16/09/2008 - Pour en finir avec la littérature New-Age
Après avoir passé mes vacances avec Guillaume Musso, j'ai envie de crier : assez !
Assez de fantômes, de revenants, d'Êtres Supérieurs, d'anges, de Messagers...
Assez de prémonitions, de destins écrits qu'il faut revivre, de retours vers le passé qui modifient le présent...
Assez d'expériences de mort imminente, de réincarnation, d'auras, de corps astraux, de doubles de soi-même...
Assez de mondes parallèles, de lignes de temps qui s'entrecroisent, de présages, de voyants, de pilules magiques, de transmissions de pensées...
Assez de philosophie zen, de nirvana, de mahabaratin, de discours écolo gnan-gnan où les animaux valent mieux que les humains...
Stop.
Mais assez aussi de plagiats, assez des mêmes mythes éternellement recyclés, assez de reprises ad nauseam de thèmes éculés, épuisés par Lovecraft ou Arthur C. Clarke, et avec un autre talent.
Assez de romans interchangeables, de parutions annuelles millésimées et stipulées par contrat ; un véritable écrivain ne peut pas savoir à l'avance quand il publiera son prochain livre.
Un jour viendra où un auteur, après avoir vomi sur le tas de littérature new-age dont il aura débarrassé sa bibliothèque, prendra sa plume ou son clavier et écrira le roman qui enterrera ce fatras, comme le Sacre du Printemps a enterré un siècle de romantisme musical allemand et de ses avatars. Qui sait, cet ouvrage est peut-être déjà sur le métier ?
Dans ce roman à écrire, les réincarnations foireront, les prémonitions ne prévoieront rien d'autre que l'arrivée du tiers prévisionnel, les anges se prendront les pieds dans les tapis, les voyants ne verront rien (pire que se tromper, pour un voyant), les Êtres Supérieurs habiteront juste l'étage au-dessus, les voyages dans le temps se feront à la vitesse normale du temps, les mondes parallèles se mélangeront, les extra-terrestres ne débarqueront pas ou s'ils débarquent ils voudront de la soupe aux choux, la transmission de pensée ne fonctionnera qu'avec l'horloge parlante, les auras s'éteindront quand l'EDF sera en grève, les corps astraux se feront chier dans la quatrième dimension et picoleront du picon-bière au comptoir, entre Saturne et Jupiter...
Dans ce roman, les humains n'auront aucun besoin de rencontrer leur double immatériel pour se rendre compte qu'ils ont déconné et qu'ils doivent réparer le mal qu'ils ont fait ; ils n'auront pas besoin de mourir pour comprendre la vie ; ils n'auront pas besoin de s'asseoir en tailleur ou de faire des heures de yoga pour se réconcilier avec l'autre humain qui les aime ; ils n'auront pas besoin d'avoir des accidents d'anesthésie et de voir des tunnels sombres pour apercevoir la lumière.
Dans ce roman, un personnage qui s'assiérait en face d'un autre dans un hall de gare pour lui dire : « Attention à vous, le malheur vous guette... » s'entendra répondre « Vous aussi mon vieux, et je ne suis pas voyant ». Cet autre qui verrait sa femme morte depuis dix ans sortir d'une cabine téléphonique lui dira simplement « C'est pas trop tôt, vous êtes pas toute seule à avoir besoin de téléphoner ». Ce troisième sous les yeux duquel les lettres de son potage alphabet s'ordonnanceraient mystérieusement sur le bord de son assiette pour lui délivrer un message sibyllin permettant de retrouver l'Atlantide, avalera sa soupe, mangera un yoghourt maigre et ira se coucher.
Dans ce roman, les personnages vivront des aventures petites ou grandes, mais qui auront valeur dans le réel, car nul Messager ne sera venu leur faire toucher du doigt leur insignifiance d'humains ordinaires. Ils connaîtront des situations compliquées et problématiques, mais ils y trouveront des solutions à leur taille, en mettant en oeuvre le génie humain qui les habite et non d'hypothétiques forces obscures dont on ne sait pas si on nous invite à y croire ou à en rire. Ils s'élèveront ou s'abaisseront, ils vivront ou mourront car tel est le destin des personnages de romans ; mais leurs destinées belles ou laides nous iront droit au coeur, car ils seront comme nous, seulement armés de courage, d'intelligence, de savoir ou de candeur, et non précautionneusement protégés par des entités impalpables qui les gouverneraient.
Il faut bien rêver ?
Certes. Et s'éveiller aussi. Une fois que les éditeurs ont rempli leur compte en banque.
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