30/09/2008 - Hommage à Ronald
A la demande générale de mon fan club aux abois, je me fends d'un billet que je ne voulais pas écrire : mon avis sur la crise financière.
Je n'ai pas d'avis sur la crise financière. Je l'attendais, elle arrive, elle est là, point.
J'ai juste envie de lancer un hommage à un ancien acteur hollywoodien aujourd'hui décédé, qui en passant un jour par hasard dans le bureau ovale de la Maison Blanche, s'exclama "L'Etat n'est pas la solution, l'Etat est le problème".
Hommage lui soit rendu ainsi qu'à celle qui mena en même temps que lui, de l'autre côté de l'Atlantique et dans la même langue, une politique en tous points semblable : Margaret.
Quel beau couple ils formaient à l'époque !
L'une, face à une grève générale de mineurs à bout de ressources, pressentant dans une géniale intuition que cette profession ne portait pas l'avenir du pays, en profita pour y liquidier le syndicalisme et faire passer sous l'arc de triomphe une politique qui créera des pauvres jusqu'à hauteur de quinze millions.
L'autre, face à une grève des contrôleurs du ciel, licencia purement et simplement en grand libéral qu'il était les milliers de grévistes pour les remplacer par des stagiaires. Rien que pour faire comprendre que la grève est un droit constitutionnel, soit, mais que le libéralisme ne la tolère que si elle n'a pas lieu.
Je leur dédie à tous deux la crise financière actuelle.
Bien sûr, les apôtres du libéralisme présentement au pouvoir en France ont beau jeu de nous dire que le système n'est pas fautif, mais qu'on l'a perverti, qu'on a abusé de lui, et qu'il faut lui donner des règles...
Mais, nom de D de b de m, le propre du système libéral, c'est justement de ne pas avoir de règles ! Plus on le régule, moins il est libéral ! C'est précisément à cela qu'a travaillé le couple infernal anglophone et transatlantique des années 80 !
Pour les libéraux, (les vrais, pas ceux qui gouvernent actuellement la France à vue, louchant vers Washington quand tout a l'air normal à Wall Street, donnant des leçons d'équité économique et de règlementation nécessaire quand tout commence à péter), pour les libéraux donc, l'état est une nuisance, et la règle un obstacle à contourner ou abolir.
Aucun d'eux n'a la moindre philosophie. Aucun ne se dit qu'à abolir les règles et avec elles la morale en affaires, on ne peut que construire une société absurde qui s'autodétruit à intervalles réguliers. Précisément parce que c'est l'immoralité et l'absence de règles qui la mènent.
Ce qui se produit en ce moment était prévisible, c'est la conséquence inéluctable de l'évolution du "système", autrement dit le capitalisme, qui après avoir été industriel, ne pouvait qu'être financier. Cette crise - dont on nous dit en France que, c'est juré, elle va servir de leçon, c'est un monde qui s'achève, il faut reconstruire un système juste et régulé - cette crise n'est sans doute pas la dernière, quelles que soient ses conséquences. Car ce qui l'a provoqué et qu'on appelle pudiquement des "erreurs", sont tout sauf des erreurs : ce sont des comportements délibérés, encouragés par le système lui-même, poussé au paroxysme de son déchaînement par Margaret et Ronald (et leurs amis). Non, le capitalisme n'est pas devenu fou : il est le capitalisme.
Il a juste déchiré la peau sous laquelle il apparaissait naguère : celle d'un appareil industrieux producteur de richesses matérielles (même mal réparties) et de progrès technique (même mal partagé), pour la remplacer par celle, jusque-là sous-jacente mais déjà préformée, d'un Nosferatu dont la gueule exsanguine les membres.
La finance vampirisant l'industrie.
Jusqu'à la mort ? Non, jusqu'à la prochaine métamorphose.
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