Ludwiblog

27/11/2006 - Dresde

Dresde fait semblant.

Elle sourit, se fait belle et presque scintillante. Bien sûr, il y a bien, près de la gare de la Vieille Ville, une triste zone où ne croissent que de grands hôtels, des bâtiments universitaires et des habitations à bon marché, tous de la même architecture déprimante, et l’ennui qu’ils procurent gagne même les trottoirs mal entretenus où les herbes folles se croient à la campagne.

Mais il y a la Ville Neuve, de l’autre côté de l’Elbe majestueux, qui étale ses quartiers populaires, bruyants et actifs où l’on mange et boit tard, des quartiers où l’on vit.

Mais il y a le Palais et la cathédrale baroque qui se mirent dans le fleuve gris ; l’Opéra qui leur fait face, vibrant des adagios de son célère orchestre ; les façades classiques colorées à l’allemande, qui regardent la Frauenkirche, l’église sacrée qui donne un cœur à la ville.

C’est dans la Ville Neuve que l’on trouve les plus belles demeures, les galeries peintes, les escaliers de bois sculptés ; c’est là qu’on tombe au détour des ruelles sur des patios modernes et frais, où ruissellent des cascatelles tombant dans des bassins qu’on franchit sur des pontets de caillebotis ; là, la campagne entre dans la ville côté cour ; là, tout ce qui est ancien mérite le regard, dans un écrin de modernité.

L’Elbe accomplit une boucle qui oblige les tramways et les trolleybus à le traverser deux fois, comme pour le plaisir de surplomber ses flots avant que ceux-ci n’aillent se perdre dans les mers nordiques. Ensuite, ils longent la rive aplanie, en regardant au-delà des eaux lentes la colline escarpée qui les domine, et terminent leur course dans la calme verdure des quartiers résidentiels.

Dresde est pimpante et sent le neuf, même si les pierres de ses monuments, faites du grès régional, noircies, n’ont pas toutes été remplacées. Dresde s’entretient, attentive à ne pas vieillir, mais avoue volontiers son âge, comme fière d’être encore en vie.

Elle se croit à l’abri des monts qui la surplombent, la Montagne de Fer ou la Suisse Saxonne, d’où viennent les pierres de tous ses monuments. Des villages la regardent d’en haut et elle se laisse contempler, noble, industrieuse, un peu hautaine. Pourtant, à quelques pas, le château d’Auguste le Fort, ce Louis Quatorze de province, lui aussi bâti en grès comme la ville historique, fait mine de s’en écarter pour mieux lui rappeler son allégeance.

Dresde se souvient. En plein cœur du quartier baroque, à deux pas de la terrasse d’où, accoudé aux balustres qui dominent l’Elbe avec orgueil, le passant guette au crépuscule l’illumination progressive de la Ville Neuve, on distingue entre les pavés une marque de bronze gravée d’un N ; ici dit-on, se tint Napoléon assistant au défilé de ses troupes avant la bataille des Nations.

Dresde se souvient. Les devantures des librairies et des boutiques de souvenirs s’ornent de cartes postales en noir et blanc, rappelant les temps gris, les temps de cendres. Entre deux édifices d’après-guerre, une ruine dresse vers le ciel la moitié d’un clocher noir. Face au Palais, une façade ornée de la période glorieuse fait béer ses fenêtres sur un vide sinistre, et cette béance laisse sans voix.

Mais Dresde veut aussi oublier. Elle est jumelée à Coventry, autre ville martyre. De son grès séculaire, elle a entrepris de rebâtir l’Eglise des Femmes, la Frauenkirche qu’un pouvoir maintenant déchu conservait à l’état de ruine pour que les enfants sachent. Dresde pendant cinquante ans, a saigné par cette blessure. La Frauenkirche domine à nouveau la ville de son dôme impérial surmonté d’un ange d’or, comme si la nuit du 14 février 1945 n’avait pas été illuminée d’un feu d’artifice épouvantable et mortel. Elle abrite une cloche qui tinte depuis peu, fondue à Coventry et offerte à la ville amie.

Aucune ville n’est renée de ses cendres autant qu’elle. Aujourd’hui Dresde s’ébroue, étonnée et rajeunie. En février 1945, un aviateur anglais de Coventry lâchait ses bombes sur la Frauenkirche ; c’est son fils fondeur qui a coulé le métal pour la cloche de l’Eglise des Femmes reconstruite.  Le contraire d’un crime de guerre.


27/11/2006 -

Posté par DUMIS
Je crois que ce que j'apprécie le plus dans ton style, c'est ta façon de raconter les choses, je te compare un peu à E.P Jaccobs de Blake et Mortimer ou même Hergé pour le soucis et la richesse des détails !
Tu parviens toujours à nous entrainer dans tes récits avec délicatesse, même si ils sont longs on arrive à la fin toujours trop vite.
L'autre détail que j'apprécie c'est la richesse de tes chutes innattendues, alors je te dis continue Lud
Lien Permanent

27/11/2006 - en savoir un peu plus...

Posté par lami
belle cescription ... mais ce qui m' interresse maintenant c'est la suite... l'histoire de ses femmes en détails...
Lien Permanent

28/11/2006 -

Posté par grossabots
mais ce qui m' interresse maintenant c'est la suite... l'histoire de ses femmes en détails...

???

ses femmes ? celles de Ludwig ? Ma pauvre lami, je crois que tu n'as encore rien compris, on se demande pourquoi tu écris, tu devrais commencer par apprendre à lire...
Beati pauperes spiritu...
Lien Permanent

30/11/2006 - Des nouvelles de mes femmes

Posté par Ludwig
Mes femmes vont bien, lami, je te rassure ;-)
Surtout BB, la seule qui compte...
L
Lien Permanent

<- Page Précédente :: Page Suivante ->

Qui suis-je?

Ludwiblog publie les lundis et jeudis, depuis l'éditorial jusqu'à la fiction,en une page A4 maximum. Parfois même quelques vers. Exercice d'écriture, humour, confrontation aux regards, échanges d'idées, d'indignations et de sourires.

Amis

· BizigDu
· grossabots
· ben
· seve
· lami
· Ahaw
· Stainct
· REBRAB
· 17h27
· nox
· luisa
· mwarf