2/10/2009 - C'est parti pour une loi de plus.
Comme à chaque fois depuis quelques années, je dis bien à chaque fois, une terrible affaire de meurtre sexuel enflamme à la fois le monde politique et les media. Comme à chaque fois, le gouvernement promet une nouvelle loi et l'annonce comme s'il s'agissait de LA solution. Comme à chaque fois, il y aura des gens pour le croire. On entend pourtant des choses ahurissantes, comme si la raison, sans doute à cause de l'horreur du geste commis dans le cadre d'une récidive dont on répète qu'elle ne devrait jamais arriver, avait quitté les cerveaux des politiques. Un excellent (?) exemple en a été donné dans l'émission d'Yves Calvi sur la cinquième, consacrée à ce sujet brûlant, par un ancien député UMP, Georges Fenech. Lui-même et d'autres préconisent, sans citer ce cas directement mais dans le contexte exact où il se produit, qu'on ne laisse plus sortir les délinquants sexuels de prison. Cela revient, tout le monde l'a compris, a condamner à la réclusion à perpétuité les coupables de viols. Du jamais vu dans une démocratie éclairée. Car enfin, il faut appeler un chat un chat. La récidive, toujours tragique, ne peut être exclue qu'en enfermant les gens. Même si 98% des violeurs (98% !!) ne récidivent jamais, il faudrait pour s'en garantir les enfermer tous (!) à vie. C'est naturellement totalement impensable, mais c'est la conséquence directe et inéluctable des propos qui sont tenus par les politiques proches ou appartenant au gouvernement. La question qui brûle aussitôt les lèvres du justiciable lambda que nous sommes tous, est celle-ci : "Les violeurs, et qui d'autre ?" Car en effet, la question de la récidive se pose pour toutes les formes de délinquance, et on ne voit pas pourquoi on limiterait une mesure d'enfermement aux seuls criminels et délinquants sexuels (je rappelle que le viol est un crime et que le terme de criminel désigne aussi les coupables de viols, infiniment plus nombreux que ceux qui sont allés jusqu'au meurtre). Pourquoi ne pas se limiter aux homicides ? Mais justement, parce que l'affaire qui sert de base à ces nouveaux et répétitifs aboiements, concerne une personne qui, jusqu'ici, n'avait pas tué ! Ce type était un violeur, et c'est contre un violeur que se déchaînent ces voix, c'est ce violeur pour qui on réclame à grands cri a posteriori la réclusion à perpétuité ! Mais si on le fait pour un violeur, il faut le faire pour tout agresseur violent ! Où placerons-nous la limite entre ceux qui ne doivent jamais sortir de prison et les autres ? Fenech nous dit "Il faut qu'ils ne sortent jamais, ces gens dont on sait qu'ils vont récidiver". Et il précise "Si je retrouve un siège de député, je poserai une proposition dans ce sens." On a les tribunes électorales qu'on peut, au pied de celle-ci il y a le cadavre d'une femme morte. Nous y voilà : Fenech sait, lui, qui va récidiver et qui ne le fera pas. Il doit avoir un don. Alors que les psychiatres et psychologues s'efforcent depuis des décennies de percer cet épais mystère à force de science humaine et de neurologie, lui, Fenech, a trouvé. "Confiez-les moi, semble-t-il dire, et je saurai séparer de l'ivraie le moins mauvais grain". C'est grand. Ce gars-là, il ne faut pas l'élire, il faut l'oindre. Je suis sûr que son toucher guérit les écrouelles. De son haut, il peut donc qualifier la réflexion humaniste qui nous sépare encore – de moins en moins – de la pure barbarie, de "beaux discours pour beaux salons". Pendant ce temps, Alliot-Marie promet la castration chimique obligatoire, alors qu'on sait qu'elle est très loin de représenter le remède pour des criminels sexuels dont beaucoup sont impuissants, une impuissance qui justement amène le crime. Dieu sait ce qu'ils vont nous promettre encore. On va sûrement avoir droit à une loi votée sous le coup de l'émotion pour satisfaire l'opinion publique. On ne sera pas mieux protégé, car on ne se protège pas de la délinquance sexuelle, c'est un fléau immémorial. De toutes petites voix s'élèvent pour dire que le risque zéro n'existe pas, mais dans l'ambiance actuelle, qui les entend ? La loi, c'est bien connu, éteint le crime comme par magie. Ensuite, plus rien ne se passera. Jusqu'au prochain meurtre, inévitable, qui réveillera les voix endormies des politiques.
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