12/12/2009 - Une injustice enfin compensée
Notre gouvernement et la majorité parlementaire ont, nous le savons, à coeur de lutter contre toutes les inégalités. Ou plutôt, contre les injustices, ce qui n'est pas la même chose. Les députés et sénateurs viennent d'en faire une brillante démonstration. D'ailleurs, avant de parler d'une de ces injustices en particulier, parlons un peu des injustices en général et de ce qui les distingue des inégalités. Un homme d'un mètre quatre-vingts a une taille inégale à celle d'un homme d'un mètre soixante (et ne voyons dans cet exemple aucune allusion politique). C'est incontestablement une inégalité, mais est-ce une injustice ? Certes non, car dans l'injustice il y une notion de morale totalement étrangère à la taille en centimètres des individus. L'inégalité s'exprime dans l'absolu, alors que l'injustice est relative, car elle n'existe que par rapport à un idéal qui résulte d'une construction sociale. L'inégalité des salaires est également un fait absolu. Mais elle peut n'être pas injuste en ce sens que les travaux les plus pénibles, les plus risqués, ceux qui demandent les études les plus poussées ou portent les responsabilités les plus lourdes doivent naturellement être mieux rémunérés que les autres. C'est à la société de décider dans quelle mesure ces inégalités de salaires sont justes, c'est-à-dire si elles compensent les inégalités antérieures que j'ai relevées, et pas plus... On ne lutte pas contre les inégalités tant qu'elles ne font qu'en compenser d'autres. Certains français ne paient pas d'impôt sur le revenu (ce que les mauvaises langues appellent « ne pas payer d'impôt » comme si la TVA n'existait pas). Parmi ces français, certains gagnent si peu que la société a décidé de les en dispenser. Dans ce cas d'ailleurs, cette inégalité devant l'impôt est très loin de compenser l'insuffisance des revenus. C'est pourtant un sage principe, humaniste et éclairé, que malheureusement les énarques ont cru bon d'affubler d'un vocable à chier : la peréquation. Il n'en font jamais d'autres. Venons-en au fait : l'imposition nouvellement votée des indemnités versées en cas d'accident de travail nécessitant un arrêt de plus d'un mois. Jean-François Coppé, qui ne l'oublions pas sera Président de la République en 2017 et qui a donc encore huit ans devant lui pour mettre de bonnes idées de côté, argumente cette décision (jusqu'à présent ces indemnités n'étaient pas imposables) par ces mots d'une grande sagesse et d'une humanité éclairée : « Il y avait là une injustice ». Une injustice ? Une inégalité, peut-être... Mais relisons la précieuse distinction entre ces deux concepts... Ne pouvons-nous pas dire à Monsieur le Président de la République De Dans Huit Ans, qu'entre un salarié hospitalisé et en interruption plus d'un mois pour un accident survenu dans son travail, qui gardera peut-être des séquelles physiques et certainement morales, et un autre qui continue d'aller travailler sur ses deux jambes, il y a objectivement une inégalité qu'il serait bon de compenser ? Etrange que cette inégalité-là, que certains n'hésiteront pas à qualifier d'injustice, n'ait pas sauté aux yeux de Coppé pas plus qu'à ceux, il est vrai notoirement presbytes, des députés et sénateurs de droite, lesquels ont de concert avec le gouvernement le souci affirmé de compenser les injustices où qu'elles se trouvent. Et justement, celle-là touchait les salariés les plus modestes, car qui, majoritairement, s'accidente dans son travail ? Peut-être estiment-ils que l'accident de travail relève du hasard et que celui-ci pour être aveugle, n'est jamais injuste ? Peut-être estiment-ils au contraire qu'une incapacité de travail de plus d'un mois n'est pas une inégalité soumise à compensation ? Peut-être, (les ultra libéraux estimant que ce qui arrive aux hommes ne doit rien au hasard et tout au mérite), sont-ils animés de pensées plus incongrues encore. On peut craindre en tous cas qu'ils ne dénichent dans le fonctionnement de la société française d'autres injustices comparables à celle-là, et qu'ils ne s'en emparent pour les corriger dans un sens rigoureusement contraire à celui où ils ont corrigé celle touchant la surimposition des très gros revenus. Ceux qui n'ont pratiquement jamais d'accident de travail et souffraient donc les premiers de l'injustice quant à la non imposition des indemnités. Allez savoir ce qui se passe dans la tête d'un ultra libéral. Certains se réclament même de Diderot et Voltaire, c'est dire si c'est mal rangé là-dedans.
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