Enfant, je m'entourais de fantômes et d'ombres ; Je chérissais la nuit qui les fait exister Et m'endormais, inquiet quand même, aux heures sombres ; Le jour avare et blanc venait les écarter.
Je voyais des zincs gris, et de grises gouttières Que les oiseaux nacraient de leur baptême impur ; Parfois dans un rai d'or s'irisaient les poussières Parfois se dessinait un soleil sur le mur.
Sous un carré couleur d'ardoise, je guettais Le souffle des geysers et le blizzard des pôles Et la nuit, quand mouraient ces plaintes, j'écoutais La mer, battant le pied des murs comme des môles.
Les jours n'étaient que ces glaciers coulant, opaques, Indifférents, portant au flanc de bleues clartés Où dansent les reflets de mondes héliaques Et incertains, dans des cocons d'obscurités.
Aux temps plus clairs, je contemplais par transparences Les ocres d'un cañon, ou l'or dont au matin S'allume comme en proie à des incandescences Le bord obscur d'un temple ou d'un tombeau lointain.
Je voulais oublier les havres immobiles Et poussé par la brise aborder Bejaïa Ou bien, quand d'autres vent m'auraient porté, tranquilles, Survoler l'Hindou Kouch et les Himalaya.
J'avais des Taj-Mahal, des Jardins Suspendus Des midis lumineux et blancs sur le Bosphore Qui brillaient au soleil sur l'écran des murs nus, Ou le soir, aux lueurs chaudes d'un photophore.
J'imaginais au pied de blanches basiliques Un absolu qui viendrait vite et sans faillir ; Je rêvais que j'étais vivant, que des musiques Sonnaient. Et je ne savais pas qu'on pût mourir.
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