant dans l'atmosphère solaire et qui échappent pour le moment aux modèles de la physique. Une manipe du feu de Dieu, élaborée sur dix ans, emportant avec elle dans l'espace un concentré de savoir-faire inimaginable. Le matériau de protection thermique doit être exposé à une température de 1500 degrés, et faire baisser celle-ci dans les pièces de l'antenne à 500 degrés sur une longueur d'à peine deux pouces et demi. On n'ose penser au coût d'un tel matériau, et l'on se rassure en se disant qu'il n'est utilisé que pour ces engins uniques dont l'exotisme des objectifs n'a d'égal que le mystère qu'ils recèlent.

Au foyer de la grande parabole, on est dans le saint des saints de la science la plus pointue qui soit. J'étais là en tant que reporter, travaillant à un roman scientifique, et mon imagination s'emballait, partait dans le vide cosmique à la suite de la sonde pas encore lancée, vers un soleil toujours plus proche et rendu monstrueusement gros par sa proximité…

Et là, dans ce lieu, cette clé à molette.

Sa présence était tellement inattendue qu'elle paraissait comme un couteau ensanglanté sur un tapis, un pistolet dans une cuisine, un flacon de barbituriques vide ouvert sur un lit. Mon cerveau déjà aiguillonné par ma présence dans cet endroit magique où s'élabore une expérience qui l'est à peine moins, a aussitôt interprété cette clé à molette comme arme d'un crime commis ici et encore inaperçu. Où était le cadavre ? Déjà, dans la salle de contrôle des miroirs plans, un technicien avait envoyé vers nous en inclinant les miroirs un flux de soleil tel que tout le monde en a crié de saisissement, et l'idée m'est venue que quiconque voulant se débarrasser de belle-maman d'une façon aussi scientifique que littéraire pourrait l'amener ici après avoir reprogrammé le logiciel de contrôle. Et maintenant la clé à molette.

Qui a pu commettre ce meurtre dont le cadavre n'existe pas ?

J'ai gardé en souvenir un morceau d'aluminium fondu restant d'un test de refroidissement et resté au pied du foyer. J'aurais pu garder le morceau de feu arrière de l'Opel, tombé après un choc dans une poubelle de ville, un chercheur conduisant. J'ai préféré l'aluminium, plus noble.

Finalement je suis sûr que c'était le colonel Moutarde.

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21/06/2011 - Nibiru et al. : Voyage vers des astres qui n'existent pas

Je me suis fait virer d’un forum de complotistes qui misent sur l’arrivée prochaine des cataclysmes annonçant l’ascension de l’humanité !

Je sais, tu vas me dire « Que diable allais-tu faire en cette galère ? ». Eh bien, je ne sais !

Ou plutôt si, je sais : j’ai tenu à m’imprégner de cette « philosophie » (je dirai plus loin pourquoi ce n’en est pas une), saisir l’essence de sa réflexion, les données sur lesquelles elle s’appuie et son rapport au réel. Mais aussi, bien entendu, j’ai voulu rectifier les menues erreurs scientifiques que l’on trouve ça-et-là sur ce type de site. Si je m’en étais contenté, j’y serais encore. Malheureusement j’ai voulu aussi trois ou quatre fois faire de l’humour et ça vraiment ça ne pardonne pas.

Je passe sur les rectifications qu’il m’a fallu faire, c’est normal, le savoir scientifique n’est pas la chose du monde la mieux partagée et ces gens en savent autant sur les sciences que la moyenne de leurs contemporains. L’important est ce qu’on a parfois été répondu à mes informations, en substance : « C’est ton opinion ! » Un fait scientifique, c’est « mon » opinion ! Voilà des gens qui avouent « chercher à comprendre », et qui lorsqu’on leur fournit un renseignement objectif, le classent dans les opinions. Mais alors, les faits existent-t-ils ?

Qu’il y ait par exemple trente volcans en activité en permanence sur Terre, que la comète Elenin soit un glaçon de quelques km de diamètre, entre autres faits scientifiques, sont à ranger parmi les avis (donc n’ayant pas plus de valeur qu’un autre avis). Renoncer à distinguer le réel du subjectif est une donnée importante de cette philosophie.

Autre donnée importante : la négation des coïncidences. Deux faits simultanés ne peuvent arriver ensemble par hasard. Cette négation n’est pas toujours affirmée et parfois seulement suggérée. Mais le fait qu’une éruption solaire ait eu lieu le même jour que le tsunami au Japon est fortement suspect et suppose un lien causal quasi obligé ou très probable.

La symbologie est également très présente, et nombreux sont ceux qui décortiquent les noms des objets et des gens, les dates et tous les signes en général pour y trouver des significations cachées. La pauvre comète Elenin en est une victime expiatoire : Elenin = Eleven-Nine (11 septembre), alors vous pensez !

Autre pilier : le « onnouscachetoutisme ». Cet affreux néologisme désigne la théorie du complot en général et le fait que la « Vérité » (terme très en usage) nous soit toujours dissimulée par les autorités. Corollaire : les sources officieuses sont toujours préférées aux sources officielles, non sur la base d’éléments factuels, mais juste par principe. D’ailleurs les sites visités portent tous des noms évocateurs : « Ere nouvelle » « Vraie Science » etc. Que les uns après les autres les mensonges et erreurs répandus dans cette littérature soient mis au grand jour ne désespère pas nos gens, et le centième site jouit de la même confiance que le premier.

J’y ajoute une dose de corporatisme. On a tendance, sur le site dont je parle (je me garderai bien d’étendre mes constats à ceux que je ne connais pas), à distinguer les gens en deux cases : vous êtes avec eux ou contre eux. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’adhésion ne se fait pas sur l’essentiel, les idées, mais sur l’accessoire, c’est-à-dire l’attitude de suspicion vis-à-vis de la science dite officielle, toujours assimilée au politique.

Dire ce qui fait le lit de cette philosophie : la méfiance générale et justifiée pour les gouvernements, les scientifiques étant considérés comme suppôts, est un autre sujet. Mais cette philosophie n’en est pas une en ce sens où ces gens ont chacun leur représentation du monde, d’un individu à l’autre elle peut se révéler totalement différente. Ne cherchons pas ici de courant de pensée il n’y en a pas. Au-dessus des piliers que j’ai cités, on ne trouve que deux autels : le refus (du réel) et l’espoir (d’un « ailleurs »).

Ma foi, le refus et l’espoir sont deux données qui de toute façon agitent l’humanité et la font même avancer parfois. Ce qui fait qu’en fin d’analyse, même si Nibiru n’existe pas, tous ces gens sont bien humains.

Et qu’ils m’ont viré.

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4/06/2011 - Laissez-moi vous parler d'Orange

Une dame que je connais très bien est abonnée à Orange et vient de se faire voler son téléphone. Outil de travail pour elle, qui prend avec cet engin tous ses rendez-vous entre chefs d’entreprise ; la dame est banquière et des sommes considérables dont vous ne verrez jamais la couleur passent par elle, et avant elle, par son téléphone.

Un mois, ça a duré un mois.

Je vous ai dit que la dame était abonnée à Orange ?

D’abord impossible d’avoir une personne au téléphone. Répondeur, répondeur, répondeur, la technique désormais incontournable des (grandes) sociétés qui ne veulent pas que leurs clients leur cassent les pieds avec leurs problèmes.

La dame se rend donc à l’agence, excédée, son (gros)* salaire en dépend.

« Je ne partirai pas d’ici avant d’avoir eu un numéro où joindre une personne qui me fera parvenir un téléphone ».

Au début, on la prend de haut mais avec politesse. Elle dit ça mais elle le fera pas, ont l’air de penser les employés de l’agence. Mais elle est restée, s’est installée dans un coin, les employés se sont mis à l’ignorer en lui jetant des regards torves et en se demandant sûrement si des fois elle serait pas capable de faire ce qu’elle disait.

Deux heures plus tard, une employée murmure à un collègue « Pourquoi tu lui dis pas pour le neuf-neuf-neuf ? »

Alors finalement, avec un air constipé, un employé susurre à la dame avec la voix des couloirs d’hôtel : « Sur le répondeur, il faut faire neuf, réécouter le message, refaire neuf, réécouter le message, faire neuf une troisième fois, et là vous aurez un opérateur »

Miracle ! L’opérateur existe, la dame va le rencontrer ; la procédure existe aussi, mais elle est secrète, faut pas la dire aux clients, sinon ils finiraient par déranger l’opérateur alors que maintenant, il reste bien tranquille dans son bureau à regarder des pornos.

La dame rappelle, fait trois fois neuf, obtient une voix féminine qui lui annonce que son téléphone sera disponible le tant, dans une boutique dépositaire de la rue Lauriston. (Pour les passionnés d’histoire, je rappelle que depuis 1944 la rue Lauriston est redevenue une rue comme les autres.)

A la date, elle s’y rend le bec enfariné, trouve à l’adresse convenue une épicerie minuscule et crado, fermée avec une étiquette minable annonçant qu’elle est ouverte quelques jours dans l’année (son propriétaire étant dans doute recherché par les Renseignements Généraux).

Furieuse, la dame rappelle, refait trois fois neuf, obtient cette fois-ci une voix d’homme qui lui dit que son téléphone a en fait été envoyé… dans l’Essonne, dans un bled qu’elle ne sait pas situer de mémoire. Pourquoi l’Essonne, j’habite Paris seizième, hurle la dame sur un ton qu’on emploie rarement dans cet arrondissement. « C’est que… Heu… Vous comprenez… Heu… » lui répond la voix masculine dans le téléphone.

Je vous ai dit que la dame était abonnée chez Orange ?

La dame bondit dans sa voiture mais prise d’un doute, elle se renseigne sur l’adresse qu’on vient de lui donner, afin de ne pas faire trente kilomètres dans chaque sens dans la banlieue de Paris, le second lieu au monde où il est le plus difficile de se déplacer après la face Nord du Jannu.

Elle fait bien. A l’adresse, il y a des particuliers qui ne sont en rien dépositaire des téléphone commercialisés par… Par qui déjà ? Ah oui, Orange.

Un mois après elle n’a toujours pas de téléphone.

La prochaine fois je vous parlerai de la BRED.

 

 

* Tout est relatif, je ne connais pas le salaire de la dame. Elle-même ne connaît pas le mien, mais je suis prêt à parier qu’elle le trouverait petit.

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17/05/2011 - Extrapolations sur DSK

Dominique Strauss-Kahn est donc en prison. De deux choses l’une : soit il a fait ce dont on l’accuse, soit il ne l’a pas fait.

S’il l’a fait, qu’il soit condamné et passons à autre-chose. S’il ne l’a pas fait, ça devient intéressant.

En effet, il faut alors se demander si l’accusation vient d’une femme seule ou si elle résulte d’une machination.

Si l’accusation vient de la seule femme de chambre, que cela soit démontré et passons à autre-chose. Si c’est une machination, ça devient intéressant.

En effet, soit c’est une machination personnelle soit c’est une machination politique.

Si elle est personnelle elle ne regarde que lui. Si elle est politique ça devient intéressant.

En effet, soit le complot vise le directeur du FMI, soit il vise le probable candidat à la présidence française.

S'il vise le directeur du FMI, ça nous regarde à peine. S’il vise le probable candidat, ça devient intéressant.

En effet, soit ce complot est fomenté par la droite, soit il est fomenté par la gauche.

S’il vient de la droite, c’est dans l’ordre des choses. S’il vient de la gauche, ça devient intéressant.

En effet, soit le complot vient d’un autre parti de gauche, soit il vient du PS lui-même.

S’il vient d’un autre parti de gauche, ce ne serait guère étonnant. S’il vient du PS lui-même, ça devient intéressant.

En effet, dans ce cas soit le complot vient des adversaires de DSK dans le parti, soit il vient de son entourage proche.

S’il vient de son entourage proche, c’est moche mais ça regarde son entourage proche. S’il vient de ses adversaires dans le parti, ça devient intéressant.

En effet, soit il vient d’un de ceux qui n’ont aucune chance à la primaire, soit il vient des concurrents directs de DSK.

S’il vient de ceux qui n’ont aucune chance, on ne voit pas ce que ça peut changer. S’il vient d’un de ses concurrents, ça devient intéressant.

En effet, soit ce serait Martine Aubry, soit ce serait François Hollande. Si c’est Martine Aubry, c'est pas bien de la part de Martine Aubry. Si c’est François Hollande, c’est pas bien de la part de François Hollande. Mais dans les deux cas c’est totalement inintéressant, tout simplement parce que c’est socialiste.

Alors je préfère croire que DSK a vraiment fait ce dont on l’accuse, ça au moins c’est intéressant.

Ludwig

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2/05/2011 - Le monde dans lequel je ne veux pas vivre

Je vis dans un monde qui n’est ni tout à fait beau ni tout à fait laid, et qui est les deux à la fois, penchant tantôt vers la laideur et tantôt vers la beauté. De ces beautés passées il nous reste soit des vestiges que nous admirons mais qui ne servent plus, soit des chefs-d’œuvre encore inachevés mais dont nous sommes fiers. Les droits de l’Homme en font partie.

Le balancier de l’histoire humaine va et vient entre ces deux pôles selon un rythme qui lui est propre. Chaque être humain a le devoir de comprendre pour tout instant de sa vie, vers quel pôle oscille ce balancier.

Pour le moment j’ai l’impression qu’il revient à toute vitesse vers le pôle de la laideur, qu’il a eu tant de mal à quitter après la seconde guerre mondiale. Nous quittons le monde qui en est issu, mais peut-être allons-nous à toute vitesse vers un autre monde qui se profile, et ce monde-là, je ne veux pas y vivre.

 

Dans ce monde, le pire deviendra peu à peu normal, comme le fait rouer de coups à mort un inconnu, pour un regard.

Comme le fait de couper la tête à un malade mental, ou à un criminel récidiviste en arguant du fait que le garder en prison coûte trop cher.

Dans ce monde, l’arbitre de toutes les causes sera une calculatrice.

 

Dans ce monde, une opinion vaudra un fait. Le réel ne sera plus reconnu comme tel, et la croyance remplacera le savoir. Les connaissances établies seront contestées au nom de la foi, au nom des fois qui se contredisent et s’opposent, et dans ce contexte jamais le réel ne pourra réconcilier les adversaires. L’univers sera devenu une question de représentations individuelles et non un espace extérieur peuplé d’objets physiques.

Dans ce monde, la raison aura abdiqué, et la voix la plus forte l’emportera.

 

Dans ce monde, il vaudra mieux dire un mensonge aujourd’hui qu’une vérité demain, car ce ne seront ni la vérité ni le mensonge qui feront vendre, mais la vitesse. On apprendra à lire Rimbaud en diagonale pour aller directement au sens, à écouter les quatuors de Beethoven en accéléré pour aller à l’essentiel, et à juger de tout selon un mode binaire pour aller plus vite

Dans ce monde, la notion de « vrai » aura disparu.

 

Dans ce monde, le risque zéro sera réputé exister, et on passera sa vie à le rechercher. Cette pétition de principe fera que pour tout accident, il devra se trouver un coupable, et la pluie elle-même sera la faute de quelqu’un. L’attention de tout responsable sera bien davantage accaparée par le souci de protéger sa responsabilité, que de l’exercer vraiment.

Dans ce monde, c'est l'erreur et non le mérite qui décideront de l'avenir de chacun.


Dans ce monde, on se moquera de celui qui travaille dans l’ombre à l’amélioration de la condition commune, et l’admiration universelle sera réservée à celui qui aura mis en lumière sa capacité à améliorer sa condition personnelle.

Dans ce monde, quand on n’aura pas de Rollex à cinquante ans, c’est qu’on aura raté sa vie.

 

C’est marrant, j’ai l’impression qu’on y est déjà.

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4/04/2011 - Passage à tabac sous mon balcon

Un jeune homme a été battu quasi à mort dans une gare où je passe tous les jours, par une bande venue de la ville où j’habite. Déjà, ça fait froid dans le dos, mais ce qui fait plus froid encore, c’est le pourquoi de ce quasi meurtre à dix contre un : « on » ne supporte pas que le jeune homme sorte avec une jeune fille habitant la cité de ces quasi meurtriers. « On » va donc lui apprendre.

Certes, je culpabilise en me disant que ce monstrueux fait divers me touche bien davantage que s’il avait été commis à cinq cents kilomètres d’ici. Près des yeux, près du cœur. J’ai côtoyé sans le savoir ces quasi meurtriers, j’ai même habité cette cité un moment… Ma réaction est affective plus qu’elle ne le serait pour la même chose à Brest ou à Strasbourg.

La tête froide, je vouerais aux gémonies ces comportements si éloignés géographiquement qu’ils soient. Cependant, ce qui me rend plus sévère, c’est de savoir que ces sinistres individus n’ont aucune excuse. Je suis bien placé pour savoir que là où ils habitent, il n’y a pas plus de misère, de chômage, de précarité qu’ailleurs ; que cette cité pour n’être pas luxueuse est propre, arborée, que c’est tout sauf un ghetto et qu’on y vit généralement tranquille.

Ce qui a motivé ces petites ordures est seulement l’instinct de propriété qu’ils nourrissent à l’endroit des filles de « leur cité », comme si le fait d’habiter quelque-part liait pour toujours un individu quel qu’il soit à un lieu quel qu’il soit. On attend des comportements pareils de la part de buffles des savanes, ou de phacochères, pas d’être humains.

Je leurs conseillerais volontiers ainsi qu’à tous leurs semblables de sortir la petite queue dont ils sont si fiers et de pisser tout autour de leur putain de cité, pour marquer le territoire. Et pourquoi pas aussi de déposer des petits tas.

On pourrait leur conseiller d’aller à poil et de marcher à quatre pattes comme les autres animaux, et jamais cela arrivait, je serais le premier à passer devant leurs niches à fenêtres en voiture, et à leur jeter par les vitres des restes de nourriture.

De prison, ils ressortent fiers, alors à quoi bon la prison ? Là au moins, après six mois à déféquer sur les trottoirs et à manger des ordures, ils la ramèneraient peut-être un peu moins.

Et les filles de « leur cité » pourraient sortir même avec le pape.

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10/03/2011 - Ludwig et moi (suite et fin)

Les neuf dernières années de la vie de Beethoven vont voir l'éclosion d'une des plus incroyables séries de chef-d'oeuvres de toute l'histoire de l'art.

Ce sera d'abord l'immense Missa Solemnis, dont la spiritualité ne peut être comparée qu'à la messe en si mineur de Bach. Puis les quatre dernières sonates pour piano, dont la vingt-huitième sera composée non pour les pianistes de son temps, mais pour cinquante ans après eux. On pense à l'époque que la surdité est l'explication d'une musique aussi incompréhensible. La toute dernière  sonate porte le fameux opus cent onze, et elle parachève le travail de reconstruction de tout le genre sonate. L'opus 111 n'est plus une sonate, c'est « autre-chose » et son second mouvement d'une élévation de pensée inouïe marque effectivement, à son écoute, une fin. De fait, plus aucun compositeur ne produira de sonate semblable, pas même dans cette lignée. Beethoven vient de clore le genre.

Puis c'est la célébrissime Neuvième Symphonie, apogée de la lutte de l'homme et qui marque au contraire un début : elle préfigure en effet les symphonies géantes de la fin du siècle et du début du siècle suivant, celles de Bruckner et Mahler. Par son propos, sa durée, sa masse orchestrale, ses choeurs, elle aussi possède cinquante années d'avance.

Puis Beethoven prend le temps de résumer cent ans d'écriture pianistique avec les variations Diabelli, colossale synthèse de près d'une heure et trente trois variations géniales à partir d'un thème puéril écrit par un amateur.

Enfin, il termine sa vie et sa carrière par un testament musical qui n'a jamais eu d'équivalent et n'en aura pas par la suite : les cinq derniers quatuors.

Je connais l'existence de ces pièces depuis ma petite enfance, grâce aux fameux livre-disque dont je parlais plus haut. Je me souviens encore de la phrase qui évoquait ces quatuors : « l'austère dépouillement y atteint au sublime... » ; phrase énigmatique prononcée par la voix de Madeleine Renaud, et dont mes six ans ne déchiffraient pas le sens. Je la comprendrai un peu plus tard, mais sans qu'elle me donne envie d'écouter les oeuvres : à dix ans pas plus qu'à quinze on n'est tenté par le dépouillement ni la sublimité.

Ma timidité face à ces pièces durera des dizaines d'années. Il m'arrivait bien de les entendre à la radio, mais jamais elles ne m'ont pénétré. Sans les juger je les trouvais effectivement difficiles d'accès, et réclamant de l'auditeur une maturité que je n'avais pas. J'ai attendu d'avoir quarante cinq ans pour me les faire offrir en CD.

Pourtant, il ne m'arrive que rarement encore de les écouter. Leur ombre plane encore au-dessus de ma tête et je me suis aperçu qu'on n'écoute pas ces quatuors n'importe quand. Il faut du temps, une atmosphère particulière, un état d'esprit qui se prête à cette écoute initiatique. Le sentiment qui s'en dégage est unique. Recueillement de l'homme arrivé en fin de vie, paix, questionnement métaphysique certes, mais qui trouve toujours sa réponse tranquille. Emplis d'audaces de composition, ils ne paraissent pas l'être, respirant au contraire la spontanéité et le naturel simple, ce qui est la marque des plus grands génies.

On en ressort grandi, rêveur, apaisé. Quelque-chose s'est passé pendant cette audition où le temps s'est suspendu. Avec Beethoven, le quatuor, comme la sonate, a explosé. On est passé à cinq, six, sept mouvements, et le propos musical est devenu si riche, si complexe, et si élevé en terme d'inspiration que les compositeurs postérieurs hésiteront à s'y risquer. Peu y parviendront, et sans jamais dépasser le maître. Beethoven a aussi clos ce genre.

Il est le premier dans l'histoire de la musique à porter ouvertement un message humaniste et philosophique. Bruckner et Mahler le suivront, mais mettront dans leurs oeuvres l'omniprésence de Dieu dont Beethoven se passe. Le premier, il ramène l'art à l'artiste, sans jamais tomber dans le narcissisme dont Richard Strauss sera l'archétype en musique. Il invente la musique moderne et ses héritiers mourront dans les années 1960, près de deux siècles après sa naissance.

Alors, pourquoi cette vie me fascine-t-elle au point d'avoir fait du prénom du grand homme mon pseudo sur la toile ?

Probablement parce que je n'ai aucune des qualités de Ludwig, et qu'on admire toujours ce qu'on ne peut pas atteindre. Probablement parce que la lutte, ce domaine où il était le plus fort, est celui où je le suis le moins. Probablement, et puisqu'il disait que celui qui la comprendrait serait délivré du malheur où les autres se traînent, parce que je ne comprends rien à sa musique.

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Ludwiblog publie les lundis et jeudis, depuis l'éditorial jusqu'à la fiction,en une page A4 maximum. Parfois même quelques vers. Exercice d'écriture, humour, confrontation aux regards, échanges d'idées, d'indignations et de sourires.

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