Ludwiblog

17/01/2010 - Alzheimer et maison de retraite

Je serai bref, c'est un sujet sur lequel je n'ai pas envie de m'étendre.
Mes beaux-parents sont atteints d'Alzheimer tous les deux. Ils sont depuis un an et demi dans une maison de retraite médicalisée à V.
Leurs filles les ont placés là devant leur totale désorientation à tous deux, aucun ne reconnaissant désormais son domicile et le papa étant encore capable de s'accidenter gravement chez lui. Question de sécurité, donc dans son cas, de survie.
Nous étions confiants, les locaux sont agréables et modernes, les conditions à la hauteur du prix. Mais une maison de retraite, médicalisée qui plus est, vaut surtout par son personnel. Des soins adaptés valent tous le confort du monde.
Je passe sur la façon dont mes beaux parents sont habillés par le personnel (en dépit du bon sens et du climat), sur les accidents qu'ils se donnent mystérieusement et dont nous ne sommes pas prévenus, des consultations médicales coûteuses au moment où ils étaient tous deux en bonne santé. Je passe sur le fait que malgré d'innombrables rappels on continue à laisser leur porte d'armoire ouverte ce qui permet leur activité compulsive de mélange du linge (et comme tout ce qui est sorti est mis au sale par le personnel, l'armoire est vide en deux jours et ils n'ont plus rien à se mettre).
Plus grave est le fait qu'on médicamente ma belle-mère et maintenant mon beau-père à l'insu de leurs filles pourtant tutrices, et en dépit des ordonnances du médecin référent. Pourquoi ?
Le fait nous a été révélé par l'hébétude de ma belle-mère au Noël 2008. Un ami pharmacien nous a confirmé qu'elle était sous neuroleptiques. En douce.
Nous luttons contre cela, le soupçon toujours à l'esprit qu'entre deux visites de week-end, il leur soit donné ni vu ni connu ces médicaments abrutissants et confortables... pour le personnel.
La vraie raison est là : mieux vaut des malades abrutis que des malades dont il faille s'occuper. Il faudrait beaucoup plus de personnel pour contrôler les déambulations, les intrusions, les agressions éventuelles que peuvent "commettre" des malades Alzheimer entre eux. Alors pour économiser sur les salaires, on investit un peu dans la pharmacopée, et le tour est joué.
Depuis que nous savons cela, nous considérons d'un oeil différent cette dame arrivée il y a un an, déjà malade sans doute mais encore vaillante et alerte, aujourd'hui réduite à l'état de légume.
Sans doute Alzheimer évolue-t-il différemment selon les cas, mais nous savons parfaitement que la maladie avance moins vite quand le malade est sollicité, et quand on cherche à lui conserver une activité à la hauteur de ses moyens. Le coller dans un fauteuil avec des neuroleptiques interdit cet entretien quotidien des capacités. Comment croire que les malades ainsi traités ne régressent pas beaucoup plus vite ?
On en pense ce qu'on veut. Mais il y a des chances non négligeables pour que la prise en charge actuelle des malades Alzheimer par la société encourage une dérive conduisant ces malades à une déchéance accélérée.
Ludwig
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