18/11/2008 - Que reproche-t-on à Eric Zemmour
On en veut beaucoup à Eric Zemmour sur les propos qu'il a tenus au sujet des races, notamment pour soutenir l'existence de ce concept que la science a bien été obligée d'abandonner au siècle dernier. On a raison de lui en vouloir, mais de quoi lui en veut-on ? De se tromper ? Allons, qui d'entre-nous ne se trompe jamais, parfois avec le plus bel aplomb ? Zemmour a le droit de se tromper comme les six milliards d'êtres humains qui croient eux aussi qu'il y a des races car c'est là l'apparence des choses, et que l'apparence pour l'humain compte bien plus que la réalité souvent contre-intuitive. Zemmour dit des choses fausses sur tout, c'est un fait, mais après tout il n'est pas le seul. En furetant sur des forums qui se sont emparés de son dérapage, j'ai pu voir aussi qu'on en voulait à Zemmour d'être ce qu'il est : petit, pas beau, juif, d'Afrique du Nord... Tout cela est non seulement infâme mais inutile. Certains lui reprochent également d'être de droite. A ceux-là je rappellerais que 80% des français sont de droite, dont un tiers vote socialiste certes, ce qui ne les empêche pas d'être objectivement de droite. Peut-on reprocher à Zemmour ou à tout homme d'être comme tout-le-monde ? Alors finalement, que lui reproche-t-on qu'on ne pourrait reprocher à tout autre ainsi qu'à soi-même ? Certes, sa position d'homme de média devrait lui imposer de renseigner un peu ses points de vue, de s'informer lui-même avant de prétendre informer les autres... Mais encore une fois, d'autres exemples viennent de bien plus haut. On cherche même vainement les cerveaux contemporains qu'ils soient politiques, philosophiques, religieux ou journalistiques qui apportent à la réflexion de leur société ce supplément de lumière qui, jour après jour, s'affaiblit. De ce point de vue, Zemmour est plus une victime qu'un coupable : comment peut-on exiger de lui plus que d'un Président de la République qui, sur un autre sujet, affirme qu'un prêtre a plus d'importance pour l'éducation qu'un enseignant ? Je n'en veux pas à Zemmour de ce qu'il dit, n'importe qui aurait pu le dire et ses propos ont résonné avant qu'il les tienne au petit écran ou sur papier, sur tous les zincs de cafés de la France profonde. Je lui en veux d'autant moins que cela a le mérite de réveiller l'intelligence des plus éclairés d'entre-nous, et notamment ceux qui au sujet des races, ont pris la peine de se mettre au courant des savoirs scientifiques les plus récents. Cela a le mérite de faire parler les gens, quitte à ce que des énormités soient dites*, sur un sujet encore très sensible et où les mots qu'on échangera maintenant sont peut-être autant de pierre sque demain on ne se lancera pas. La France – comme le monde, mais surtout la France, pays des Lumières et de Victor Hugo – a besoin qu'on la réveille. Non à coups de bouclier fiscal, mais à coups d'idées même périmées, mêmes radicalement caduques, même celles ne reposant sur aucune donnée objective, car cela permet aux nouvelles générations de voir ressurgir une partie de la réflexion humaniste, de la pensée rationnelle, nées en France principalement, et à côté de laquelle ces générations risquaient de passer totalement. Et que cette réflexion passe surtout par Internet n'est pas un mal, puisque c'est justement par ce biais que ces nouvelles générations s'informent sur le monde. Il est sain qu'on puisse dire des choses fausses dans une démocratie. Cela oblige la « vérité » à se manifester. Non, là où j'en veux à Zemmour, c'est de traiter de problèmes aussi pertinents et actuels, avec cette légèreté, ce goût de la provoc pour elle-même, ce nombrilisme et pour tout dire cette stupidité qu'il affiche tant en paroles qu'en écrits. Un type capable de dire à propos de la condition féminine sur laquelle il y a tant à dire, qu'il ne change pas les couches de ses enfants pour ne pas perdre sa virilité, il ne faut ni l'interdire, ni le censurer, il faut l'éduquer, le ramener à l'école et lui montrer que parler, ce n'est pas ça. Zemmour, au boulot, tu sais peut-être écrire, il te reste à apprendre à penser.
*Exemple d'énormité lue : un internaute justifie l'existence des races humaines en arguant de celles des races bovines et chevalines étudiées par l'INRA...
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