7/02/2009 - Il faut faire chier le capitalisme
N'y aurait-il plus rien à faire ?
Le libéralisme aurait-il définitivement gagné, et aurait-il désormais fait – à quelques rares exceptions près – main basse sur la planète ?
Car c'est bien de cela qu'il s'agit : obligé de croître pour exister, le libéralisme ne peut supporter l'existence durable d'une part d'économie qui lui échappe, mais surtout, qu'un système politico social permette à une de ces énonomies de se passer des fondements libéraux, au premier rang desquels la rémunération la plus élevée possible pour les propriétaires du capital.
La disparition quasi totale du socialisme, non seulement en tant que système de gouvernement, mais aussi en tant que concept éventuellement applicable politiquement, a ouvert en grand la porte du règne sans partage de l'économie de marché avec tout ce qu'elle suppose. Ceux qui, à la fin de l'URSS, évoquaient la « fin de l'Histoire », employaient un raccourci pour dire « la fin de (toutes) l(eurs) histoire(s de lutte des classes) »...
Nous sommes presque arrivés, en effet, à un monde où la protection sociale est ringarde, la solidarité d'état une vieille lune, le service public une idée d'un autre temps, le progrès social une possibilité envisageable au cas où il resterait de l'argent après rémunération des actionnaires. Le fait qu'un état puisse toucher quelque-chose de toutes les richesses produites sur son sol commence même çà-et-là à poser question.
Que se passera-t-il si ce processus parvient à son terme ? Ma foi, l'alignement généralisé des conditions sociales sur les régions où elles sont les plus basses ; la réduction de la puissance d'état aux seule fonctions régaliennes, en attendant la disparition de celles-ci ; la transformation en produit commercial de toute chose existant à la surface de la planète, sauf l'air qu'on respire parce que c'et trop difficile techniquement. Et finalement, la disparition des états, devenus inutiles. Tableau non exhaustif, faute de place. Notons qu'un monde comme celui-là est aussi un monde où quiconque travaillant une heure de plus que son voisin s'attachera à le traiter de fainéant. N'y a-t-il donc rien à faire ?
Si, comme disais Piéplu, il y a quelque-chose à faire : il faut emmerder le capitalisme.
Je viens de voir la trombine d'Olivier Besancenot sur la couverture d'un magazine économique. Naturellement, le poupin facteur se fait dézinguer mais là n'est pas l'important ; si les libéraux parlent de lui et l'attaquent, c'est qu'il les emmerde. Et ça, c'est bien.
A ceux qui répondraient que ça ne sert à rien, je répondrai, « pas sûr ». A quoi pouvait bien servir, en 1941, d'emmerder les nazis ? La résistance balbutiait, n'avait aucun moyen, aucune coordination, la guerre était perdue, l'ordre nouveau semblait définitivement installé. Et pourtant, quelques fous avaient parié d'agir. En ce temps, agir signifiait semer des clous sur le passage des voitures allemandes, distribuer des tracts ou au pire, abattre un militaire en vert-de-gris, souvent un pauvre bougre de père de famille. Bénéfice, zéro.
Mais la flamme de la résistance ainsi allumée ne devait jamais s'éteindre. De l'extérieur, elle recevra des appuis, réussira à se coordonner, finira par porter aux nazis des coups qui rendront l'occupation hautement inconfortable, et maintiendra sous pression l'équivalent de six divisions de la Wehrmacht.
Entre temps, les Allemands étaient devenus méfiants, hargneux, inquiets, vindicatifs, et ils avaient fini par présenter du nazisme son vrai visage. La résistance, en faisant tomber les poteaux télégraphiques, avait fait tomber les masques, et obligé de nombreux français à choisir leur camp. Certes, tout le monde n'a pas résisté, mais ceux qui l'ont fait ont entretenu l'espoir, en attendant des jours meilleurs dont ils n'ont jamais douté qu'ils arriveraient.
Nous en sommes là. La bataille est perdue, l'occupation presque totale, l'ennemi tout-puissant et ses adversaires, nous-mêmes, y compris ceux qui ont voté Sarko, désarmés. Mais les quelques résistants qui subsistent entretiennent l'espoir en faisant quelque-chose d'apparemment insignifiant : ils font chier le capitalisme. Tous les moyens sont bons en attendant mieux, et il n'y aura jamais trop de tartes à la crème lancées sur Parisot, ni de boules puantes à Davos. Mais parmi ces moyens il y a la grève.
C'est bien, ça, la grève ; ça les fait chier.
Ludwig.
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