Ludwiblog

18/11/2013 - Lee Harvey Oswald forever

À l'occasion du cinquantième anniversaire de l'assassinat de JK Kennedy, le Nouvel Observateur publie un dossier dont une partie revient sur les coups de feu de Dallas. Le but ? Faire admettre la thèse – pourtant officielle – de Lee Oswald tireur unique.

Pourquoi ? Y aurait-il donc un doute ? Si c'était le cas, ne comptons pas sur cet article pour le lever, bien au contraire. Examinons quelques-unes de ses affirmations.

Les premiers mots du texte sont significatifs : « Trois coups de feu résonnent ». Avec cela, tout est dit si l'on se souvient que la thèse officielle du tireur unique ne saurait se satisfaire d'un quatrième coup de feu. Le travail de la commission a semble-t-il tendu, non à rechercher le nombre exact de coups de feu, mais à démontrer qu'il n'y en avait eu que trois. Pourquoi ? Peut-être parce qu'on n'a retrouvé que trois douilles au cinquième étage du dépôt de livres. Mais laissons la polémique et passons aux faits. Citons l'article.

« La première balle a manqué sa cible. »

C'est étrange car, par définition, elle doit être la plus précise, le tireur ayant tout le temps de viser contrairement aux tirs suivants. Or, les suivants sont justement les plus précis.

« La deuxième balle a frappé JFK au cou. Le président a porté ses mains à sa gorge et Connally... a senti une douleur terrible avant de crier... »

Cette présentation induit une quasi simultanéité entre le coup de feu à la gorge de JFK et la blessure de Connally (gouverneur du Texas assis à l'avant). Or, les images démontrent que Kennedy porte ses mains à sa gorge deux secondes environ avant que Connally ne soit touché à son tour.

L'article reprend ici la succession des faits tels que présentée par la commission Warren ; or, on sait que ce sont justement les imprécisions et incohérences de celle-ci qui ont suscité les contre-enquêtes.

L'article nous invite à distinguer les faits avérés des éléments incertains. C'est louable mais on ne peut que constater que les enquêteurs de l'époque ont fait l'inverse. Disons tout de suite que je ne cherche pas à disculper Oswald même si le rôle de celui-ci reste à cerner et si on n'a pas réussi à prouver qu'il avait tiré au fusil ce jour-là (test à la paraffine négatif). Oswald est certainement mouillé jusqu'au cou. Mais l'article répond-il à la question « Y a-t-il eu complot ? »

Il dit : « La grande majorité des témoins » entendent des coups de feu du dépôt de livres. Soit, mais on peut en conclure que d'autres témoins ont déterminé une autre origine aux tirs. Restons objectif comme le propose l'article : la « grande majorité » des témoins était au pied du dépôt de livres ou juste en face ; il est normal qu'ils aient entendu les tirs qui en provenaient. Leur nombre ici ne justifie en rien qu'il n'y ait pas eu de coups de feu ailleurs. Or, d'autres coups de feu ont été entendus par des témoins ne constituant pas la majorité (et pour cause) derrière une palissade à l'avant du cortège. À cet endroit n'étaient placées qu'une vingtaine de personnes. Elles ont toutes entendu les coups de feu venus de l'avant. Parmi elles, des policiers de Dallas.

« Sur la base d'un étude minutieuse, les rapports d'autopsie ont tous conclu que les deux balles venaient de l'arrière ». Sur la base d'une étude minutieuse ? L'autopsie fut la plus scandaleuse opération militaro-politique de l'après-guerre, réalisée à la va-vite par des médecins incompétents sous le contrôle d'officiers de marine. Certains examens n'ont pas été effectués, on ne s'est par exemple pas assuré que la balle entrée dans le dos étaient bien ressortie par la gorge. C'est pourtant ce qu'a affirmé le rapport.

Cette blessure à la gorge est un énorme caillou dans la chaussure de la commission. Tout se passe comme si l'autopsie avait été faite en parfaite connaissance des causes de la mort : des balles tirées de l'arrière. Dans ce cas, la plaie à la gorge ne pouvait être qu'un orifice de sortie et pour éviter qu'il n'y ait quatre balles, elle devait correspondre à un impact dans le dos. Il n'a absolument pas été prouvé que cet impact dorsal soit l'entrée d'une balle traversante. Pour la gorge, il faut savoir qu'à l'hôpital Parkland où l'on a essayé de sauver Kennedy, cette plaie a été considérée comme une entrée car elle en avait toutes les caractéristiques. L'autopsie aurait été bien en peine de prouver le contraire puisqu'à Parkland, les médecins l'avaient élargie pour en faire une trachéotomie. Plus personne aujourd'hui ne peut plus prouver que la plaie à la gorge n'était pas un trou d'entrée. « Contentons-nous des faits », qu'il dit.

S'agissant de la balle mortelle, l'article dit : « tirée de la droite, entrée par le front et suivant une trajectoire oblique, elle aurait endommagé la partie gauche du cerveau or celle-ci est intacte. »

Non. La balle a pu avoir une trajectoire rasante qui frappe Kennedy près de la tempe et emporte l'arrière droit de la tête. Le front ne porte pas d'impact ! Au contraire, les constatations de l'autopsie (qui ne correspondent pas bien aux images mais passons), font état d'une partie du cerveau manquante à l'arrière droit, ce qui ne peut avoir été produit par un tir provenant de l'arrière droit (lequel aurait marqué une entrée), c'est juste une question de bon sens, ce même bon sens auquel l'auteur de l'article nous exhorte.

La blessure mortelle de Kennedy n'est clairement compréhensible que par un tir rasant venu de l'avant droit.

La tête de Kennedy est rejetée en arrière ce qui prouverait un tir venu de l'avant ; c'est la thèse du complot. Mais l'article cite des experts qui affirment qu'un « raidissement brutal et spontané du corps du Président et son mouvement vers l'arrière » ont pu être produits par « la destruction instantanée d'une grande partie de son cerveau ». Soit. Mais ce raidissement et ce mouvement vers l'arrière expliquent-ils aussi bien les projections d'os crânien et de matières cérébrales, loin vers l'arrière et jusque sur la moto suiveuse ?

Par la suite, on nous explique qu'Oswald a disposé de neuf secondes et non six pour tirer, ce qui lui permettait de recharger. La preuve ? « Dès l'entrée de la voiture dans Elm Street, on voit Connally réagir à un bruit. » Lui tout seul ? Ce coup de feu bien avant les autres n'est entendu QUE par le gouverneur ? Heureusement que l'article utilise l'expression « sans doute », qui induit un doute, dans la phrase « Oswald a sans doute disposé de plus de temps ».

Écoutons justement Connally lui-même décrivant son vécu de l'attentat : « J'ai vu que le Président avait été touché. Je me suis tourné vers lui par la droite, puis par la gauche et à ce moment j'ai reçu la balle qui m'a blessé ». Le gouverneur a eu le temps d'effectuer deux rotations du corps entre l'impact à la gorge de Kennedy et celui dans sa propre poitrine. Cependant, d'après la Commission, c'est la même balle !

Sur le film au moment où Kennedy porte les mains à sa gorge, Connally tient son chapeau. On le voit se tourner et le délai est bien de deux secondes avant qu'il ne s'effondre à son tour. À l'instant où il tient son chapeau, il n'a pas encore le poignet brisé par la balle qui traversera son torse. Écart de temps, environ deux secondes. Comment l'article traduit-il cette succession ?

« Connally... a été atteint une fraction de seconde plus tard que Kennedy... » Une fraction de seconde, juste le temps pour Connally de s'apercevoir que Kennedy était touché, de se tourner d'un côté puis de se tourner de l'autre. On a une drôle d'idée des fractions de secondes au Nouvel Obs. Heureusement le film de Zapruder est toujours visible par tout-un-chacun.

L'article affirme à propos de Ruby, l'assassin providentiel d'Oswald et dont le geste a permis qu'il n'y ait pas de procès, qu'« aucune preuve n'est venue étayer (sa) connexion » avec « la mafia de Chicago. » Bien au contraire, ces liens étaient patents et pas seulement à Chicago mais l'auteur de l'article n'a pas eu le temps d'approfondir cette question. Je le renvoie à l'ouvrage de Thierry Lentz. Les lieutenants des parrains Marcello et Roselli ont reçu un nombre inhabituels d'appels de Ruby, sitôt le voyage à Dallas de Kennedy annoncé. Sans parler des voyages également inhabituels que Ruby effectua entre cette annonce et la visite présidentielle.

Ajoutons les manques de l'article : Oswald a tué le Président en tirant à travers le feuillage dense d'un arbre qui lui cachait sa cible. À tel point que le tir manqué est attribué... À un ricochet sur une branche ! Malgré cette absence totale de visibilité, il touche Kennedy deux fois avec les deux balles qui restent. L'article n'en parle pas, même pas pour l'expliquer.

Le plus gros : une image dans l'article nous présente ce qui est censé être le talus d'où le tir de face mortel serait parti. L'expression "monticule herbeux" est employée pour traduire le célèbre "grassy knoll". La photo est même légendée "LE monticule herbeux" sans la moindre vergogne. En fait elle montre une pelouse située à trente mètres de là, entre le monticule et le dépôt !

Le texte affirme que le tireur aurait dû se trouver là, au milieu des gens... Et qu'il aurait fatalement été vu. Naturellement, sauf que le vrai monticule herbeux, celui qu'on ne voit pas sur la photo, est surmonté d'une palissade qui est un parfait rempart aux regards curieux. C'est là, qu'on a vu de la fumée et non dans la pelouse comme l'article le laisse penser. On est ici au bord de la désinformation volontaire.

Je déteste la théorie du complot en général et ne cesse de la pourfendre partout où je peux le faire. Mais là, j'ai l'impression que les méthodes des complotistes sont utilisées pour nier un complot. Je ne demande pas mieux que croire qu'Oswald ait été seul tireur, mais ce n'est pas avec ce genre d'articles qu'on m'en convaincra.


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