Ludwiblog

26/01/2009 - De la névrose en politique

 


Ce qui se passe en France depuis un an et demi est à la fois passionnant et glaçant.

Au nom d'une sécurité illusoire – illusoire parce qu'elle dépend de facteurs innombrables dont la répression n'est qu'un, et pas le plus important – notre pays avance à marche forcée vers un futur dont il ne sait rien, mais qui risque de ne ressembler en rien à la France bicentenaire dont l'image nous habite tous.

Les mesures prises dans le champ de la justice et de la police, mesures dont la liste serait fastidieuse, vont toutes dans le sens d'une restriction spectaculaire des libertés dites « publiques » on « fondamentales » - les philosophes s'accorderont sur un qualificatif d'ailleurs transitoire. Pour dire la chose autrement, un exilé de dix ans revenant aujourd'hui trouverait de notre pays un tableau simplement effrayant.

Magistrats et policiers font du chiffre, les uns pour prendre des arrêtés de reconduite aux frontières jusqu'à hauteur de quotas fixés sous les lambris dorés des palais du pouvoir, les autres pour interpeler les délinquants. On va chercher les enfants de parents en situation irrégulière dans les écoles, et quand ce n'est pas eux ce sont les barettes de marijuana, à grand renfort de policiers par compagnies et de chien spécialisés... Le nombre des gardes-à-vues explose, on incarcère de plus en plus, jusqu'aux enfants de douze ans s'il le faut... L'Elysée vient de créer par décret une chaire de... criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers...

Vue avec calme, cette situation ne peut amener qu'une seule conclusion : le pouvoir veut criminaliser la société française. Faire en sorte que tout citoyen ne soit plus défini que par son potentiel de déliquance. Le projet de fichier Edvige en était la flagrante illustration. Au lieu de repérer les personnes pouvant apporter à la société un plus en terme de paix sociale et de citoyenneté, ce qui n'est pas très difficile et peut être hautement rentable, on choisit de lister celles qui « pourraient » créer un trouble à l'ordre public... Mais qu'est-ce donc que l'ordre public ? Quels sont les faits et gestent qui seraient indubitablement de nature à le troubler ? Une brève réflexion nous amène à la conclusion inévitable...

L'ordre public ne se définit que dans un système donné, et dans un certain système, tout, absolument tout, peut être de nature à le troubler. Qu'une dictature s'installe, et un regroupement de trois personnes discutant sur un trottoir trouble l'ordre public. Cette définition impossible rend tout aussi irréalisable le fichier des personnes potientiellement « dangereuses » ; c'est pourtant ce que le pouvoir prétend faire. Ce fichier ne peut qu'être rempli que sur la base du plus total arbitraire.

Méfiance généralisée, punitions et suveillance toujours renforcées, certitude d'être dans le droit, au besoin contre tout-le-monde, arrogance, posture de cavalier blanc... Ce tableau lu par un clinicien ne soulèverait pas le moindre doute : il ne s'agit de rien d'autre que de paranoïa, au sens névrotique.

Que cette paranoïa soit le fait d'une seule personne n'est pas un obstacle à ce qu'elle imprègne rapidement le corps social. Il suffit pour cela que la personne en question soit bien placée. La personnalité paranoïaque s'entoure de semblables et contamine les autres, et c'est facile, car sa vision du monde est binaire : vous êtes avec, ou contre moi.

C'est d'autant plus inquiétant que d'autres exemples ont traversé l'histoire, et pas seulement celle des dictatures. Inutile de citer Staline ou la RDA pour la trouver : le McCarthysme était-il autre-chose, dans la plus grande démocratie du monde ?

Cette évolution, contrairement à d'autres, possède une inertie infinie, précisément parce qu'elle est irrationnelle. La criminalité n'augmente pas, mais il faut toujours plus de répression. Les peines plancher sont inefficaces, mais il n'est pas question d'y revenir. Les décisions sont inspirées par l'émotion, et un meurtre de psychopathe est soudain prétexte aux pires mesures d'enfermement, alors que ce type d'homicide est l'exception. La seule réponse à tout fait social devient la loi, au besoin une loi nouvelle vite votée, sous le coup de l'émotion. Pendant ce temps, la partie la plus éclairée de la société écarte les bras, lève les yeux au ciel, pousse quelques cris, et passe à autre-chose.

Encore quelques mois, et tous les contre-pouvoirs auront disparu. Avec l'arsenal législatif et policier dont la France se dote et continuera à se doter, elle sera fin prête pour une vraie dictature. C'est pour cela qu'elle a voté en 2007. Sans le savoir, j'en ai bien peur. En tous cas, je l'espère.

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8/02/2009 - Optimisme par défaut !

Posté par DUMIS
J'ai bien peur que le discours du sarko 1er ait fait des électeurs français les membres d'une secte politiquement conquise au point que les figures de la gauche n'en aient plus été réduit qu'à une course au contre pouvoir ridicule dans le choix d'un leader qui était tout aussi insignifiant et incrédible que les deux autres.
Plus de résistance, le simple rouleau compresseur de notre président de la Sarkoblique ! Quand ce cauchemar a t'il commencé réellement ?
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