15/11/2008 - Eric Zemmour redécouvre les races
Je découvre Eric Zemmour. Il a l'air gentil.
Tellement gentil que pour lui, le fait qu'une personne ait la peau noire et lui la peau claire semble suffisant pour affirmer l'existence d'une race blanche et d'une race noire. Simple.
« Je suis blanc, donc il y a une race blanche ».
Il est soutenu dans des forums Internet où l'on vante l'évidence : il n'y a qu'à regarder. La race est donc une évidence ; la rotation du Soleil autour de la Terre aussi. Au passage on conforte aussi Zemmour sur ces forums dans son affirmation que contester l'existence des races est une démarche inverse (et la comparaison n'est sans doute pas innocente) à celle consistant à exacerber les races comme le faisaient les hitlériens. Rien que ça.
Quelle est la réalité ? Dire qu'il y a des races oblige celui qui l'affirme à les décrire avec précision, c'est-à-dire à tracer leurs limites de façon à ce qu'on puisse dire à coup sûr d'un individu pris au hasard, qu'il appartient à telle ou telle. Ainsi fait-on pour les chiens et les chats, de qui l'on a (au prix d'innombrables générations de sélection par croisements) multiplié les typologies justement appelées races. Pour tout animal racé, on peut dire sans risque d'erreur à quelle race il appartient, et ce en fonction de critères parfaitement définis que les experts mesurent avec soin lors des concours. Encore que de très légères mutations individuelles apparaissent, mais c'est là le plaisir de l'expert, que de repérer ces différences pour primer les animaux les plus typés dans chaque race.
On avouera que typer les humains sur le même modèle demande pour le moins qu'on s'en explique, et pas d'une simple phrase. L'homme étant un animal comme les autres sur le plan biologique, l'existence de races humaines ne pourrait que résulter d'une pareille sélection dont on se demande qui aurait bien pu l'opérer. Pas la nature, en tous cas : la nature sélectionne des espèces, pas des races. L'homme pourrait-il être la seule espèce à en posséder ? Par quel miracle ?
On attendait donc d'Eric Zemmour une argumentation solide qui, dépassant son cas personnel et celui d'une autre personne présente sur le plateau d'Arte, nous montre d'une part les limites des races entre elles, d'autre part le mode de formation desdites races sur des bases biologiques. Néant. Eric Zemmou en est resté à ce « vous êtes noire, je suis blanc », sans doute suffisant pour emporter l'adhésion de Madame Michu, mais cruellement indigent pour tous ceux qui comme moi cherchent à comprendre quelque-chose à l'espèce humaine à la fois dans son unicité et dans sa diversité.
Oublions Zemmour. Constatons l'incapacité à définir les races objectivement et laissons les aficionados de ce concept s'échiner à le cerner. Nous serons frappés alors d'un autre fait : les tenants des races traitent de « révisionnistes » ceux qui mettent en doute leur théorie. Là encore, le terme fait mouche et en dit bien plus sur celui qui l'emploie que sur celui qui est visé. Hitler par-ci, révisionnistes par-là... L'affaire est-elle indissociable de la notion de fascisme ? Il semble que oui et pourtant, il s'agit d'une sorte de sophisme. Comme si les nazis avaient l'exclusivité du racisme et plus généralement de l'exacerbation du concept de race ! Reprenons les manuels scolaires républicains de la fin du dix-neuvième siècle...
Les différences de couleur sont indéniables, mais pourquoi ne prendre qu'elles comme critères de détermination ? La largeur du nez ne fait-elle pas l'affaire ? Ah mais non ! Si on prend cette largeur comme critère, la majorité des asiatiques et des africains va se trouver ensemble, les européens quand à eux faisant race commune avec les Ethiopiens... Non, ça n'irait pas !
On voit à quel ridicule on s'expose dès qu'on cherche à prêter une quelconque objectivité à ces divisions de l'humanité. Laissons s'exprimer les différences physiques, recherchons les caractères génétiques qui nous en diront beaucoup sur l'histoire de l'homme, et ce sera suffisant pour nos petites intelligences.
Mais plus généralement, à quoi servent les races ? Une fois qu'on a dit « vous êtes noire, je suis blanc », quel bénéfice peut-on tirer d'affirmer sans preuves « vous appartenez donc à la race noire et moi à la race blanche » ? A rien. L'existence supposée des races n'apporte aucune information sur le réel. Elle ne fait ni les noirs plus noirs, ni les blancs plus blancs. Elle n'aide pas à mieux comprendre l'essence du genre humain. Elle ne sert qu'à accréditer l'idée de division. C'est tout.
La vraie question est-donc celle-là : dans quel but accréditer cette idée ? La réponse chez Zemmour, le gentil petit gars qui monte.
|