Ludwiblog

1/06/2009 - Des enfants et des flics

Samedi, des policiers ont convoqué suite à une plainte, un enfant de huit ans au sujet d'une bagarre de récréation. Dans la mesure où il fait suite à l'interpellation de deux gamins par six policiers à la sortie d'une école la semaine précédente, cet événement entre aussitôt dans la caisse de résonnance médiatique, ce qu'il n'aurait sans doute pas fait en temps normal. Or, les deux affaires n'ont rien à voir l'une avec l'autre : soupçon d'un vol de vélo dans le premier cas, menu fait intérieur à l'école dans le second...

Pour le premier (cité ici en second) survenu en Gironde, il y a matière à s'étonner de la démarche policière, évidemment disproportionnée. Mais dans le deuxième, la police a suivi la procédure normale et obligatoire en cas de plainte. C'est donc bien cette plainte qui pose problème : comment peut-on, dans une société moderne, civilisée, rationnelle, porter plainte contre un enfant de huit ans ?

A première vue, nous sommes en présence d'une pure démarche procédurière, venue de ces parents qui, se croyant en Amérique ou désirant l'importer en France, saisissent la justice pour un oui ou pour un non, pour une gifle, une dispute, un fait de voisinage... Il faut savoir que le droit ne fixe pas de limite, pas même de limite d'âge, au dépôt de plainte, qui peut d'ailleurs être fait contre « x ». A l'extrême, un bébé qui vomit sur le costume d'un monsieur peut très bien se retrouver avec une plainte aux fesses, en plus de ses couches. J'exagère ? Juste un peu.

Cependant, dans ce cas précis de la bagarre de cour de récréation, le contexte est celui de l'école, intra muros, et on peut dès lors penser que cette institution est la mieux à même de régler à l'interne les problèmes de ce type, surtout lorsqu'ils concernent des gamins du CE2. Pourquoi aboutiraient-ils dans les commissariats, quand ils peuvent faire l'objet d'une mise au piquet, de cinquante lignes « Je ne frapperai pas mes petits camarades », sanctions autrement légères et plus faciles à mettre en oeuvre.

Demandons-nous dans quel contexte scolaire ce menu fait de récréation s'est produit.

Sans généraliser, nous pouvons évoquer l'exemple d'une circonscription banale d'Ile de France, où ne se produisent ni plus ni moins de ces menus faits, qu'ailleurs.

Il y a quelques mois, dans une école maternelle, un bambin de cinq ans s'est blessé en jouant avec un vélo à un jeu risqué pratiqué à l'insu des adultes. En effet, les institutrices devant assurer la garde des enfants pendant la récréation s'étaient placées, afin de boire leur thé et discuter plus tranquillement, hors de vue des enfants. Surveillance moderne.

L'enfant ayant été hospitalisé, la mère s'est informée de la façon dont s'était passé l'accident, survenu le matin. Le hasard a voulu qu'elle repasse à l'école l'après-midi même ; quelle n'a pas été sa surprise de voir les institutrices supposées surveiller la récré, dans la même position que le matin ! Dans cette école, non seulement les récréations ne sont pas surveillées, mais la survenue d'un accident ne modifie en rien les comportements des adultes. Dans les autres écoles de la même circonscription, il est souvent impossible de faire en sorte que les récréations soient surveillées correctement.

Mais au-delà des personnes l'institution elle-même est parfois – voire souvent – coupable. Cette même année scolaire, un enfant autiste intégré à l'école s'est vu privé de son Assistante d'Intégration Scolaire, la personne qui l'accompagne habituellement en classe et qui n'avait pas été remplacée. Qu'importe, le gamin malade mental a continué à fréquenter, et rendu imprévisible par sa maladie, a roué de coups un petit camarade. La mère de la victime a déposé plainte ; résultat : une AIS remplaçante a été désignée dans la demi-journée.

Revenons maintenant à notre petite bagarre : la maman de l'enfant convoqué par la maréchaussée affirme que son propre fils a reçu des coups, qu'elle a tenté de parler aux autres parents, à l'enseignante, à la directrice, et qu'à chaque fois le dialogue s'est révélé impossible. Il ne nous appartient pas de juger d'une situation que nous ne connaissons pas, mais on peut légitimement se demander si là encore, une famille n'a pas été contrainte au dépôt de plainte par la surdité des personnes et de l'institution scolaire, incapable de prendre en compte un vrai problème.

En agissant ainsi, l'institution pousse les parents à judiciariser leurs relations à l'école. Une dérive à l'américaine, qui montre l'affaiblissement dramatique des capacités de l'école à assumer ses devoirs, au premier rang desquels la protection des élèves.

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2/06/2009 - global

Posté par nox
Je ne suis pas un optimiste de la condition et encore moins des comportements liés à l'humain. Ce n'est pas moralisateur, juste une posture qui n'en vaut peut-être pas une autre.
En tout cas, cela m'amène à penser que nos rapports, relations, se complexifient : à la moindre incartade on met de coté la discussion diplomate pour s'offrir le luxe d'une médiation par une autorité supérieure, une déresponsabilisation et un refus de communiquer.
Peut-être me trompe-je, ce n'est pas plus complexe, mais plus simple de se laver les mains et de passer la patate chaude, faisant fi du temps, de la paperasse et des relations humaines...
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