10/10/2009 - Télescopages
Par un curieux télescopage de l’actualité, une
« affaire Mitterrand » vient se superposer à l’affaire Polanski, et
on notera mon usage des guillemets.
Que le ministre ait
successivement pris position fortement en faveur du cinéaste, et ait été
attaqué deux jours plus tard sur le plan de sa propre sexualité, n’est pas
qu’un hasard.
Je ne l’aime pas beaucoup mais
j’apprécie l’homme de culture ; et si je ne le suis pas quand il défend
Polanski avec la véhémence qu’il a employée, laissant la porte ouverte à l’invasion
des sous-entendus, je trouve très inquiétantes les attaques dont il fait
l’objet à propos de son livre et de sa vie. Certes, l’attaque vient du FN, et
nous savons que de ces gens il faut s’attendre au pire ; mais le plus
grave est le relais complaisant qu’ont offert l’ensemble des media aux
accusations de pédophilie lancées contre lui.
En effet, si l’on considère que
cette accusation n’est basée sur aucun fait, qu’elle ne s’appuie que sur une
lecture déviante du livre de Mitterrand, et que cette lecture confond
volontairement la pédophilie et l’homosexualité, on pourrait penser que la
réaction unanime de la grande presse face à ce mensonger déchaînement aurait
été de jeter à la corbeille ou mieux de consacrer à un usage fessier et
hygiénique tous les papiers qui en parlaient. Les valeurs de notre République
l’auraient exigé selon moi.
Or, non.
Si le ministre s’est trouvé
obligé de « s’expliquer » sur TF1, ce n’est pas parce qu’il a été
attaqué par le FN ; d’autres l’ont été qui ne sont pas venus, car il n’y
avait tout simplement pas lieu. C’est bien à cause de l’écho donné à ce qu’il
faut bien appeler des calomnies, par la presse elle-même. Pire, alors que
Mitterrand en plateau avait cru fournir les éclaircissements demandés, il se
voyait pourfendu par Ferrari – pas une rapide, celle-là – d’une question sur sa
justification du tourisme sexuel. Dame, (c’est le cas de le dire), la question
était préparée, il fallait bien la poser. Ainsi fonctionne un journal télévisé.
En justice, quand un juge demande pourquoi le prévenu a fauté, et que ce
prévenu donne la preuve qu’il ne l’a pas fait, on ne lui redemande pas pourquoi
il a fauté. Au journal de TF1 si, car la question a été préparée, et Ferrari
est là pour poser ses questions pas pour écouter les réponses.
Je discerne deux choses derrière
cette demi folie médiatique. L’une, la paranoïa dans laquelle est tombée notre
société depuis quinze ans à propos de sexualité, en particulier celle mettant
en cause des mineurs. Pas une affaire qui n’ait son écho télévisé et
radiophonique. On n’en fait pas autant pour les autres formes de
délinquance ; d’où vient cette discrimination ? Ne serait-ce pas le
goût pour l’horreur que notre société cultive ? Or, la paranoïa ne réduit
pas le danger, elle mène seulement à l’absurde, surtout quand elle se mêle de
fascination.
Le second spectre est cette
confusion ménagée par le FN avec l’homosexualité, une confusion qui nous ramène
au moins un demi siècle en arrière et qu’on croyait en voie de disparition. Que
des médias « normaux » lui aient emboîté le pas en prenant si peu de
recul et en contradiction totale avec ce qui devrait être leur déontologie, en
dit long j’en ai peur sur le statut que nous sommes encore prêts à donner aux
homos, malgré toutes les déclarations collectives d’acceptation sociale et de
tolérance pour l’homosexualité.
Au même moment, un club de foot
amateur refusait d’affronter une équipe à dominante homosexuelle, laquelle n’a
d’autre objectif que de briser le tabou dans ce sport ouvertement homophobe.
Refus motivé par la répugnance des joueurs musulmans qui « ne partagent
pas les mêmes idées ». Eh bien, refusons désormais de jouer au foot contre
des joueurs musulmans, puisque nous ne partageons pas les mêmes idées.
Je ne suis pas forcément groupie
de la mode consistant pour un homo à faire un coming-out public comme l’a fait
Mitterrand ; j’ignorais qu’il fût homo et je ne gagne rien à le
savoir ; mais j’ai d’excellents amis (et même plus) homosexuels et j’exige
qu’on leur fiche la paix avec leur sexualité. Que la vieille droite dont
l’idéal est le temps des Croisades traite un homo de pédophile, c’est dans son
emploi, elle a fait pire. Que la société dans laquelle je vis la suive comme un
seul homme… C’est où la sortie ?
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